‹ L'orphelin; comédie en 3 actes et en proseChapitre 7 sur 52 · SCENE y · texte numérisé non relu

SCENE y

Madame DL'P.ICOURT , DÉRICOURT, ADELE, BLINVILLE, JULIEN.

ADELE, courant à sonj>èrc et l'embrassant. Bonjour, papa.

DÉRICOURT.

Bonjour, ma f:Ile.

JULIEN

Monsieur, je vous salue.

lo L' O R. P H E L I N,

D É R I C O U ft T.

z :i:'-3V.T , ^^on Gv.^anl .{Prenant la main de sa femme. )^t toi ,, Hia Loiuie aiiùe , c oniment te trouves-tu ? Mad a iiie D É R I c o u R T.

J'ai trci-bien reposé.

DÉRICOURT.

Tant mieux : je veux que cette Journée r.oit heurewse , et un sommei' paisible rend l'imagination plus calme et piirs riante. j^c'jennons ci'abord , nous parlerons ensuite d'afFarcs sérieuses. ( Ori'!^' assied, mada nie D encourt au bout de la table à la droite; son mari, Blimnlle;, Adèle et Julien en face de madame Dé~ rlcourt.)

B L I N V I L L E , i'c servant.

Je crois , madame , que vous avez très-bien fait de venir kabiter votre terre. Un ciel serein , un air pur, i^^?, arbres non taillés , des eaux qtii ns sont pas contraintes , l'activité , la gaîté ïiaîve d^es villageois, la satisfaction de leur être utile et d'en être béni, tout cela dissiperoit la plus opiniâtre mélancolie. ( Il raangc. )

DÉRICOURT.

Et le plaisir- d'avoir près de soi un époux prévenant et sensible , une fille adorée , et si digue de l'être , un second enfant .. Madame d 1 r i c o u r t , à part. Un second enfant !

DÉRICOURT.

., Et un ami fidèle, qui t'entourent sans cesse et semblent no Te=pirer que pour toi. Que de moyens d'être heureuse! Madame déricourt.

..Aussi, le suis-je , Monsieur.

DÉRICOURT, se récriant.

Monsieur , monsieur ! C8 nom daus aucun tcms n'a pu me coiaveiîir.

.Madame . o u r t.

Pardon ; mou ami, m,.ou bon ami.

DÉRICOURT.

Voilà qui s'appelle parier.

, Madame d É r i c o u r t.

■ C'est l'habitude, l'usage.

DÉRICOURT.

L'habitude ! oli, non, non, tu 14'as pa^s iou;'ouvs eu-ccKe liub;tiu!c. Pour l'usag? , il p-^ul s'^duire el eutrajucr ces femmes,

C O M É D f E. iT

qui , étrangères clans leurs maisons, sont iriCtiiTérentes pour leurs époux : mais foi, dont l'attacîiement , la vertu... Madame DiE.icouRT,à part.

Ma vertu !

déricourt.

Toi, dont l'attachement, la vertu sont avoués, même par l'envie, dois-tu...

B LIN VILLE, rinlcrroinvant.

Lai.ssons cela, mon ami. I.a louange la plus méritée embarrasse toujours un peu. Comment la jeune .Adèle trouve-t-elle le café ?

ADELE.

Excellent , monsieur.

DÉRrCOyRT.

Julien fête la hure , et il y a des droits. ( à Blinvlllc. ) Le gibier est rare; mais l'espiègle a guetté un sanglier...

BLiNviLLE I résentant son assiette.

Julien, fais donc les honneurs de ta chasse.

DÉRICOURT.

Il devient galant. C'est à m.a fille qu'il a présenté le jarret...;

JULIEN, avec timidité.

Sa mère me l'avoit permis.

DÉRICOURT.

Oui, Julien , oui , oui. (« Dlvwille. ) J'avoue c[ue la tendresse mutuelle de ces enfans , est pour moi mie douce jouissance. A D E L Ej voiiss'ant Julien.

Bon.

D i;,R I c o u R T, à sa femme.

