PREMIÈRE PARTIE, CHAP. VII. 6l
Les assaillaiis se précipitèrent pour le retenir, déjà il était hors de leur atteinte.
Les compagnons de Rondart n'osaient se servir d'armes à feu. Déconcerté* et furieux d'avoir laissé échapper une proie si facile , ils restèrent un moment ébahis, mais bientôt ils se remirent à l'oeuvre; ils replacèrent leurs poignards dans leurs ceintures , saisirent des haches , et quatre d'entre eux frappèrent à coups redoublés le pied du chêne. Sa chute allait leur rendre leur victime," déjà la cime s'inclinait, et le pauvre Gazot suivait avec effroi les oscillations de son fragile abri : chaque coup de hache était le son d'un glas funèbre. La mort est là , un désir de vie inspire Gazot. 11 saisit son cor de chasse et sonne une fanfare; les chasseurs répondent à Tappel : — Tayot ! tayot ! s'écrie le piqueur. — Malédiction! crièrent les
brigands en s'enf ayant d un pas précipité.
Bientôt Gazotue vit plus au pied deTar- ])re que ses libérateurs; ils poussaient des acclamations de surprise et d'hilarité en le voyant perché comme un faucon. Il se laissa glisser avec agilité , et , trop ému encore pour raconter son aventure : « Sont-ils là ? » sont-ils toujours là ? » s'écriait-il. A ces mots, les chasseurs, apercevant le loup qui se débattait , proclamèrent Gazot le héros de la chasse au piège. Il les laissa poursuivre avec ardeur de nouvelles proies, et arriva plus mort que vif chez le prieur de Saint-Albin. Il jeta l'alarme dans le village : les gardes prevôtales accoururent, guidon en tête , armées en guerre ; le tabellion , le magister préparèrent la formule des procèsverbaux ; les femmes éplorées couraient à 1 habilation du grand-prevôt , qui faisait sa
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résidence au centre de sa juridiction; les enfaus criaient ; les hommes s'excitaient mutuellement au courage; les maisons se barricadaient, et chacun cherchait un coin sûr pour enfouir le trésor du ménage.
Gazot courait partout ; il augmentait l'effroi , et à chaque narration de son exploit , quelque nouvelle mesure de sûreté était prise : au tournant de chaque ruelle on se formait en groupe autour de lui ; ceux qui ne pouvaient entendre ses paroles , se pénétraient du danger par la pantomime du narrateur ; et des visages pâles de crainte se tournaient les uns vers les autres . puis allaient se rassurer près des cavaliers de la prévôté.
Enfin tous les apprêts de combat et de justice étant faits, les paysans se joignirent aux soldats et se disposaient à voler à la défense des chassetu's, ([u ils croyaicntattaqués, lors-
G4 l'ossuaire.
qu'ils les virent revenir avec ordre j ils rapportaient en trophée la dépouille des animaux dont ils avaient dépeuplé la forêt.
Gazot parlait d'un danger inaperçu j on ajouta peu de foi à son récit , et le souvenir de cette aventure se perdit dans les nouveaux plaisirs du village.