CHAPITRE Il
Étiologie.
Parmi les complications que l’on peut observer dans une luxation congénitale, la tuberculose greffée sur l'articulation anormale est peu fréquente. Il semble c2pendant que la malformation congénitale, en troublant la physiologie de l'articulation et en l’exposant à des frottements continus, devrait créer là un lieu de moindre résistance. Il n’en est rien. « Cela n’est pas « pour surprendre, dit Lannelongue (1), puisqu'on sait « le rôle que joue la pression des extrémités osseuses « l’une contre l’autre, influences à l'abri desquelles sont « mises les extrémités articulaires grâce à l’interposition « capsulaire, »
Nous avons vu en effet que les lésions anatomiques de la luxation congénitale ne sont pas toujours les mêmes : lorsqu'on les examine chez les enfants qui n’ont point marché, il n'y a pas de cotyle néoforme; la capsule est interposée : chez ces sujets la tête fémo-
(1) /n thèse Delanglade.
ralé ne presse pas directement sur l'os illiaque (Volkmann) (1), c’est par l'intermédiaire des muscles et ligaments qu'elle lui transmet sa pression et l’on voit quelquefois une bourse séreuse développée entre la tête fémorale et l'os iliaque. Dans ces cas les mouvement de l'articulation sont facilités et ainsi « sont atténués les frottements et les effets de la pression dirigée en un sens vicieux (Guerlain). |
Au contraire, chez les sujets qui ont déjà marché plusieurs années, les lésions primitives sont altérées par les conditions nouvelles d'équilibre : on peut alors trouver la capsule perforée. Dans ces cas, la pression se transmettant directement d’une partie à l’autre, l'irritation qui en résulte détermine la formation d’un nouveau cotyle. Le rôle de la pression osseuse peut alors se faire sentir directement.
Aucune intervention sanglante n'étant jamais faite au debut d’une telle affection, on ne peut vérifier si les cas où la tuberculose s’est greffée sur la luxation congénitale correspondent toujours à cette disposition : les résultats d’autopsie n’ont pas grande valeur, car les parties constituantes de l'articulation sont déformées, en parties détruites souvent par le processus tuberculeux.
Ce que l’on peutdire, c’est qu’il semble que l'absence de pression directe entre les deux surfaces articulaires (ce qui se produit dans la grande majorité des cas de luxation congénitale) est une condition peu favorable à
(1) Volkmann. — Handbuch der allgemeinen und speciellen Chirurgie von Pitha und Billroth, T. Il.
la localisation en ce point de la tuberculose (Lannelongue).
Nous n'avons pu réunir que dix observations de coxalgies Vraiment tuberculeuses greffées sur une luxation congénitale.
Il en existe, il est vrai, d’autres cas qui ont été signalés. C’est ainsi que Lorenz en a observé. MM. Picqué et Mauclaire (1)en ont signalé un cas. M. Kirmisson affirme la rareté du fait. M. le professeur Ollier en a observé aussi plusieurs cas.
Y a-t1l maintenant des circonstances favorisant ce développement de l’arthrite tuberculeuse dans l'articulation luxée ?
Lorsqu'on interroge un enfant ou les parents d’un enfant atteint de coxalgie, ceux-ci invoquent toujours un traumatisme comme cause de l'affection. Ce n’est là qu'une cause favorisante que nous retrouvons signalée dans certaines de nos observations et l’on conçoit aisément qu'il en soit ainsi, car les chutes sont très fréquentes chez les sujets atteints de luxation congénitale,
Dans les cas où l’on n’accuse pas de coup sur l’articulation on peut encore, semble-t-il, incriminer le traumatisme sous une autre forme, à titre de cause adjuvante, bien entendu. Car la tuberculose se développe volontiers sur les articulations qui ont été antérieurement le siège d’entorses : or un sujet « luxé congénitale- « ment est continuellement exposé aux entorses et au « tiraillement de la jonction nouvelle (Calot). 5 La
(1) Picqué et Mauclaire, Therapeutique chirurgicale des maladies des articulations, 1895.
Sea
marche surtout lorsqu'elle est prolongée agira dans le même sens en provoquant une distension et un tiraillement des liens fibreux de la néarthrose (1).
Ce n’est à, en tout cas qu’une cause occasionnelle: le véritable facteur étiologique est la présence du germe tuberculeux. Et, à ce sujet, nous devons rapidement examiner une opinion qui a été émise sur la présence fréquente de ce germe chez les malades atteints de luxation congénitale.
Pfender (2), en effet, dans sa. thèse inaugurale sur l’étiologie de la luxation congénitale prétend qu'il est très fréquent de découvrir soit chez les ascendants directs ou collatéraux des malades porteurs de cette déformation, soit chez les malades eux-mêmes, la tare tuberculeuse. Calot dit aussi qu'il « faudrait faire « peut-être une part plus large dans l’étiologie de la « luxation congénitale à la tuberculose, que cette coxo- « tuberculose ait frappé l'enfant pendant la vie intra- « utérine, où peu après la naissance. 5 « Avons-nous « affaire, dit Pfender, à une coexistence des deux affec- « tions ou bien présentent-elles une parenté dont les « lois sont encore inconnues? D'un autre côté, n'est-il « pas permis de se demander si les lésions du fœtus « he sont pas déjà une manifestation de la tuberculose « héréditaire? N'est-ce pas de cette façon indirecte que « l’hérédité agit dans la procréation des luxés? » Tout le monde, en effet, admet l’hérédité de ces rmalformations. « Mais encore, ajoute Pfender, faudrait-il
(1) Calot, Congrès de chirurgie, 1802.
(2) Pfender, Thèse, Paris 1890.
Savoir si le grand-père ou l’oncle qu’on dit avoir boité de tout temps n’était pas porteur d'une coxalgie. « Nouveau stigmate dans le passé de l'enfant que nous « examinons? »
En somme, Pfender considère les luxations congénitales comme un stigmate de tuberculose héréditaire. Sous leurs apparences de bonne santé, les enfants couveraient silencieusement leur foyer d'infection.
Avant lui, plusieurs auteurs (1) avaient invoqué comme cause de la luxation congénitale une affection articulaire et principalement la coxalgie intra-utérine. Pour les uns la coxalgie intra-utérine étant moins grave que celle des enfants ou des adultes, ne suppurant jamais, il fallait voir dans cette forme particulière la raison pour laquelle on ne trouve souvent rien à l’autopsie des articulations luxées. Quant aux autres, ils ont produits des pièces sur lesquelles on pouvait constater des fongosités, des lésions osseuses, des altérations de Ja synoviale, traces évidentes, d’après eux de
lésion intra-utérines.
D’après les détails dans lesquels nous venons d’entrer, il semble que l’ostéarthrite tuberculeuse de la hanche doit être fréquente chez les sujets atteints de luxation congénitale. Les faits donnent à cette assertion un démenti formel. Et d’abord, si l’on se reporte aux nombreuses observations de luxation congénitale qui ont été publiées, on constate que les cas où la tare tuberculeuse n’est signalée ni chez les malades eux-mêmes, ni chez les ascendants directs ne sont pas les moins nombreux.
(1) Galien, A. Paré, Parise, Verneuil, Morel-Lavallée, Padieu.
(en 3