‹ L'orphelin; comédie en 3 actes et en proseChapitre 8 sur 52 · SCÈNE Y I · texte numérisé non relu

SCÈNE Y I

ADELE.

Eli bien , mon bon ami , commences-tu à te rassurer ?

JULIEN

Un cœur comme le mien peut-ilêtre sans inquiétude ?

Il est des inquiétudes bien peu raisonnables.

JULIEN

Il en est aussi de trop bien fondées,

ADELE.

Julien, tu te plais à te tourmenter, et je n'aime pas cel:-. N'as-tu pas entendu mon père, ne sens-tu pas ce que ses procédés'semblent nous promettre pour l'avenir? Quit'a ditqu'il n'a pas prié Blinville de pressentir ma mèresurunmariat^e ?..,

JULIEN

Eille trop confiante ! qui t'a dit (ju'il ait pensé à moi ?

ADELE.

Et à qui veux-tu donc qu'il pense ? crois-tu que notre amour ait échappé â sa pénétration ?

14 L' O R P H E L I îq-,

J U LIEN

Je serois désespéré qu'il en ait le moindre soupçon. Mes senLimens sont purs, comme l'ob'et qui me les inspire ; mais ou iuge les hommes s^i' les faits, et les apparences sontconUo moi. Ses bienfaits même...

ADELE.

Dis doue les foibles marcfuos de sa reconuoissance.

JULIEN

Cette prétendue reconuoissance ajoute àmon ingratitude.

Toi, ingrat; toi, Julien ?

JULIEN

Je le suis, Adèle, je le suis. Ai-jedû t'aimer, ai-je dû te le dire ?

ADELE,

Oui, mon ami, tu as dû m'aimer , parce que tu m'as trouvée aimable: tu as dû me le dire, parce qu'un lionncte homme d^it toujours ce c[u'il pense.

JULIEN

Et devo;s-tu m'écouter ?

AD E L E , avec sentiment.

J'aut-il écouter tous les hommes , et être soujde pour celui seul qu'on préfère ?

JULIEN

Adèle , l'effet le plus cruel des passions est de se dissimuler {o^qours ce qu'elles ont de répréh-ensible. A quel point nous é'^are déjà ce feu brûlant , qui nous laisse.à peine des intervalles de raison ! Tu nous juges innocens, nous cjui nous aimons en sec ret , qui blessons par une réserve coupable tes parens et mes bienfaiteurs. Si nos lois nô frappent point enforë les in- .o.rats , l'opinion publique' les flétrit : oserons-nous la braver ?... Adèle , tu t'altcnthis !

ADELE.

Julien , tu rends mon evistence pénible.

JULIEN

Pardon; mais je te dois la vérité.

Il falloit penser tout cela ])lntôt.

JULIEN

B.éfléchit-on à quinze ans ?

ADELE.

lyioa ami, tu t'exagères les obstacles qui semblent nous se.»

C O MED I E. j5

parer, et ton iniagination se peint lout en noir. Tilr. nicrc .'^;:lf; riche aussi, et mon père, qui, comme toi, n'clvoit que dys vertus , obtint l'aveu de ses parens.

Il conuoissoit les siens, ilâétoient considérés, et j'ignore qui je suis,

ADELE.

Ce sont tes parens c|u*iî faut plaindre : tu charmerois leur vieillesse 3 mais tu n'as besoin de personne.

JULIEN

Quel sera mon appui ?

Ta probité et mon cœur. '-^ Julien , estimes-tu mon pèra et ma mère ?

JULIEN-

Je fais plus , je les respecte.

ADELE.

Tu les connois donc bien ?

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