ACTE PREMIER
vin, et de la pierre à bâtir, et du plâtre, et du bois, et de la journée de femme et d'homme,
Tout l'ancien bien appris par cœur, autant que jadis pour notre grand-père il en tenait dans une nuit de bouillotte,
Les ventes courues, les journées à cheval ou en carriole, au blanc du soleil ou sous la pluie froide dans mon grand manteau de bergère,
Les longues heures de bataille dans l'étude des notaires, où l'on combat bien couvert et la face riante,
Gomme jadis mes ancêtres a visière avalée et l'écu serré sur le corps,
Moi, pauvre fille parmi ces hommes de loi comme Jeanne d'Arc parmi les gens de guerre !
Les visites au préfet, les discussions avec les fermiers et les entrepreneurs,
L'esprit vigilant, l'œil levé, le cœur inflexible et resserré,
Toute chose enfin reprise et rajustée, (à l'exception de notre château détruit), la vaisselle
même et les livres à nos armes, chacun racheté pièce à pièce,
Et voici que, tout refait, tout reste mort, comme un cadavre épars dont on rapproche les morceaux !
COUFONTAINE. — Tout cela préparait la retraite où je suis caché aujourd'hui, Moi et cette prise que j'ai faite.
SYGNE. — = Notre château a été détruit, mais la maison-Dieu est restée debout,
Le mur a été fondu, le fossé a été comblé, l'Arbre-Dormant a été arraché5
Le puits a été pollué, la tour est tombée d'un seul coup comme un homme qui s'abat sur la face, les entrailles de la maison familiale se sont rompues et effondrées,
Et de tout l'œuvre antique, il ne reste qu'un seul pignon et la cave, refuge du renard et du hérisson !
Mais l'antique maison tirée du sol par la foi, le mystique domicile ayant l'hostie pour semence,
Puisque aucun ne l'avait choisie pour sienne,