‹ L'ossuaireChapitre 56 sur 65 · PREMIÈRE PARTIE, CHAP · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE, CHAP

» m' en traîner dans les voies du déshonneur.,. Ecoute. » J'étais à la veille de n'avoir plus de pain à te donner j » la ressource que nous offrait le prix des séances aux- » quelles je m'étais condamnée , était sur le point de » nous manquer; car ils osaient y mefti'e une condi- » tion... Oh! c'est chose affreuse que ces heures passées » dans ces ateliers I j'y ai pleuré, j'y ai rougi, j'y ai » voué à l'exécration ces hommes aux idées grandes et » généreuses, aux idées d'artistes, comme ils le disent. )) Eh bien ! ces hommes , ils ne m'ont inspiré que dé- » goût depuis que j'ai pu les voir face à face... Ils sa- » vaient nos malheurs , connaissaient nos besoins et me » montraient de l'or pour soulager ma mère, qu'ils ai- «maient, disa'ent-ils , plus que je ne faisais. Infâ- » rçies!.. qui ne m'offriez du pain qu'au prix de ma » honte !

» Que je les trouvais vils! que leur prétendue gé- » nérosité me paraissait^ à moi, et fausse et calculée î » Mon ame était abreuvée d'angoisses et d'humiliations; » Maintenant tu peux comprendre la profonde méian- » colie où j'étais livrée et qui te rendait si craintive. )> Je vais mourir, ma mère, et Dieu m'entend; je suis >• pure, je meurs digne <lc toi; mais qui p(>ut répondit-

» que demain... si tu avais eu trop faim... Oh! cela » fait mal, bien mal!...

» J'aurais pu supporter avec courage la pauvreté, les » priv.ations, la maladie; j'aurais pu livrer mes plus » belles années au travail et à la misère; mais sacrifier » l'honneur ou te voir périr!., perdre Charles ou le » voir flétri du nom de déserteur , c'était trop , raille » fois trop !.. A force de me pleurer^ ma digne mère, » tu viendras bientôt me rejoindre dans le lieu où il » suffit d'avoir aimé pour être heureux... Dieu me fera » grâce. Je te sentirai près de moi et ma poussière » s'unira à la tienne comme m^on ame allait chercher » ton ame. Jusque-là, peut-être aura-t-on pitié de toi » dans ton délaissement; peut-être la commisération » viendra soutenir ton existence. L'attention publique » va reposer sur toi en ce moment de deuil, et quand i> ma vie allait devenir inutile au soutien de la tienne , » qui sait ce que va faire ma mort?.. Ayez pitié d'elle, » vous tous qui me plaindrez; et vous , jeunes filles , » vous qui n'avez respiré que parfums et délices, que » parmi vous il s'en dévoue une pour parler de moi » à ma mère et lui fermer les yeux ! Je vous laisse à » toutes le droit de m'accusev^ car pour une mère à qui

Page 1