PREMIÈRE PARTIE, CHAP. XV. I
son furlive, en demandant le retour du soldat; le bouquet de la moisson était le don de son attente; le fardeau de la gerbe devait remplacer celui des armes.
Le bourdon, appendu dans cette mortuaire enceinte, indiquait la station du lointain pèlerin .
Des fleurs , des anneaux , des gourdes de voyage se mêlaient à des crêpes de deuil ; l'espoir et la douleur se touchaient, c'était l'image de la vie.
L aberration où la douleur avait plongé Saint- Albin lui lit trouver dans ce spectacle un adoucissement à ses maux. Il s'applaudissait d'offrir en holocauste, aux mânes des siens , ces murs qui avaient eu vie pour le rendre orphelin. Souvent il s'enfermait dans cet asile, ou bien il errait près du lieu où Aurore lui avait été ravie. Il trouvait un douloureux charme à se retracer son malheur. Là,
un sommeil agité lui montrait les ombres des assassins suppliant celles de leurs victimes. Là, il se sentait la force de vivre j c'était là qu'il voulait mourir.
Parfois, dans un temps d'orage, ces murs semblaient se disjoindre, et peupler la forêt de fantômes.