J U L I EN
FRANCISQUE
J U L I E xM.
Sans avoir été apperçu ?
De personne au monde.
JULIEN
Ne perdons pas un moment.
FRANCISQUE
Est- il minuit ? , ' \
JULIEN
Oui t po^uoi ?
^ FRANCISQUE
E'raïBHBlhr'Déricomt va descendre. Elle veut vous voir , vous parler.
• JULIE N
Francisque , encore une indiscrétion ! "j FRANCISQUE.
J’ai été impénétrable pour ceux qui Vopposent à votre départ. Iletoit iauîilc d’en faire un mystère à celle qui voudrqit voue savoir déjà loin.
JULIEN
A la bonne heure j mais tu pouvois m’épargner un entretien inutile et fatigant.
FRANC I S Q U E
On l’a demandé : le refuser , c’étoit s’exposer à de nouvelles démarches , * dçs inaporÜHpités > qwi nous auroient ôté U liberté d’agir.
COMÉDIE
Ton but ist rempli : éloigaons-nous. ( lî fait quelques pas. } FRANCISQUE.
Je vous sais.
JULIEN, s’arrêtant.
G’est ici que f ai passé dix-huit ans avec elle ; c’est^ ici que ' mous nous sommes livrés avec sécurité aux douces sensations d’une Hamme innocente ; c’est ici que mon malheur se préparoit au sein même de la félicité ! . . . . ( Bien tristement. ) Au poiat du jour, Adeie viendra dans ce salloîi, qne nous aimions tant elle parcourra ces bosquets , où nous avons si souvent folâtré ; elle s’asseyra sur ces gazons , où les heures s’écouioiént pour nous ai^ec tant de rapidité ; par - tout elle cherchera Julien, et Julien n’y sera plus ! Ah ! Francisque. ! quels souvenirs ms poursuivent en ce moment !... (Avec désordre. ) Partons, ])artons.
FRANCISQUE, É R I C O U R T portant
une bougie çidelle place sur la table en entrant. On leve la rampe à demu JULIEN.-
Q FRANCISQUE
vient. . . . Ah ! c’est la citoyenne Déricourt.
Vous avez voulu me voir , Madanie ; potîvez-vous desirer ma présence ; croyez-vous que la vôtre puisse me, consoler ?
La Citoyenne DERICOURT.
Francisque , veillez à cette porte.
E R ï C O ü R T , JULIEN.
-y La Citoyenne B E R I C O U R T.
ous avez droit de tout penser , et je suis préparée à ce que veus m’allez dire ; mais écoutez -moi : notre séparation étoit inévitable , vous le sentirez peut-être un jour ; cette séparation sera longue , bien longue, et j’ai voulu vous voir poui la dernière fois , vous embrasser encore , pleurer sur vous et sur moi , vous donner des conseils qui ne vous seront pas inutiles , et vous assurer que 'je ne vous abandonnerai jamais î - J Ü'L I E N.
Ne parlez pas de nouveaux Aons , les vôtres sont trop ckers. Un homme de mon caractefe n’a besoin de pérsonne j je saurai supporter mon sort, si je ne puis vaincre l’adversité ; et vos conseils , autrefois si précieux , sont superflus en ce momens.
la Cltoyeryic DERICOURT.
Ah ! Julien ! que d’erreurs ont cau.sé la prévention et i’injustice'!
La prévention-, l’injustice î c’est vous qu’elles subjuguent c’est moi seul qu’elles accablent. Ne me retenez pas , et laissez inoi partir.
. , L^ Citoyenne D É R TC O ¥ R T.
Un ^moment. Rends - moi ton cœur î . . . .
JULIEN
Je ne le puis.
Citoyenne DERICOURT.
C’est ta meilleure amie qyi fe presse , qui te conjure de ns pas îa repousser ; c’est une mere égarée et sensible , qui souffre par toi-, et pour tùi , qui voudroit. . . . qui ae peut î . . .
JULIEN-, d’une voix étouffée.
Vnc mere !... une mere,!
La Citoyenne DÉRÎCOURT,ae reprenant $
Je Vffl ù tenu lieu , l’c» ai rempli les devoirs.
^8 ' L^OKFHKLIN,
JULIEN
Ne me rappeliez pas le passé ; vous J’efîacer de ma mémoire. Si je vous dois beaucoup , fais-je moins aujourd’hui ? Je renonce à tout ce qui m’attache à la vie , je quitte Adele , je pie dérobe à votre époux , je me jette dans un monde inconnu , sans support , sans espoir, sans autre ami qu’un vieux domestique qui compatit à mes maux , et qui veut les partager ; je îTi’expose à tout , je brave tout , et pour qui ? Pour vous seule , femme absolue et barbare.... Non, je n’ai plus de mere..?. je n’en ai plus i vous avez mis entre nous une étérnaile séparation.
La Citoyenne DÉ^RJfCOURT.
Tu m’accuses.... ru m'outrages , et je ne puis te blâmer. .
JULIEN
Dans l’état' où je suis, saie-je ce -que je fais ? ^
La Citoyenne D E R i C O U R T.
Me connois-je moi-inême ? Ma tête n’est plus à moî..^ mon désordre
est au comble.... mes idées n’ont plus ^de suite d'e liai-soa.... julien,
je perds en toi la moitié de^B^j[^rres- J» ne puis ni te veir , .ni. ine séparer <ie toi — Je n’opose h tesv^k 'qtte'-Firnpuis.sance.... le désespoir.... dos larmes stériles qui ne peuvent t’appaiser.... Oui, tu me Imis, tu le dois , je le sens , j’en suis convaisue ; mais quelqu’indigne que je t’eu paroisse , que je goûte encore une fois le plaisir d’être mere Julien..,, mon fils, mon cher fis, mes bras te sont ouverts ; erains-tu de t’y précipiter ? ( Julien balance. ) Julien ! ( il se jette dans scs bras. )
2^1^ vofî^de Dérî
n-oiis , on / nous
r n A N c î s Q U £ , La Citoyenne DERICOURT * J U L ï'£ N
T FRANCISQUE»
*^’aî vu de la lurnîere chez Blinville , j’ai cru entendre"*^!* court ; il y a du mouvement dans la maison. Hâtons sommes déceuvertâ. ' , >
. I.a Citoyenne DERICOURT.
Adieu . nialiieHreux enfant ! quelque part que tu fuie , mes yeux seront toujours ouverts sur toi. Ecris-moi, je veux, je • t’en supplie ; tes iettres adouciront mes peines :,je les lirai à Adele, elle en a besoin comme moi. Adieu.... ne connois que la vertu, n'écoute et ne suis qu’eüe. Oublies ta première existence , remplis la carrière honorable où tu vas te jetter ; que tes exploits et ta gloire parviennent jusqu’à moi ; ^ue j’en jouisse en secret , et que je me dise : Julien est um héros ; il me fait oublier sa naissance. ( Julien fait une fausse sortie. ) Viens., cher enfant , que je t'embrasse encore : dis-moi que tu ne me hais point , et je serai plus tranquille.
J U L I E N , ■ l’embrassant.
vous haïr ! je le T;cudrois en vain.... je n’en ai pas la force. ( Il se jatte dans ses bras-, la regarde Ofisuite avec . attendrissement , va '-pour l’ embrasser encore , s’arrête et sort en désordre. (