LES VOEUX DU PAYS
30 jajn 1869.
Les engagements pris par le gouvernement en présence du Corps législatif renouvelé par le suffrage universel sont qu'à la session ordinaire « il soumettra à la haute appréciation des pouvoirs publics les résolutions et les projets qui lui auront paru les plus propres à réaliser les vobux du pays. »
Ces vœux du pays, quels sont-ils?
C'est ce qu'il importe de rechercher consciencieusement et de connaître exactement.
Celai des vœux du pays qui , à tort ou à raison , s'est manifesté le plus formellement, presque unanimement dans les élections générales qui viennent d'avoir lieu , c'est le retour à l'inviolabilité monarchique et à la responsabilité ministérielle telles qu'elles étaient écrites dans la Charte constitutionnelle du 29 juin 1815 et dans la Charte constitutionnelle du 14 août 1830; c'est, en d'autres termes, la substitution da pouvoir parlementaire an pouvoir personnel.
Chacun a les opinions de son esprit et de son caractère. Nous n'avons jamais dissimulé qu'entre le pouvoir personnel tel que nous en comprenons l'exercice inviolablement limitépar la liberté indivisible, et le pouvoir parlementaire tel que nous l'avons vu fonctionner en France pendant trente-trois ans, tel que nous le voyons fonctionner en Italie et en Portugal, même en Angleterre et en Belgique, nos préférences n'étaient pas pour ce dernier, qui n'est en réalité que l'impuissance organisée.
Une méprise égare en ce moment la France ; elle confond le pouvoir personnel avec l'usage de ce pouvoir.
En 1856, lorsqu'après la guerre de Crimée, glorieusement terminée par la prise de Sébastopol , le Congrès de Paris
réunissait, sous la présidence du comte Walewski, lord Clarendon, le comte de Bnol-Schaneinslein, le comte de Cavour, le comte Orlof, Ali-Pacha, TAngleterre, rAntricbe, ritalie, la Russie, la Turquie, qui, à cette époque, songejilt à protester contre le pouvoir personnel et à récriminer contre le coup d*État du 2 décembre?
Personne.
Depuis quand les passions assoupies se sont-elles réveillées en sursaut contre le coup d'Etat? Depuis quand les protestations ont-elles afflué contre le pouvoir personnel? Depuis l'occupation du Mexique, depuis les événements de 1866, qui, mettant dans les mains de TAllemagne militairement unifiée les clefs de tontes les forteresses qui nous emprisonnent et qui nous menacent, nous ont contraints de porter de 700,000 à 900,000 le nombre des appelés sous les drapeaux.
Si en 1862 l'expédition du Mexique n'eut pas été entreprise et n'eût pas lié les bras du pouvoir personnel au moment où il était le plus nécessaire qu'il les eut libres; si, en s'alliant soit à l'Autriche contre la Prusse, soit à la Prusse et à l'Italie contre l'Autriche, le second Empire eût, en 1866, rendu à la France les limites de 1801 que le premier Empire lui avait fait perdre en 1815, croit-on que l'idéal de la France serait en 1869 le rétablissement du gouvernement renversé en 1848 par l'insurrection victorieuse, le rétablissement du gouvernement du roi Louis-Philippe ayant H. Guizotpour président du conseil et ministre responsable? Assurément non. Moins encore en 1869 qu'en 1856 on songerait à exhumer le coup d'État et à enterrer le pouvoir personnel.
Ce que n'oseraient dire en face à un souverain qui règne ses amis les plus dévoués, les plus désintéressés, les pins sincères, les plus véridiques, même en y mettant les plus grands ménagements, les journaux, qui ne sont pas retenus