II E L E N E
En est-il un qui vous fasse un criine d'un momenL de foi- ' Lî^^sse eiriuépar dix-]\uit ans de vertus ?
Mad. DÉRICOtJRT.
Heureuse fille , (u ne conçois pas l'étal d'un cœur tourmenté par ie soiivenir d'une faute iiréparaljle. Julien vivra dans l'ais:;nce; mais il devra tout à Déritourt, à Déiicourt que j'«i trompé, que ie trompe encore , et que je ne peux éclairer sur cet affreux événement. Homme bienfa'sant. époux sensible il est loin de soupçonner que ses qualités mêmes ajoutent ta jries tourniens.
HELENE à part.
Que son éLat me touche !
]\Jad. dÉricourt.
J'avoue cependant que le mariage d'Adèle et de BlinVille adoucit l'amertume de liia situation. Ma fille épouse un liotnuie aimable, elle sera heureuse , et ce lien calme des ci'ainLes qui clevenoient plus vives ch/iqne jour.
HELENE
Et que pourriez-vous craindi-e encore?
Mad. DIÉRICOURT.
Te l'avouerai-je , ma chère Hélène ? J'avois cru remarquer entre Adèle et Julien de ces choses qui ne ressemblent pas à la simple amitié. Regards furtifs, soupirs conlraints, extrême confiance, extrême réserve, gaîLé sans cause, tristesse sans motif, la pâleur de la crainte, le coloris de l'espoir et de la pudour.... Rien n'échappé à l'œil d'une mère. î7 'ai frémi cent fois en pensant que le crime ainsi que la vertu peut être héréditaire. A\oTS je me suis reproché d'avoir gardé près de moi ce malheureux Julien. sCependaht, que pouvois-je fiire? trop itère pour confier ma foiblesse, trop tendre pour abandonner un enfant à qui , tout coupable qu'elle est , la nature devoit une mère, j'ai mieux aimé exposer mon* repos que son existence.... Mais Déricourt, Déricouit, qui parle de maverlu,qui nomme Julien son. second enfant, qui me remercie... L'affreuse vérilé est loin de son esprit : elle est toute entière dans sa bouche, et me tue.... Hélène, Hélène.
HELENE
Calmez-vous, de grâce, calmez-vous.... Des larmes!
Mad, DÉRicounT. ^ Je n'ai pas même la triste satisfaction de leur donner un libre cours. Ah! laisse-les couler ces larmes que je ne puis verser que dans ton sein.
HELENE, se remettant trhs-pormptement.
C'est Francisque : remettez-vous : rentrez.
Mad. DÉRICODRT.
Kélène . tu m'aimeras toujours ,tu me l'as promis ? Je ne t'ai que trop affligé de ma douleur. Mais si j'ai perdu nies flroils à ton estime, ysn. ai encore à ta sensibilité. Hélène Lui baise La vicin , elle l'embrasse et rentre. )