PREMIÈRE PARTIE, CHAP. Vil. Sj
pages" particuliers. Dans plusieurs routereaux on teildaitdes filets; ils aboutissaient aux avenues que les loups suivaient le plus fréquemment. Une meute de jeunes lévriers était ensuite lancée à leur poursuite et, la béte fauve tombait dans les pièges.
Des coursiers vigoureux furent disposés , et le comte de Rency dirigea l'ardeur des cbasseurs et l'adresse des meutes pour faire belle curée.
Rien ne manquait aussi pour donner à cette scène la couleur des temps gotbiques. La figure grotesque et les saillies d'un bouffon y étaient au naturel : Gazot , frère de lait du jeune Rency , semblait en faire revivre le type.
Tour à tour employé au prieuré de Saint- Albin comme jardinier , cuisinier ou garçon de toilette, selon les besoins de son maître, dans cette circonstance, il fit trêve à ses
habitudes paisibles , et voulut suivre la chasse.
Muni du tambour du village, placé dans le fourré du bois, il battait avec ardeur le rappel. A. chaque coup de baguette, Teffroi se peignait sur sa physionomie, il retournait souvent la tète avec inquiétude pour voir si quelque animal carnassier ne venait point derrière lui. Un énorme cor de chasse complétait son attirail, retentissant.
Il avait remplacé les armes à feu , qu'il redoutait, par un traquenard suspendu à un large baudrier ; il le plaça près d'une clairière pendant que les chasseurs suivaient la lancée de la béte.
Son piège tendu, il se tapit à quelques pas, et se met aux aguets. Bientôt il entend froisser le feuillage , et voit arriver un loup de haute taille que la poursuite et la faim fai-
saient ëcumer de rage. L'animal se prit dans ses rets.
Gazot en poussa un cri de joie , mais sans oser approcher. Ce n'était pas du loup que devait lui venir le danger. . .Tandis qu'il s'applaudissait de sa victoire, un péril imminent le menaçait. Il entendit non loin de lui -des coups de sifflet , et se sentit saisir par sa longue chevelure. Il se crut sous les dents d'un animal vorace ; sa terreur ne fit que changer d'objet. Il était entouré de bandits; celui qui le retenait faisait partie de la bande des rouges : la férocité empreinte dans ses yeux, ses imprécations, ses horribles menaces , tout glaçait d'épouvante l'infortuné serviteur. Il restait sans parole, et le pressentiment du supplice arrêtait les cris qui l'auraient hâté.
Les brigands avaient suivi la chasse dans l'espoir de faire quelques captures. La nom-
6o l'ossuaire.
breuse cavalcade avait paralysé leurs desseins; ils se vengèrent sur Gazot. Avant de commencer un nouveau forfait, ils voulurent jouir de sa frayeur ; la souffrance était leur jouet : — Liez -le à cet arbre. Allons, camarades, après si belle prise il faut chanter victoire ! Buvons à la résurrection du traqueur de loup ! — Vivat ! hurla la bande .
En entendant cet arrêt, le patient retrouva l'énergie. Il parvint avec adresse à délier les cordes qui le retenaient; il les pelotonna dans une main , tandis que de l'autre il faisait glisser les noeuds.
Il était temps , les assassins s'étaient relevés, et se disposaient à établir une joute de caverne : — A nous la cible au poignard 1 Debout le but; alerte! Mais Gazot, plus prompt que l'éclair, embrasse le tronc de l'arbre et le gravit jusqu'au faîte.