Tu en jouis également; et je veux prouver k Julien combien je suis reconnoissant du cadeau c[ue tu m'as fait. Madame d É m c o ù p. t.

(à pan.) Reconnoissant ! {Jur.it, avec timidité.') "Vous avez déjà fait beaucoup pourUù.

ïi est plaisant c[ne tu t'en appercoivcs la première. Au reste ,' 5©n zèle, son intelligence, sa probité attendent leur récompense, et ce c|ue je ne ferois pas par amitié pour lui, je le ferai par esprit de justice.

JULIEN

Ah. ! Monsieur.

Mes eafans , écoutez-moi. J'ai ccuimeucé avec peu de ctosc ,

et mes désirs cLoient. bornés ainsi ([ue mes moyens. Je n'aijanvjl< pc3iifié que l'industrie d'un né<;ocinnL fût sa propriété; j'ai toujours cru , au contraire, que cette industrie devoit tourner au profit de la société, et que sa fortune particulière tenoit à îa fortune publique. Aussi n'ai-je point calculé ce que pouvoit me rapporter la misère de mes semblables r/je ne me suis p:!S i^orgé du sang dos malheureux , j'ai renjpli mes magasins dans les années u'abondance, je les ai ouverts dans les tems de (i-'sette, j'ai vendu i\ tout prix, et je me suis dit : mou travail me rendra plus tard ce que je prête aujourd'hui à l'humanité scufirante. Los spéculations d'un honnête homme le trompent rarement , et j'ai prospéré au-delà de mes espérances. Je ne vous rappelle pas ces faits pour me larguer d'avoir fait mon devoir; mais parce que le bon exemple des pères est pour les enfans un encouragement à la vertu. Enfin, je suis riche, mon commerce est immense , je ne suis ]Aus ieiiue, il me faut un iiouime sur qui je puisse me reposer, et cet homme c'est Julien.

ADELE, j'oussant Julien.

A merveille.

Kous passerons aujourd'iiui notre acte de société. Je supporterai les pertes, et je le m.ets d'un quart dans les bénéfices.

Quelles expressions pcvarroient...'

DERICOURT.

Point de rcmerciment, je remplis un devoir sacré. Je ne crois pas cjue ma fille se plaigne des avantages..,

ADELE.

Au contraire , papa.

D £ E. I C o u R T , à sa femme.

Pour toi, ma bonne amie, tu seras aussi indulgente que ta fille. Julieri t'est cher, tu l'as connu ftvant moi, tu t'y es intéressée la première; lui faire du bien, c'est sans doute remplir tes va-ux, c'est au moins vouloir te faire ma cour. . . Des iarmesj ma tendre amie, des larmes !...

Madame-D é u i c o u n T , se jetlanl dans son 'sein. Tu jii'accables du poids de ma reconnoissance.

Ah ! laisse-les coirjer, si le sealiaieiit teles arrache. Je pouvoir-, rr;iind;e n-\c l'ii.lê, êL...

ADELE.

Paix donc, paix donc. Ne connois-tu pas le cœur de ma

mère ?

déricourt.

Blihville, donne la main à ma femme, allez faire nn tour sous les tilleuls. (^On se lève.) {A. sa femme.) Il a quelrue chose à te confier, et vous serez là à merveille : cette allée donne des souvenirs heureux. Il y a bientôt vingt ans que je t'y déclarai mon amour. Les arbres ont vieilli , mon cœur est resté Le même. Tu baisses les yeux, Adèle. Il vient un tems où une jeune personne a de quoi réllécl^ir , à moins toutefo's qu'elle n'ait le bon esprit de se résoudre gaiment à ce qu'ont fait ses ayeules , et à ce que feront probablc^ment ses petitesfilles. ( à Bllnvilie. ) Allons , vas , mon ami ; à moi;i â^é on commence à compter les momens, et on est pressé deiouir. (IJllnville sortavecla citoyenne Dérlcoiirt.) Je passe dans mon c£ibinet. Julien , on fait ses affaires à la campaone comme à la ville, tu viendras me trouver dans un moment.

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