PREMIÈRE PARTIE, CHAP. Vil. 'y
teaux labourables. En avançant vers Trèspis, le sol était tout-à-fait aride; des landes désertes; desravins, desprécipicescouvraient ce territoire ; il s'étendait de Mayras à Peirebeilhe.
Josepb était alors dans une gorge , il entendit le son de plusieurs voix ; des chevaux piaffaient, un cliquetis sonore faisait en même temps retentir le sol rocailleux.
Le vieux soldat ne s'y trompa point: c'était un détachement de cavaliers : il pressa le pas et se trouva près d'eux au revers de la montagne.
Les gendarmes avaient mis pied à terre ; leur ronde avait été interrompue par un sanglant incident. Un des hommes tenait les chevaux, les trois autres soulevaient un fardeau qu'ils venaient de découvrir dans un ravin. Joseph s'avança. . . c'était un cadavre! . . Ce territoire était une fosse au crime. . .
74 LOSSXJAIRE.
Pendant ce temps , le cavalier qui gardait les montures, lisait avec attention un papier : — C'est le déserteur du lô""" de ligne !... c'était en effet le corps meurtri du pauvre Charles Durice !...
Un des gendarmes se dirigea sur Larnace pour ramener le maire afin de dresser procès verbal ; et Joseph raconta son aventure de Peirebeilhe.
Ces mots de Faubergiste : u comme hier à minuit » ne lui laissaient pas douter que le cadavre ne fut celui d'une victime qu'il avait dû suivre d un jour.
Des bruits sourds avaient éveillé quelquefois l'attention sur l'auberge isolée j mais , en remontant à la source, on les avait toujours trouvés faux; eh puis ! un déserteur î . . . Le maire arriva en toute hâte ; le portefeuille de l'infortuné avait été soigneusement remis sur lui; il renfermait pour les crimi-
nels un alibi prouvé ; le désespoir du patient inscrit sur ses tablettes, était comme un témoin de suicide.
Un des bommes avait redit au magistrat les soupçons de Joseph; il les trouva dignes de fixer Fattention et décida qu'une enquête serait faite.
— Pour moi , dit Joseph , je vais faire la mienne à ma manière .
Trois gendarmes suivirent le maire ; un homme de garde resta auprès du cadavre.
Le dernier voeu de Finfortuné Durice n'était même pas accompli. Ce n'était pas Emeline qui devait receler dans le secret d'une âme émue, ses adieux de mort !...
Il y a des êtres qui ne traversent la vie que par des bonds de douleur, pour arriver à la tombe sans espoir de souvenir. . .
Dans un fond on apercevait l'auberge isolée; il faisait nuit, c'était l'heure de son
rendez -vous : Joseph n'avait jamais manqué à sa parole. Le galop de son cheval retentit bientôt dans la cour de Leblanc j un cri de joie Taccueillit.
Un objet lourd à l'oeil se dessinait sous sa redingote; les regards avides dévoraient d'avance la recette promise.
Le dragon soupa de bon appétit; il était animé comme au boute-selle d'une charge.
— Eh bien ! on assassine donc à Peirebeilhe? dit-il en regardant en face les aubergistes.
— Comment?...
— Oui , je viens de voir un cadavre... et qu'on n'avait pas apporta de loin ! . . .
— Vous êtes bien brave de vous mêler de pareille découverte ! . . .
— Foi de soldat ! je me sens en humeur d'en savoir encore plus long... et de voir de près les assassins...
— L'homme aux enquêtes!... à vos souhaits ! . . trinquons. . . et couchez-vous ! . . .
— Je vais aller voir si mon cheval est aussi bien restauré que moi, et puis nous commencerons la nuit. . . Garçon, prends la lanterne.
Joseph fit marcher le valet devant lui. Arrivés à l'écurie qui, était à l'autre bout de la cour , il saisit Fétiche d'une main vigoureuse et le terrasse.
— Eh ! si tu jettes un cri tu es mort j j'ai des armes cette fois ; c'est à vous de trembler : au premier souftle... feu sur tous !...
Le valet vit qu'il disait vrai : il se laissa museler comme un tigre pris aux pièges. Le soldat lui lia les mains derrière le dos, sella son cheval , ferma à double tour la porte de l'écurie et retourna d'unaircalmeàl'ennemi.
Sous divers prétextes il fit sortir les femmes et resia seul avec Leblanc. — A moi la revanche î
78 l'ossuairr.
Avant que l'aubergiste eût le temps de se reconnaître, le dragon sortit deux pistolets à double coup et, en prenant un de chaque main, il tint Tbomme en arrêt.
— Allons ! . . . il est temps , mon argent ! . . .
— Mais je vous jure ! . . . — Mon argent ; une fois , deux fois.. .
Leblanc furieux jeta un cri d'alarme.
— Pas un mot, à ton coffre, ou comme hier à m,inuit.
Les femmes vinrent à la porte et la trouvant barricadée , elles crurent qu'on avait devancé l'heure de la mort et se retirèrent.
L'aubergiste , écumant de rage et pâle de terreur, tournait adossé à la table et tâchait d'atteindre la porte. Joseph , ses pistolets au poing, lui barra le passage.
— Mon argent, ou je te fais sauter le crâne ! Le tic-tac de la détente tinta à l'oreille de Taubergiste... il ouvrit un tiroir en tour-
Dant ses yeux hagards sur Tarme qui touchait presque son front... Le sac fut posé sur la table.
— Compte... L'ordre fut exécuté.
— Ouvre ta porte, ouvre vite. La clef tourna dans la serrure à secret.
Joseph lit marcher son homme jusqu'à l'écurie. Là, le valet se débattait sous de vains efforts.— A deux pas... et toujours les bouches à feu étaient béantes.
Le dragon monta en selle sans lâcher ses armes ; il prit la bride dans ses dents et sortit à reculons du repaire. — Maintenant je vais à Antône par la même route... Suis -moi si tu Toses, j'aide quoi te saluera la dragonne...
Il partit : il entendit retentir derrière lui les imprécations contenues par l'effroi. Ce murmure du crime bourdonna assez longtemps, porté par Técho des rochers dans une contrée déserte.
8o l'ossuaire.
Joseph était en joie comme au retour d'un combat de cosaques. 11 trottait en chantant un refrain de bivouac. Peu à peu la contrée devint moins sauvage, et du sommet de la montagne qui couvre Vielprat il aperçut enfin la tourelle du château d'Antône ; c'était le drapeau du camp.