CHAPITRE IV
L'OSTÉO-ARTHRITE DÉFORMANTE JUVENILE ÉF L'OSTÉO-CHONDRITE DÉFORMANTE JUVENILE
Certains auteurs, parmi lesquels Andrieu, Brillouet, Calvé, Cappelle, Mérine, Perthes, ont voulu faire de ces deux affections deux entités morbides bien distinctes. Nous préférons nous ranger aux côtés de Bargellini, notre maître M. Frœlch, Kreuter, Mouchet, Nové-Josserand, Tavernier, et ne pas croire à une telle distinction. Nous allons essayer de montrer que les arguments donnés en faveur de la SE hypothèse n'ont rien de probant.
La confusion serait impossible pour des raisons anatomiques et cliniques. L’O. C. D. J. est beaucoup moins douloureuse, souvent même indolore; elle évolue plus rapidement et n’aboutit jamais à l’ankvylose fatale de l'O. A. D. J. L’O. C. D. J., maladie du cartilage de conjugaison, le premier lésé pour certains, n’intéresse pas le cartilage articulaire, qui est atteint en premier lieu par l'O. A. D. J.
L'O. C. D. J., par un « processus de réparation »; PO. A. D. J., par un « processus en évolution», pro-
voquent des déformations non identiques. Dans PO. CG. D. J., le cotyle est moins profond; il n’est jamais lésé; 11] n’y a jamais ni ostéophytes, ni proliférations articulaires et péri-articulaires; la tête fémorale est plus franchement « champignonnée»; elle entoure le col d’un « bourrelet plus régulier et donne mieux l'impression de s’être laissé pénétrer par lui ».
Examinons ces arguments, dont quelques-uns semblent catégoriques. i
Le cartilage conjugal n’est pas toujours lésé par VO. C. D. J., et le pourcentage des radiographies, décelant cette lésion, est très faible. Quand il est atteint, il v a toujours d’autres déformations de la tête fémorale. Une autopsie de Pommer, rapportée par Mouchet dans la Revue d’Orthopédie de février 1921, prouve que le cartilage articulaire n’est pas indemne; il présente « des irrégularités, des ‘sillons, des godets ». Il est, d’après ceci, difficile d’admettre que l'O. C. D. J. est une maladie intéressant uniquement le cartilage de conjugaison et débutant par lui. Mérine, qui nie l’attemte du cartilage articulaire, ne croit pas à la lésion initiale du cartilage conjugal et convient que «-la radiographie montre des lésions d’ostéite raréfiante localisée au noyau épiphysaire, avec atteinte possible du cartilage de conjugaison ».
Toutes les radiographies où l’aplatissement de la tête fémorale semble exister depuis quelque temps montrent, par comparaison avec le côté sain, une cavité cotyloïde légèrement agrandie dans toutes ses dimensions. Sur ce point, ee n’est donc qu’une question de nuances entre l'O. A. D. J. et FO. C D. J.
Dans un cas, le cotyle est un peu plus profond que dans l’autre. Baser une distinétion sur un signe aussi factice nous paraît bien imprudent. Quand pourrat-on dire qu’un cotyle est Pope à l’une ou à l’autre de ces maladies? :
L’autopsie de Pommer et les radiographies publiées par Lance prouvent que le cotyle peut être lésé et présenter des irrégularités, quand l'affection est éloienée de son début.
Si, dans les cas dits d’O. C. D. J., on ne rencontre jamais d’ostéophytes au stade de décalcification, 1l peut ne pas en être de même à la fin de la période de recalcification, quand la tête fémorale est déformée:
Au cours d’une intervention, Phemister a constaté que la synoviale présentait « de petites villosités».
Moins probant encore est l’argument d'une défor- . mation spéciale de la tête fémorale. Il suffit de regarder quelques images radiographiques pour être certain que les cas décrits comme O. C. D. J. mdubitable ne montrent pas fatalement un ovoide bien régulier débordant sur le col et l’entourant d’un bourrelet. régulier et uniforme. Les aspects de larme, de casquette, d’ovoide irrégulier dont l’examen donne plutôt l’impression d’une cire amollie ayant coulé le long du cel que d’un corps mou pénétré par un autre plus dur, sont très nombreux.
