‹ L'ornière; questions de l'année 1869Chapitre 67 sur 149 · LES ENNEMIS DU SUFFRAGE UNIVERSEL · texte numérisé non relu

LES ENNEMIS DU SUFFRAGE UNIVERSEL

samtnent perfectionné jusqu'à ce qu'il ait atteint le dernier degré de la précaution et de la sincérité.

Les amis du suffrage universel sont les hommes d'étude qui s'occupent sans relâche d'en perfectionner le mécanisme; leis ennemis dn suffrage universel sont les hommes de désordre qui ne se contentent pas d'avoir exercé et épuisé leur droit en déposant leur bulletin dans la boîte du scrutin^ qui mettent ce droit en péril en fournissant à la Réaction, qui les guette, des armes contre lui et contre eux.

C'est de la folie!

. Et lorsqu'ils disent que c'est la police qui les excite, que c'est la police qui les provoque par un déploiement sans motif et sans nécessité de ses sergents de ville et de ses agents, c'est un mensonge.

J'ai voulu voir les choses de prés, et me rendre compte par mes oreilles et mes yeux de ce qu'il y avait de vrai dans les réclamations , les protestations et les lettres que je recevais; non-seulement j'ai vu et j'ai entendu, mais je suis allé moi-môme communiquer ces réclamations et ces protestations au préfet de police, et je croirais manquer à la vérité si je ne déclarais pas ici que les explications les plus précises et les plus satisfaisantes m'ont été données. • Les deux systèmes contraires ont été alternativement es* sayés : l'un consistant à empêcher que perturbateurs et eu** rienx ne stationnassent sur la voie publique, où la police était informée que devaient avoir lieu les rassemblements; l'autre consistant à laisser toute liberté de stationner, de se rassembler, de chanter, de siffler, même de vociférer, et à ne faire apparaître les sergents de ville , la garde municipale , enfin la force publique que dans les cas où, les rassemblements cessant d'être inoffensifs, prendraient le caractère d'attroupements menaçants. Or les deux essais ont été aussi infructueux l'un que l'autre.

Ce serait n'être pas juste que de ne point reconnaître qu'il

y a des circonstances ob le préfet de poiiee le mieux intentionné est bien embarrassé sur ce qu'il doit faire. Si, tenant ses agents à Técart, il laisse aux rassemblements, toujours inoffensifs au début, toute liberté de se former, et qu*à la suite de graves désordres ayant nécessité une répression vi* goureuse, du sang soit répandu, le cri général qui s'élèvera ne sera-t-il pas celui-ci : « Pourquoi la police n'a-t-elle pas fait son devoir? Pourquoi n'a-t-ellepas empêché les rassemblements? Pourquoi les a-t-elle laissés grossir et dégénérer en attroupements? Pourquoi a-t-elle tardé trop longtemps & agir? Prévenir vaut mieux que réprimer. » Si, au contraire, se conformant à ce précepte, la police se hâte d'agir, la moindre accusation qu'elle encourra , ce sera de s'être laissé égarer par de faux renseignements ou par des. craintes puériles, et d'avoir mis sans nécessité obstacle à la libre circulation des promeneurs.

Si le 23 juin 1848 la police, la Commission executive, le général Cavaignac eussent pris tout de suite les dispositions que commandaient la prévoyance et la prudence, le sang de l'insurrection, le sang de la guerre civile n'eut pas ruisselé pendant trois jours dans les rues de Paris, la liberté n'eât pas été mortellement frappée au cœur, et la République écrasée sous le poids de onze mille transportations sans jugement.

C'est là un fait que quiconque aime la liberté doit avoir toujours présent à la mémoire. Je ne l'oublierai jamais.

L'Empire a commis d'irréparables fautes; l'Empire a laissé subsister d'innombrables abus qu'il eut été de son intérêt de combattre à outrance; l'Empire, enfin, n*a pas été à la hauteur des espérances qu'avait fait naître l'élection du 10 décembre 1848, même celle du 21 novembre 1852; mais il y a un reproche qu'on ne saurait justement lui adresser» ce serait d'avoir fabriqué de faux complots et d'avoir perfi-

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