SCENE VII I
ADELE , BLÎNVÎLLE , tenant deux flambeaux qu’il porte sur une table.
La rampe sc levé tout-à-fait. DERiCOÜllT , JULIEN , la Citoyenne
DÉRICOÜRT.
DÉRICOURT, tenant Julien par la main.
^ OüS partez ! vous partez ! Rentrez , jeune iiôumne , soyez docile et laissez-vous conduire. Voilà ton Adele , la voilà.... regarde ■, vois ses larmes , et fuis si tu le peux.
JULIEN
Adele , mon JVdele !
ADELE. •
Tlai-je retrouvé , où vais-je te perdre encore ?
Vous ici , Madame ! vous m’avez prévenu. Nous allons terminer des débats qui n’ont que trop duré. 'Vous ne me contraindrez pas j je l’espere , k user de mes droits. Ne m’epposez pas une résistance inutile , et? préparezvous à obéir.
La Citoyenne DERICOURT.
Gardez-vous de m’y contraindre.
DÉRICOURT.
Point de mots ; des faits. Si je me suis trompé , si vous ne tenez à Julien que par des sentimens piu:s et honnêtes , prouvez-le moi : voilà ie contrat , signez.
La Citoyenne DERICOURT.
Vous ordonnez un crime.
DERICOURT.
Je veux en épargner un.
La Citoyenne DERICOURT.
Je le consomme , si j’obéis.
DÉRICOURT.
Si vous obéirez ! c’est le seul parti qui vous reste.
La Citoyenne DÉRICOURT.
Je tombe à vos genoux. Ayez pitié de moi. ... je n’aî Jaute en ma vis- ...
Sachez la réparer.
La Citoyenne DÉRiCOURT.
Elle est irréparable. '
DÉRICOURT,
Tout se répare avec-~4rL courage.
I La Citoyenne DERICOURT.
Du courage 1 La mort. \-
fait qu’une
4® '.VoKPHËLiN,
D E R I C O U R T , relevant. V
Pour la'dernlere fois, obéisse*.
La Citoyenne DERICOURT. ,
Je parle , si vous însiste* , et si je dis un mot , je vous anéantit»
DERiCOüRT , ia prenant par la main et l’ entraînant vers la table.
Je n’écoute plus nen. -V'enez , Madame. . . . venez ; voilà la plume. . • • prenez. . . . signqz. . signez. ...
Là citoyenne DEIlICCUK'r , s'échappant et traversant le théâtre.
Non, nou , non ; je ne signerai point un inceste ! tous deux sont mes enfgns ? (L//e îombe dans un fauteuil^ à gauche ; Adèle dans les bras de Blin-, ville J Déricourt sur la table ; Julien est debout , au milieu du théâtre , l'œil Jixe ) et dans l'attitude du désespoir. On garde un long silence. X- D E iV I C O U R T.
Quel coup ! ( il r-etombe sur la table. ) ( à Biinviile. ) Ah ! mon ami, mon ami !... Ma fille ! ma chere Adelei"!,.. ( à sa flmme. ) Quel mal vous l'encz de me faire ! le croyois v^us forcer à redevenir estimable , et maintenant tout espoir est perdu ! .... Quel coup ! ^uel coup ! ( il retombe , et ss , relevant avec une colere concentrée. ) Vous avez en effet commis une faute irréparable ; je ne m’abaisserai pas à vous la reprocher. Prononccz-vous-même, et rendez-nous justice à tous deux. . - j
' la Citoyenne DERICOURT.
Je me la rends depuis le jour où je me suis manqué. J’ai passé^dix-huit ans dans les regrets et dans les iaünes , aujoard’hui mêm.e encore vous en avez été témoin.
HELENE, émue.
Regrets inutiles. Il est dps choses que l’homme délicat ne sauroit oublier, f La Citoyenne DÉRICOURT.
Je ne demande pas l’oubli d’une coupable erreur : on tae doit rien attendre de ceux dont on a pc*idm i’estime ; mais ne me déshonorez pas par un! éclat scandaleux ; n’étendez pas sur ma vie entière une tache que j’ai peut - être «ffacée ; ne md chassez pas enfin de votre maison : j’y vivrai seule , retirée ; je m’interdirai les plaisirs les plus simples, j’éviterai votre présence , je ne verrai que nia filie , quand vous voudrez me le permettre , et si vous daignez me la confier encore !- ■
DÉRICOURT.
Non , Madame , nous ne pouvons désormais habiter ensemble : notre séparation se fera sans bruit , un éclat me déshonoreroit autant que vous ; mais il faut, nous séparer; ( La citoyenne Déricourt et Adele se jettent à ses genoux , les bras étendus vers, lui.. ) et je penserai dans un moment de calme , aux moyens qu’il ce qu’Ü viendra d’emplôyer. x
A D E L É , e/z pleurs.
Pardonnez-lui, pardonnez-lui , mon pere !
DÉRICOURT, à sa femme.
Vous êtes à mes genoux : votre intérêt seul vous occupe. Voyiez l’état cruel où vous réduisez vos enfans ; cômptez les pleurs qu’ils vont, verser; calculez les ravages d’une passion désespérée , dans deux cœurs, qu’elle a tûtale,U|^nt subjugués ; songez à l’avenir affreux qui les attend : que ce tableiii' soit toujours présent à votre pensée , et qu’il soit votre éternel supplice. ( La ciîoyénne Déricourt se traîne sur scs genoux et embrasse ceux de son mari. ) Laissez-mci , laissez-moi. O femmes ! femmes ! si vous réfléchissiez combien le vice es't bas , avant de vous y livrer ! ( Adèle et samere se Isvent. )
ADELE.
Ne pensez plus à nous , m©n psre î nous nous vaincrons , je l’espere. . . je crois pouvoir vous le promettre,... je m’accoutumerai par degrés à ne voir dans- Julien ( avec un soupir ) que mon frere !
D É R i C O U R T , avec un mouvement d'horreur.
Ton frere;! . . . ton frere ! ( îl regarde Julien et voit son désespoir^ ) Rassure-to4-«t Julien; je suis sévere , mais juste. Ce n’estîpas à toi qu’on peut reprocher ta naissance ; je ne te punirai pas des fautes de ta mere. Julien.