Calvé attribue les déformations à un processus de guérison dans l'O. C.-D. J. et à un processus en évolution dans FO. A. D. J. Tous les malades classés; atteints d'O. A. D. J., présentent des modifications fémorales très prononcées; rien ne prouve que la
déformation de l'épiphyse ne soit pas antérieure à l'apparition des signes cliniques.
Les différences cliniques ne sont pas moins difficiles. à apprécier. 1/0. C. D. J., observée ces dernières années, montre que souvent l’élément douleur peut être atténué et faire défaut; mais les premières observations faites en France par Calvé ne présentent pas un tel tableau. Une recherche presque maniaque a a seule permis d'identifier les cas frustres, grâce à Fexpansion de la radiographie. A côté de ces cas, on en décrit journellement de très douloureux et Calot, qui nie l’existence de l'O. C. D. J., prend l’élément douleur en considération. Elimination faite des observations dites d'O. C. D. J. indéniable, l'O. A. D. J. serait très rare; aussi est-on en droit de se demander si les cas frustres d’O. A. D. J. ont été observés et si identité des déformations de l’épiphyse n’a pas fait. classer O. C. D. J. des évolutions frustres d’O. A. D. J.
Récemment, Lance a montré que l'O. C. D. J. pouvait, aussi bien que l'O. A. D. J., aboutir à l’ankylose. « Il ne faut pas dire que l'O. C. D. J. se termine par la restitution ad integrum et ne conduit jamais à lankylose, et que c’est une affection absolument distimcte de l'O. A. D. J. » (Lance).
Il nous semble que toutes les distinctions peuvent, ou bien être détruites, ou bien être réduites à de simples nuances; de ce fait, elles deviennent très fragiles. Une forte statistique de malades bien suivis manque cependant dans ces deux affections qu’on & voulu distinguer; l’étiologie ‘est aussi indéterminée,
les signes cliniques et radiographiques peuvent être considérés comme semblables.
Cette grande analogie, la faiblesse des argumients que nous venons de discuter, et surtout l’apparition possible de l’ankylose à la période de convalescence, semblent prouver que, non seulement FO. C. D. J. appelle l'O. A. D. J. en préparant le terrain à un processus évolutif par ses déformations réparatrices, mais que la seconde est la suite de l’autre. L’O. C. D. J. et l'O. A. D. J. sont deux modalités, l’une initiale, l’autre terminale d’un même processus.
Nous considérons ce chapitre comme la suite normale, voire même comme une partie du précédent. Après avoir considéré les périodes d’alarme, de souffrance, d’apaisement, nous pouvons distinguer une quatrième période de silence, durant laquelle l’article semble ne pas s’incommoder des changements survenus. Il y a une harmonie apparente entre le cotyle, la synoviale et la tête fémorale. Cette période peut être très courte, nous l’avons vu plus haut, elle peut faire défaut, mais elle peut aussi être très longue: il est impossible à l'heure actuelle de se prononcer sur sa durée moyenne.
Une cinquième période, ou période de réveil qui, pour nous, n’est autre que l'O. A. D. J. qu’on a voulu distinguer de l'O. C. D. J., ferait suite au stade précédent. On assiste alors à une recrudescence de tous les symptômes décrits à la période de souffrance, douleur, limitation des mouvements dont l’aboutissant est l’ankylose. Les radiographies de cette période montrent une tendance à la subluxation. ar
Ce.stade n’a pas encore été observé fréquemment, parce que la maladie est encore trop récemment décrite et parce que la période de silence peut être très longue. Il est probable que la période de réveil est soumise à des causes diathésiques, prédisposantes et hygiéniques.
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De cette discussion, nous concluons à l'identité causale de l'O. A. D. J. et de l'O. C. D. J. Ce sont deux modalités d’un même processus: Les récentes observations de Massabuau et Michaud, où la radio-
graphie a révélé « des images tenant à la fois de l’ostéo-chondrite et de l’arthrite déformante juvénile», corroborent notre dire.
Nous préférons le terme d’O. A. D. J., qui montre bien l'atteinte de l'os et de l’article et respecte l’ordre