‹ L'orphelinChapitre 10 sur 24 · HELENE,, FRANCISQUE · texte numérisé non relu

HELENE,, FRANCISQUE

P ^ HÉLENE

, OÙ va - tu dans cet équipage ?

^ FRANCISQUE

Je suis courrier , je vais à Paris ; et toutes mes idées que vous traitiea de chimères, sont pourtant réalisées.

HÉLENE

Quels conte il me fait !

FJIANCISQUE.

Vous verrez qu’on ne pourra pas croire ce qu’on a vu et entendu. HÉLENE.

Et qu’as - tu entendu , voyons ?

FRANCISQUE

Adèle embrassoit son pere , et Julien étoit à ses genoux,

^ HÉLENE

Quest - ce que cela prouve ?

Qu’on les marie.

H É L E N E , émue.

Te tairas -tu, avec tes suppositions ?

FRANCISQUE

Je suppose , à présent ! Et le Notaire que je vais chershet l

HELENE

C’eçt pour le mariage d’Adele. . .

FRANCISQUE

Aye« Julie!!. -

2» G R F U E L ï lîf

HELENE

Avec Bîînviîîe.

» FRANCISQUE

A.tcc Julien , vous dis - jç. Il retnereioit la citoyenns Dérîcourt ave^ l&ne tendresse , un feu , un. . .

HELENE

Il l’associe à son commerce , et le Notaire doit dresser l’acte de société?

FRANCISQUE, étonué.

Bah ? ,

HELENE', le contrefaisant.

Bah ! Adcîe épouse Blinvills , c’est une adaire arrangée de ce matin. FRANCISQUE.

Eîlnville n’ssvoît pourtant pas l’air de l’épauseur. Il éîoif debout devant læ cheminée , la tête sur son coude , et rêvant , je ne saif-à quoi.

• * HELENE

Quand on écoute et qu’on observe , il n’en coûte pas plus de biet* entendre et de bien voir. ... Si on m’avoit consulté , Adcie ne seroit pas sa femme.

On a eu très-grand tort de ne pas te demander ton avis.

H E L E N £ embarrassée.

Vous croyez rire. Si ceux qui nous emploient ont plus f:l’argent que »ons , nous avons quelquefois plus de ben sens qu’eux , et l’un vaut biea Fautre. J’ai pourtant bien de la peine à croire que je me sois troaipé. , HELENE.

Ei, mon dieu , crue t’importe ?

' 'francisque.

Je le saurai avant m.on retour.

HELENE

Comment cela ?

Lt Notaire préparera le contrat, et je lirai par-dessus son épaule.

Pars donc. C’est le mèyen d’être plutôt instruit.

FRANCISQUE

Vous raison. Je pars à l’instant. Mais j’etois bien aise de vo^

faire mes adieux.

5t te remercie.

FRANCISQUE, sortant.

Vous savez que je n’ai jamais manqué l’occasion de vous faire une honnêteté. '

HELENE, seule.

curiosité ? quel bavardage! Ce garçon m’inquîe'teroit , si es mariage n’étoit définitivement arrêté. Cependant ses réflexions sur Adeîe et Julien , les observations de leur 'mere me tourmentent malgré moi , quoique les faits coatredisent. Cette digne femme a raison. Il' n’est pas de repos pour un coupable , puisque la seule amitié qui m’attache à elle «ft si inquiété et si pénible.

( Dans l'entre- acte des domestiques viennent ôter c: qui est à iervi 0* méjsilner, et p-éparent la table pour le troisième acte.)

Fin du premier Acte,

HELENE, la Citoyeano D S R I C O l) R T.

T.T , La Citoyenne ü E R ! C O U R T.

-^-^Élene, mon trouble me s^iit par-tout. J’ai eu tantôt un moment de relâc-iis , et rnainténant mes craintes renaissent avec plus de force encore. HELENE.

Vous êtes ingénieuse à vous créer, des chirneres !...

La Citoyeioné D É K ï C O U R T.

