LES VOEUX DU PAYS. WT
par d'étroites considérations d'étiquette et de convenance, peuvent Toser. Ce serait là ce qui ferait T utilité de la presse, si elle était écoutée quand elle parle en toute conscience, en toute indépendance. Mais quel est le souverain, quel est le ministre qui Técoutent quand elle ne les flatte pas çt qu'elle leur dit la vérité?
Or, la vérité, disons-la sans illosion comme sans hostilité; c'est que depuis 1862 de grandes fautes, de très-grandes fautes ont été commises en France par le pouvoir personnel. Aussi ne doit-il pas s'étonner que trois millions et demi d'é* lecteurs, presque la majorité électorale, s'en prennent à lui et l'accusent. L'alternative qui l'étreint est celle-ci : ou ré* parer ces fautes, ou les expier. Les réparer serait difficile, plus difficile aujourd'hui qu'hier; mais s'il attend plus longtemps, les réparer deviendra impossible.
C'est ce sentiment de légitime défiance qui a dicté les votes des 24 mai et 7 juin 1869, dirigés, répétons-le, plutôt contre l'usage du pouvoir personnel que contre le pouvoir personnel lui-même. Ce que veut avant tout la France, c'est un gouvernement qui la gouverne bien. Peu lui importe la forme! Lorsqu'elle est mal gouvernée par le pouvoir parlementaire, elle se retourne à droite et tend au pouvoir personnel ; lorsqu'elle est mal gouvernée par le pouvoir personnel, elle se retourne à gauche et tend au pouvoir parlementaire.
C'est présentement ce qui a lieu, sans que nous soyons en droit de la blâmer, car nous n'avons aucune raison d'espérer et nous ne pouvons lui donner aucune assurance que le pouvoir personnel sera mieux inspiré dans l'avenir qu'il ne l'a été depuis neuf ans.
Les vœux du pays ne sont pas les nôtres; mais il ne s'agit pas des nôtres, il s'agit des siens. Nous croyons qu'il s'abuse lorsqu'il pense qu'il trouvera dans le rétablissement du pouvoir parlementaire tel qu'il existait en 1847 la solution des
problèmes politiques et sociaux , devant Tétude approfondie desquels tous les gouvernements qui se succèdent en France ont eu le tort de reculer; mais, à son tour, le pouvoir personnel ne s*abuserait pas moins s'il pensait que pour donner i^atisfaction aux nécessités impérieuses de la situation actuelle, telle qu'elle résulte des fautes commises depuis 1862, il lui suffira de résolutions et de projets d'une importance secondaire ou d'une signification autre que celle impatiemment attendue.
Ce qu'attend la France, c'est un plébiscite qui soit la réalisafion de ses vœux.
Réaliser les vœux du pays! c'est là une expression du gouvernement qui l'engage , car il ne serait pas sans péril qu'elle fât une déception.