‹ L'orphelin; comédie en 3 actes et en proseChapitre 34 sur 52 · a i'eniuie · texte numérisé non relu

a i'eniuie

BLIKVILLE, contraint.

Elle sort d'avec moi.

DKRICOURT.

Nosieuiii^s gens lui ont parlé ? elle est instruite ?

Oui, elle sait tout. x^

dÉricourt.

Elle a dû niarc[uer sa surprise....

BLINVILLE.

Oli ! d'une manière très-prononcée.

DÉRICOURT,

Et sa joie égale la mienne ?

BLINV IL LE.

Pas touL-à-iait , mon ami.

DÉRICOURT.

Comment donc ? dissimuleroit-elle le plaisir que lui fait ce mariage ? Les femmes , comme les filles, anroient-elles une arrière-pensée ?

BLINVILLE.

Ta gaieté est souvent très-piquantt? ; mais ce n'est pas en ce moment.

DÉRICOURT.

.Te marie ma fille, je la marie selon sou cœiir , et je no scrois pas gii ?

BLINVILLE.

Elle n'est pas mariée encore. Tu n'es pas heureux en projets.

DÉRICOURT, reprenant le ton sérieux.

J'espère que celui-ci ne rencontre aucun obstacle ?

Au contraire , il en est un qui m'effraie, et que tu ne pourras^lever qu'en déployant toiîte ta fermeté.

DÉRICOURT.

Tu m'effraies à mon tour. Qu'avoas-nous doiioà craindre?

44 L'OftPHELIîT,

BLINVILLE.

Une opposition formelle de la part de ton épouse

1» É R I c o u II T surpris.

Cela ne se peut pas.

BLINVILLE.

Cela est.

DÉRICOURT.

Et quelles sont les raisons de cette opposition ?

BLINVILLE.

Elle refuse d'en donner aucune.

DÉRICOURT.

Tu vois bien que c'est une plaisanterie.

BLINVILLE.

Kou , non : rien n'est moins plaisant.

DÉRICOURT.

Que dois-je penser de ceci ? quels peuvent être les motifs, die son refus ?

Si Je parlois à un homme sans caractère , j'emploierois des défours , j'adoucirois des iinages....

DÉRICOURT.

.T'ai toujours eu la force d'entendre la vérité.

BLINVILLE.

y.t l);o!i , tu l'entendras. Celte confidonce me peine , car je vais t'affligcr ; mais je n'écoute que la voix de l'innocence et les loix de l'équité.

DÉRICOURT.

Quelle que chose que tu aies à m'ap])rendre , parle j Je suis homme et résigné.

BLINVILLE.

Tes enfuis ont vu ta femme ; ils ont présenté leurs vœux, elles les a rejettes ; ils ont supplié, elle s'est montrée inexorable ; ils l'ont quittée le désespoir dans le cœur , etsont venus déjioser leur douleur dans le mien. Jel'ai attaquée à mon tour avec les forces réunies de l'amitié, de la délicatesse et du raisonnement : nême refus , mêm.e silence. Des passions violentes se heurtoient it la jettoient dans un désordre effrayant. Enfin , des mots entrecoupés m'ont douné des soupçons qas lu réflexion a confirtués.

DÉRICOURT.

Acliève : quels sont ces soupçons ?

BLINVILL E.

Les passions sont terribles, leurs ravages inattendus et rapides ; et la femme la plus sage n'a pas toujours des fcrce* suffisantes à leur opposer.

DÉRicouRT s'écrlant.

Ma femme s'est manqué !

BLINVILLE.

Ta femme a combattu long-tems ; ses remords attestent....

BÉRICOURT.

Et que m'importent ses combats et ses remords !

BL INVILLE.

Ces mots qui m'ont frappé vont fixer ton opinion et t'expliquer la conduite de ton épouse. « Ce Julien que j'aime » tendrement et qui veut épouser Adèle... ce Julien sans- » qui je ne peux vivre , mon époux que je n'ose envisager... » son ami devant qui je suis tremblante....

DÉRICOURT.

Julien est l'amant de ma femme , et il prétend cà ma fille !

BLINVILLE.

Julien est pur.

DÉRICOURT.

Ah , si je pouvois le croire !

BLINVILLI.

Je te réponds de lui.

DÉRICOURT.

Ma fille sera donc heureuse ; et mon imprudente épous« pleurera seule sa folie.

BLINVILLE.

Oui, qu'Adèle soit heureuse; tu dois le vouloir et l'ordonner. Mais sa mère te devient-elle étrangère ? une erreur , dont elle gémit , lui ôte-t-elle ses droits à ta pitié ? L'abandonneras-tu à ses peines ?

©ÉRICOURT.

Non, mon ami. Je sais trop combien nous sommes foibles, et combien nous avons tous besoin d'indulgence. Si je n'ai à ^lii reprocher que l'erreur d'ua ïïjOï»eot,si elle peut enteu-

(Ire encore le langage du devoir et de la vertu , si i'ai conservé quelqu'ascenduU sur sou ame , je la ferai tougir , je la rameaerai , et je lui rendrai son époux.

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