Non , je ne me livre point à des chimères , je vois juste y et je prèssens tout ce que j’ai à redouter.

Qui peut donc faire renaître vos alarmes ?

Là Citoyenne D E R î C O U R T.

Je viens de passer de^'ant le cabinet de mon mari. J’ai apperçu Adele et Julien. Un coup.-d’ceii rapide comme ré<^lair , a confirmé mes soupçons. J’ai cru roir le deli'rcî', l’ivresse de i’umo'iir. Déricourt jouissoit de leurs transports. Hélas’ ! il les croit innoceirs.

dirai -je ? Des, pressentimens pénibles m’ont agitée et m’agiienî

■ Vous le encore !

La Citoyenne DERICOURT.

Avec un homvne tel que Déricourt , Adsle et Julien n’auroit eu besoin que de se déclarer. Eîinvilie lui-même peut favoriser une', flamme , qu’il est incapable de sentir. Que les gens sans passions sont heureux 3 s’ils n’ont pas de jouissances , du moins n’üat-iis pas de regrets... Hélene ^ il est une main invisible qui ne laisse rien impuni ; et qui va s’appesantir sur moi.

Vous "oubliez vos amis , vous vous oubliez vous - mêms. Vous périrez victime de l’illusion, ou de la réalité.

La Citoyenne D E R-I C O U R T.

Le tombeau est le seul asyle qui me resfê. Heureuse , si mon repos, n’y est pas troublé , ou par d'horribles souvenirs , ou par iqs vengeances que j’ai attirées sur ma tête.

H È L E N E qrri sort dans le courant de la scene , la Citoyenne D É R I C O U R T , ' J U L I E xN.

^ JULIEN

OUT ce qui intéresse les hommes, l’estime des honnêtes gens , les dons de la fortune, les faveurs de l'amour, se réunissent aujourd’hui pour me faire oublier mes premiers malheurs. Votre aveu manque encore à ma félicité.

La Citoyenne DERICOURT.

Qua dîtes - vous.

JULIEN

Je vous dois mon éducation , mes mœurs , et une existence que vous m’avez conservée. Ma reconnoissance m’acquitteroit , si on pouvoît jamais s’acquitter de tels bienfaits. Cependant vous pouvez y mettre le comble ; ou plutôt , fi vous devez lejetter rneç prières, vous n’av'ez' rien fait pour

«TiOi.

La Citoyenne D É R I C O U R T.

Entends - tu , Hélene , entends - tu ?

JULIEN

Vous avez une fille à laquelle je ne pouvois pas prétendre , et que je ne davois point aimer. Une fievre ardente me consnmoït , et Je n’en connoissois pas le remede ; j’étois tout à mon Adele ,, et je ne soupçon- Eois pas le danger, Adele élevée avec moi, habituée à me voir, à inspirer et à sentir cette confiance qui surprend les âmes , Adele m’aimoit et elle ignoroit 'encore qu’elle eût un cœur.

^ La Citoyenne D É R I C O U R T , à part.

Quelle horrible confidence !

JULIEN. ^ -

Un homme sensible connoît notre situation, et il porte nos. vœux aux pieds de votre époux. Béricoutt n’a pas dédaigné un homme qui n’a pour lui que l’active amitié de ses protecteurs. Il m’a accueilli , il a regardé sa fiile , elle a reugi , et il m’a nommé son gendre.

La Citoyenne DERÎCOURT, tombant dans an fautsuiL- Ah ,• mailieureuse ! voilà le dernier coup. ■ "

Va , n-i’a~t~il dit , va trouver ma femme : dis -lui que je te destine à faire le bonheur de, ma fille, et ses bras te seront ouverts.

La Citoyenne DERICOURT, se relevant en désordre. Julien. .. Julien. . . tu veux. . . tu esperes !

JULIE N

Je -ne veux rien ; mais je supplie. Sans Adele il n’est pas de bonheur pour moi , sans moi ,il n’en est point pour Adele.

La Citoyenne DERICO U R T, avec un désespoir concentré. Non , jamais. . . jamais. . .

