LE COURANT
pas à se tarir de lui-même, et il ne resterait plus à débattre et à résoudre que les questions économiques, dites questions sociales, qui par leur nature échappent aux lois positives. Patrons et ouvriers, profit et salaire, mettez-vous d'accord! Crédit personnel et crédit réel, fondez les institutions qui TOUS manquent ! Ceci est votre affaire et n*est pas celle de rÉtat. Laissez le gouvernement tranquille! Xe lui demandez rien de plus que ce qu*il vous doit : il ne vous doit que Tentiëre sécurité qu*au dehors il ne sera porté aucune atteinte à votre indépendance nationale, et qu'^u dedans votre indépendance personnelle sera efficacement garantie.
Où régne la liberté, toute la liberté, rien que la liberté, gouverner est ce qu'il y a de plus de facile et de plus simple, car la liberté d'un pays, c'est l'irresponsabilité de son gouvernement étendue jusqu'à sa dernière limite.
Pourquoi l'Empereur Napoléon III, qui n'est lié par aucune Constitution indissoluble, qui s'est réservé le pouvoir de réformer tout ce que condamneraient la pratique et le progrès, ne mettrait-il pas sa gloire à désarmer et à vaincre ainsi la révolution par la liberté? Quelle victoire aurait jamais été moins périlleuse et plus glorieuse I
La liberté trouvant dans la durée de l'Empire les garanties toujours promises et jamais données par la révolution : de leur intérêt commun découlerait naturellement une assurance mutuelle qui les rendrait inébranlables. Le jour où l'Empire aurait mis de son côté tous les hommes de liberté, que resterait-il contre lui? Une poignée Ae révolutionnaires mcorrigibles, traînant aux pieds le lourd boulet du passé. Qae pourraient-ils? Rien, absolument rien.
S'il est vraj, comme j'en ai la ferme conviction, que l'Empire ne puisse se fonder, se perpétuer que par la liberté, comment en retarderait-il plus longtemps l'avènement-? Comment ne saisirait-il pas l'occasion qui s'offre à lui sous la forme d'une législature nouvelle? Il a cin,q mois devant
lai, il a jusqu'au 25 octobre pour tout préparer et se présenter à elle avec un ensemble de réformes imposant. Qu*il jette un regard en arrière et qu*il voie ce qn*a fait eu deux mois le gouvernement provisoire du 24 février 1848! Que Pémulation Tinspire» qu'il fasse appel à tons les concours utiles, et qu'il se mette résolument à la tâche comme s'il était le gouvernement provisoire de la liberté ! , Si, avant de rétablir la responsabilité ministérielle et l'inviolabilité suprême, le pouvoir personnel, que le courant menace d'emporter, couronnait ainsi son œuvre, quelle belle fin ! quelle plus noble façon de confondre ses accusateurs et de réduire à Fimpuissance ses ennemis irréconciliables!
Ayant Toption entre la gloire d'une telle œuvre et l'impossibilité de remonter le courant de trois révolutions qui ont déjà emporté trois rois et brisé toutes les digues, comment pourrait-on hésiter lorsqu'on se nomme Napoléon III et qu'on a devant soi l'exemple de Guillaume III, dont on a été l'historien?