SCENE XL
HELENE, îa Citoyenne DERICOURT.
TT HELENE
^NE surprise ! Que peut - ce être ?
La Citoyenne DERICOURT. ,
Sans doute , quelque nouveau bienfait.
Que cette journée est heureuse ! Que de raisoijs elle vous donne de dissiper enfin des larmes. . .
La' Citoyenne DERICOURT.
Mes remords me restent.
, HELENE
Vous êtes cruelle envers vous - même. Vous vous juge2 avec une rigueur.
La Citoyenne DERICOURT.
^ Est- il un être vertueux qui puisse m’absoudre H É L E N E.
En est- il un qui vous fasse un crime d’un moment de foîbiesse effacé par dix-huit ans de vertus ?
La Citoyenne DERICOURT.
Heureuse fille , tu ne conçois pas l’état d’un cœur tourmenté par le souvenir d’une faute irréparable. Julien vivra dans i’aisance ; mais il devra tout à Déricourt , à Déricourt que j’ai trompé , que je trompe encore , et que je ne peux éclairer sur cet affreux événement. Homme bienfaisant, époux sensible , il est loin de soupçonner que ses qualités même ajoutent à mes tourmens. ,
HELENE, à part..
Que son état me touche ! ,
La Citoyenne DERX COURT.
J’avoue cependant que le mariage d’Adeîe et de Blinville adoucit l’amertume de ma situation.' Ma fille épouse un homme aimable , elle sera Eeureuse , et çe lien calme des craintes qui^ deyenoient plus vives chaque |Our.
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Et qne pourrie?: - vous cr^iadre encore ï
La Criuyeuce D É R J C O U R T.
Te Tavouerai-ie , ma chere Hciene ? J’avois cru renrarquer entre Adèle et Julien de ces choses qui ne ressemblent pas à la sifrtpie amitié. Regards furtifs, soupirs contraints^ extrême confiance /extrême réserve, gaieté sans c^use , tristesse sans motif, la' pâleur de la crainte , le coloris de Tespoir et de la pudeur. . . Rien n’échappe à i’œil d’une niere. J’u’. réha cent fois en pensant que le crime ainsi que la vertu peut être hcrcuitsi. e. Alors je me suis reoroché d’avoir gardé prés de moi ce malheiut ux Julien. Cependant, que pouvois-je faire ? Trop fiere pour coiihcr ma faiblesse , trop tendre pour abandonner un enfant à qui , toute cou- Jiable : qu’elle est , ia nature devoir une mere , j’ai mieux aimé exposer mon repos que son existence. . . . Mais Déricomt , Dériccurt , qui parie de ma vertu , qui nomme Julien son second enfant , qui me remercie... L’affreuse vérité es: loin de son esprit : elle est toute entière dans sa bouche, et me tue. . . ilélenep Hélene.
HELENE
Calmez-vous , de grâce , calmez-vous. . . Des larmes ! - Lj 'Itoyenne DERICOÜRT.
Je n’ai pas mê ne la triste satisfaction de leur donner un libre cours. Ah ! laisse-les co.der pes larmes que je ne puis verser que dans ton sein.
H E L E N E , SC remettant très-promptement.
C’est Francisque : remettez-vous rentrez.
La Citoyenne pERICOURT.
Hélene , tu m’aimeras toujours , tu me l’as pro.mis ? Je ne t’ai que trop affligé de ma douleur. Mais si j’ai perdu mes droits à ton estime , j’en ai encore à ta sensibilité. ( Hé/cinc lui baise la main ^ elle T embrasse et rentre. )