JULIEN, suppliant.

Adele est votre fille , et vous m’avez tenu lieu de mere.

La Citoyenne DERICOURT.

Eh , je le suis , malheureux !

JULIEN

Ah , si je pouvois vous croire ! ,

La Citoyenne DERICOURT.

Ail , si je pouvois l’oublier !

JULIEN

Et vous me refusez Adele !

La Citoyenne DERICOURT, se remettant.

Vous n’êtes pas nés l’un pour l’autre.

Opposez-moi des raisons ; je les combattrai , je les détruirai.

La Citoyenne DERICOURT.

Vous le croyez , jeune homme ?

JULIEN

J’en suis certain.

La Citoyenne DERICOURT.

Ah , si je pouvois parler !

JULIEN

Je vous en conjure.

La Citoyenne DERICOURT.

Je me tais.

■^■111. I I. .,— ■»«■■■ .■..i-i ■ — .1— ,1 .I — .I , — I IWI M IM wirani»i,iif >I1»| irp

JULIEN, la Citoyemne DERICOURT, ADELE.

AJ U L I E N.

OEL£ , oa me repousse. Ce que je dois à tes parens , îa honte

chée au malheur de ma naissance , et qui pourtant ne devroit pas Umber sur moi. . .

La Citoyenne D E R I C O ü HiT.

Tais - toi , de grâce , tais - toi.

JULIEN

Tout m’impose silence. Mais toi , qui m’as donné ton cœur, toi qui ai l’aveu de ton pere , tu feras parler la nature et la raison. Viens , mon Adeie , secoure-.moi ; tombe avec moi aux genoux d’une mire sensible qui me rejette , et qui ne te résistera pas.

ADELE, et JULIE xN, à senoux.

Ma mere !

La Citoyenne DERIÇOüRT.

Serieiü-vous à mes pieds , si je pouvois me rendre à vos prières î t^HOi tù veux être mere et tu ne soupçonne pas encore la force , l’abandon du sentiment qui m’attache à toi !

Je ne sais , ma mere,; mais il me semble que ma fille n’ém en vain mes genoux. Qu’est devenue cettu tendre sollicitude Ciippoit que de ma félicité ?

La Citoyenne DÉRICOÜRT.

Cruel enfant ! le cœur d’une mere change-t-il jamais l

ADELE.

I Prouvez-le-mqi. Je suis malheureuse , suppliante ; et vous me

La Citoyenne DÉRICOURT.

J’ai prononcé i’arrêt ; rien ne peut le faire révoquer.

^ ■ A D E L E , SS levant d'un ton ferme.

Mon pere a aussi prononcé.

La Citoyenne DERICOURT.

Oserez-vous vous en prévaloir ï

ADELE, montrant Julien.

Eh ! que lui reprochez-vous.

La Citoyenne DERICOURT.

Rien. * .

JULIEN

Et elle ne sera pas à moi !

La Citoyenne DERICOURT.

Non, jamais.

JULIEN, d'une voix étouffée.

Vous êtes injuste , tyrannique.

ADELE, très^vivement.

Julien , tu parles à ma mere. à sa mere. ) Pardonnez-lui , pardonnez-lui , ma mere. Il s’est oublié , c’est la première fois de sa vie , ce sera la derniere.

JULIEN. y

Oui , je m’égare. . . mais dnis-je payer vos bienfaits par le sacrifice le plus déchirant ? ,

La Citoyenne DERICOURT , prenant la main à Adèle et la fixant.^

’ Adeie , soit toujours vertueuse. La pente du crime est facile , la femme la plus chaste peut être foible , et le souvenir d’une foiblessa est si cuisant ?

Qu’ont de. commun ces étranges réflexions et notre amour ?

La Citoyenne D É R I C O U R T.

Vosre amour ? Votre amour. . , Ah I je l’avois prévu , le crime ei£ héréditaire.

ADELE.

