PREMIÈRE PARTIE, CHAP. XX. l6l
Vénéré , ne voyant dans cette superstition que du danger pour son serviteur, il s'y refusa , espérant qu'une mort prématurée lui enlèverait lobjet d'un culte impie.
Le nègre brisa son bocal et délivra sa divinité ; il la renferma dans le caveau où il allait cbaque jour déposer la correspondance de son maître. Le reptile lit d'abord sa pâture des vers du sépulcre ; il devint formidable et d'une approche dangereuse.
Le serpent semblait connaître la main qui le protégeait , et Lohie pouvait sans crainte aller l'adorer au fond de son caveau.
Le Dieu de Juïdha grossissait ; il prenait de la force; sa voracité devint insatiable.
Lorsque Lohie le vit pâtir, il médita un
crime.
Il se rendait souvent près du puits des
Martyrs dans un recueillement qui faisait
bien augurer de sa conversion. On hiiaviui
fait connaître les circonstances qui rendaient ce lieu vénéré ; on attribua à sa dévotion ses fréquentes génuflexions.
A l'anniversaire des Martyrs, les pèlerins des montagnes vinrent selon la coutume honorer le puits redoutable ; vers le soir, il ne restait plus qu'une famille du hameau agenouillée près du gouffre saint; Lohie était là ! Tout à coup on vit paraître un animal se mouvantavecpromptitude.il élance sa tête hors du puits, saisit la main d'un jeune enfant qui s'appuyait sur la pierre; la victime est entraînée ; elle disparaît .
Un cri perçant se fait entendre ; les spectateurs fuient, et Lohie resta pour saluer le dieu de Juïdha.
Alors il se prosterna le visage contre terre ; frappé d'un pieux effroi ; mais bientôt il releva la tête. Après ces aveux forcés, il remit à Saint-Albin la correspon-