PREMIÈRE PARTIE, CHAP. XV
pas profaner par une dépouille immonde le coin de terre où reposaient des générations de vertu. Un obélisque expiatoire va s'élever : les matériaux sont horribles ; Texaspération d un fils en deuil peut seul présider à celte oeuvre de vengeance. Tous les cadavres des malfaiteurs sont rassemblés; le travail commence, il imprime Tépouvante.
Chaque paysan, placé autour dun feu ardent, tient entre ses jambes uu corps inanimé ; avec une hache, un couteau ou une serpe , il décharné le cadavre.
Les lambeaux de cette chair sont jetés dans le brasier, la fumée suffocante semble exciter leur ténacité. Les os détachés par ordre sont mis en monceaux ; alors commence une construction de débris humains. La chaux du four où le malheureux comte de Rency avait été précipité fournit un ciment roui^eâtre de son sang infiltré.
12G l/ OSSUAIRE.
Tous les bras agissaient, les murs sortaient de terre comme les vampires au coup de minuit. Un ossuaire apparut, on le voua à la piété ; dans cette chapelle on vint prier pour les assassinés.
Ces parois d'ossemens, qui proclamaient la libération de la contrée et rappelaient les dangers des routes , reçurent aussi des prières pour les voyageurs.
Un pèlerinage de sentiment s'établit à Tautel de Tossuaire.
La mère , qui venait de donner ses dernières épargnes au fils qui allait, par son labeur, gagner dans les villes un petit champ pour y semer le pain de sa vieillesse , apportait en offrande une quenouille : elle faisait vœu deveiiler pour abriter avec le vêtement des montagnes son pauvre enfant parcourant le pavé humide des cités.
La jeune fille accourait déposer une orai-