Je ne vohs entends plii;s<,

2^ L* O R.P II E L I/yr ,

la Citoyenne D É li I C O U R- T. ’

Pfsisseî-tu ne jaraiiis m’entendre !

. ADELE.

Ma raere , je vous implore encore pour la derniere fois. Ayez pitié de votre fille ! elle a votre sensibilité , elle a votre ame toute entieie. Vous avez ainve , souvenez- votis-en : oui , vous avez aimé j ma znere j et vous me délendc-z d’irvoir un cœur !

La Citoyenne D £ A i C ü ü RT, les pressant contre son fein.

Mes enians , si v'ous saviez le mal que vous me faites si vous pouviez lire dans ce cœur que ^ voos brisez , et douÆ les peines sont bien plus anieres que ies vôtres. . . Ménagez une msre qui vous aime ; ne l’exposez plus à des combats , inutiles pour vous , et pénibles pour ejlle -j gardez surtout de raccu'^er aupu-ès de sors époux ; ses prières , son v^utorité , tout ^ seroit saiis effet ; vous ajouteriez- à mes maux , sans lipi chajiger à ina| résolution.

JULIE II

r'ions en mourrons,^ et vous l’aurez, voulu ! •

La C£o/rti:îe D E R X C O U R T, d'un ton scc ■, ét avec délire,

La. doUiVur ne tue pas.. - Non, Julien, elle* es tue pas.

A O E I. E , éplorée.

Eh ! que dirons-nous à ,mo?î pere ? '

La Citoyenne D E R I C O XJ .R. T.

Je ne sais. - . mais mon .repos es,t e,ntre vos mains. Consultez votre délicatesse , Votre i-econnci::ance p elles voJs inspireront. . •. . Allez , mes enta ns , laissez - jnoi.

Viens, înon ami, viens. Si nous ne pouvons être heureux, nous pourrons du moins pledrer ensemble.

QLa Ci tov'cnne D É R I COURT, seule.

i>?'Lî.r. épreure , quei.Ie épreuve ! Tai senti vingt fois l’affreuse vérité ^râ'e a îu échapper ^ et mes .forces sont épuisées. (Elle s'assied.") Ce ; U -e riOinrae est né 'pour mon malheUr et pour le sien. . . Que dis-je ? La .nature les emruhe Tufs vers l’autre : la nature trompe-t-elle jamais ? K'iov secret est encore a moi ; je puis me taire encore ; je puis couronna ;• v.,es . . uù vais-je m’égarer ? Malheureuse ! un crime que les

îauvjgns cn.î en horrrur !

Liï Citcyemie D É .1 C O U R T , FRANCISQUE,

Jî'’ R A N C i S' QUE, faisant grand 'bruit.

’AilElVE de r^aris , et j’en .^viens à toute bride.

La Citoyenne DERICOURT.

Tu m’i.mportunes , ho.n Francisque,

FRANCISQUE, dans l'excès de la joie.

Tous êtes triste : vous avez deviné le secret d’Adele p et vous croyez *i;tcre qu on la marie à Blinville ; détrompez-vous ,, on la donne à Julien ; le Notaire me . suit ; l’acre es* dressé , je l’ai vu, je l’ai lu. .. Ce pauvre Julien ' Je in? îvns de vingt ans. Gh ! j’en perdrai l’esprit.

Là Citop-enne D UT R 1 C <) ’ü R T , se levant avec force.

Sors, soîi 5 je • vaux , je t’en prie. -■

F R A N C î S Q U E , . stupéfait.

T^ous ne nravez donc pas entendu ?

La Citcyer.ne DERICOURT»

Sors î te dis-je , je voux être seule.

F' R A N C I S Q U E , sortant. »

Si j’y cemprei^df rien s que iè diable m’emporte !

ÏLa Citoyenne D E II ï C O U R T , seule,

LS semblent tous îij>ué.s- contre moi. Ce domestique veut pro'tver sûa tttrichcmeat , et il déchire ma blessure. Quelle iniiipporîable exi.'.tcnce î

Cid , Hlieviile !

Page 1