a i'eniuie
BLIKVILLE, contraint.
Elle sort d'avec moi.
DKRICOURT.
Nosieuiii^s gens lui ont parlé ? elle est instruite ?
Oui, elle sait tout. x^
dÉricourt.
Elle a dû niarc[uer sa surprise....
BLINVILLE.
Oli ! d'une manière très-prononcée.
DÉRICOURT,
Et sa joie égale la mienne ?
BLINV IL LE.
Pas touL-à-iait , mon ami.
DÉRICOURT.
Comment donc ? dissimuleroit-elle le plaisir que lui fait ce mariage ? Les femmes , comme les filles, anroient-elles une arrière-pensée ?
BLINVILLE.
Ta gaieté est souvent très-piquantt? ; mais ce n'est pas en ce moment.
DÉRICOURT.
.Te marie ma fille, je la marie selon sou cœiir , et je no scrois pas gii ?
BLINVILLE.
Elle n'est pas mariée encore. Tu n'es pas heureux en projets.
DÉRICOURT, reprenant le ton sérieux.
J'espère que celui-ci ne rencontre aucun obstacle ?
Au contraire , il en est un qui m'effraie, et que tu ne pourras^lever qu'en déployant toiîte ta fermeté.
DÉRICOURT.
Tu m'effraies à mon tour. Qu'avoas-nous doiioà craindre?
44 L'OftPHELIîT,
BLINVILLE.
Une opposition formelle de la part de ton épouse
1» É R I c o u II T surpris.
Cela ne se peut pas.
BLINVILLE.
Cela est.
DÉRICOURT.
Et quelles sont les raisons de cette opposition ?
BLINVILLE.
Elle refuse d'en donner aucune.
DÉRICOURT.
Tu vois bien que c'est une plaisanterie.
BLINVILLE.
Kou , non : rien n'est moins plaisant.
DÉRICOURT.
Que dois-je penser de ceci ? quels peuvent être les motifs, die son refus ?
Si Je parlois à un homme sans caractère , j'emploierois des défours , j'adoucirois des iinages....
DÉRICOURT.
.T'ai toujours eu la force d'entendre la vérité.
BLINVILLE.
y.t l);o!i , tu l'entendras. Celte confidonce me peine , car je vais t'affligcr ; mais je n'écoute que la voix de l'innocence et les loix de l'équité.
DÉRICOURT.
Quelle que chose que tu aies à m'ap])rendre , parle j Je suis homme et résigné.
BLINVILLE.
Tes enfuis ont vu ta femme ; ils ont présenté leurs vœux, elles les a rejettes ; ils ont supplié, elle s'est montrée inexorable ; ils l'ont quittée le désespoir dans le cœur , etsont venus déjioser leur douleur dans le mien. Jel'ai attaquée à mon tour avec les forces réunies de l'amitié, de la délicatesse et du raisonnement : nême refus , mêm.e silence. Des passions violentes se heurtoient it la jettoient dans un désordre effrayant. Enfin , des mots entrecoupés m'ont douné des soupçons qas lu réflexion a confirtués.
DÉRICOURT.
Acliève : quels sont ces soupçons ?
BLINVILL E.
Les passions sont terribles, leurs ravages inattendus et rapides ; et la femme la plus sage n'a pas toujours des fcrce* suffisantes à leur opposer.
DÉRicouRT s'écrlant.
Ma femme s'est manqué !
BLINVILLE.
Ta femme a combattu long-tems ; ses remords attestent....
BÉRICOURT.
Et que m'importent ses combats et ses remords !
BL INVILLE.
Ces mots qui m'ont frappé vont fixer ton opinion et t'expliquer la conduite de ton épouse. « Ce Julien que j'aime » tendrement et qui veut épouser Adèle... ce Julien sans- » qui je ne peux vivre , mon époux que je n'ose envisager... » son ami devant qui je suis tremblante....
DÉRICOURT.
Julien est l'amant de ma femme , et il prétend cà ma fille !
BLINVILLE.
Julien est pur.
DÉRICOURT.
Ah , si je pouvois le croire !
BLINVILLI.
Je te réponds de lui.
DÉRICOURT.
Ma fille sera donc heureuse ; et mon imprudente épous« pleurera seule sa folie.
BLINVILLE.
Oui, qu'Adèle soit heureuse; tu dois le vouloir et l'ordonner. Mais sa mère te devient-elle étrangère ? une erreur , dont elle gémit , lui ôte-t-elle ses droits à ta pitié ? L'abandonneras-tu à ses peines ?
©ÉRICOURT.
Non, mon ami. Je sais trop combien nous sommes foibles, et combien nous avons tous besoin d'indulgence. Si je n'ai à ^lii reprocher que l'erreur d'ua ïïjOï»eot,si elle peut enteu-
(Ire encore le langage du devoir et de la vertu , si i'ai conservé quelqu'ascenduU sur sou ame , je la ferai tougir , je la rameaerai , et je lui rendrai son époux.