CHAPITRE VI
Traitement.
Si telle est l’évolution de la maladie, voyons quelle est la conduite à tenir lorsque le diagnostic en a été fait.
Dès le début, il faudra faire comme s'il s'agissait d’une coxalgie ordinaire. Le traitement doit remplir un double but : il doit calmer les douleurs qui sont souvent très vives et prévenir l’aggravation et l'extension des lésions d’une partie à l’autre de l'articulation, en luttant contre la contracture musculaire. Ce double but sera atteint par l’immobilisation et l'extension continue. C’est là certainement un moyen thérapeutique d’une très grande valeur et bien supérieure au redressement brusque qui peut être dangereux. Pour cela on placera le malade dans une gouttière d’Ollier-Bonnet avec une traction de quelques kilogrammes.
Sous l'influence de ce traitement on peut voir disparaître les douleurs, en même temps que la flexion du membre pourra être corrigée ; on corrigera Moins cOmplètement l’adduction et la rotation interne qui ne sont
pas dues uniquement à la contraction musculaire. Il: faudra prolonger ce traitement au moins pendant deux ou trois mois. Si cette méthode de traitement n’amène pas toujours la résolution de l’arthrite, elle a du moins un avantage: c'est que en cas de terminaison par ankylose on aura une position du membre relativement bonne.
Lorsque la coxalgie a suppuré et donné lieu à des abcès il faudra traiter ces abcès. Le traitement de choix de ces abcès sera la ponction suivie ou non d'injection dans la poche de glycérine iodoformée.
« Cette ponction, dit M. le professeur agrégé Gan-
« golphe, bien faite, est inoffensive. Il peut arriver que l’on tarisse d'emblée une poche volumineuse. Mais « habituellement plusieurs ponctions sont nécessaires : « ilest loisible de les répéter aussi souvent qu'on le « jugera nécessaire d’après le volume de la collec- « tion.
« La rapidité de la récidive, les caractères du pus « sont de précieux éléments de pronostic. Lorsque la « guérison doit survenir, l’abcès ne se reforme que « lentement au bout de un ou plusieurs mois et le « liquide que l’on retire est différent de celui que l’on « avait obtenu au début.
« La première ponction a donné un pus blanc jau- « nâtre, fluide, avec des grumeaux plus ou moins « abondants : la seconde ponction donnera issue à du « pus moins coloré, plus clair; une troisième éva- « cuation produira un véritable liquide clair et filant, « albumineux comme le blanc d'œuf. La guérison sera « proche et probablement définitive, puisque l’abcès
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« ossifluent trahit en grande partie au dehors l’état du « foyer qui en est la cause initiale.
« Nous sommes partisans de la ponction pour en « avoir entendu citer les bons effets par Ollier, Fochier, « L. Tripier et les avoir constatés nous-mêmes (1). »
Quand lostéo-arthritetuberculeuse s’est terminée par ankylose il ne faut pas chercher à modifier celle-ci lorsqu'elle est en bonne ‘position : quoique gênante, cette position n’en est pas moins compatible avec un
- état satisfaisant des fonctions. Cependant si les deux
hanches étaient ankylosées, la marche devenant impossible, on pourra chercher à obtenir une pseudarthrose d’un côté par la résection: quant à l’autre côté, on n’y toucherait pas, sauf s’il est dans une position vicieuse (Volkmann). Dans ce dernier cas, l’ostéotomie sous trochanterienne trouvera son indication (Kirmisson).
Comme on le voit la thérapeutique doit avoir surtout pour but de traiter l’ostéo-arthrite tuberculeuse. Nous rapportons une observation dans laquelle M. Broca a tenté la réduction sanglante de la luxation congénitale. Après évidement du cotyle ancien, la réduction fut opérée, mais la malade mourait quatre mois après et on pouvait constater à l’autopsie une récidive de la tuberculose par effondrement du bord supérieur du cotyle, en somme par un procédé semblable à celui des luxations pathologiques ordinaires.
Cependant quand l’évolution de larthrite tuberculeuse a une marche lente et progressive, lorsque la suppuration interminable indique qu'il n'y a aucune ten-
(1) Gangolphe, Maladies infectueuses et parasitarres des os.
TRS
dance à la réparation spontanée, la résection peut être proposée. M. le professeur Ollier l’a pratiquée une fois chez un malade atteint de luxation congénitale « pour « remédier à une inflammation suppurée (synovite «& tuberculeuse de la pseudarthrose) qui avait amené un état général des p’us graves : il a cherché et obtenu & la guérison par ankylose ».