ACTE PREMIER
comme Jean reçut Notre-Dame, c'est ici que je me suis retranchée avec Dieu,
Moi faible créature toute seule sous les 'vastes arceaux, femme, soupir léger à la place du puissant grommellement de ces cent mâles de Dieu chantants !
COUFONTAINE, regardant la croix. — Ce n'est point la croix capitulaire.
SYGNE. — Ne la reconnaissez-vous point ?
C'est le crucifix de bronze donné par notre ancêtre, Agénor V, le Ligueur,
Pour remplacer la vieille pierre que les hérétiques avaient jetée bas,
La croix foraine qui était plantée au carrefour des deux routes royales de Rheims et de Soissons.
Et de nouveau les Républicains l'ont déracinée, sapant tout le calvaire avec d'un seul coup,
La croix et les quatre vieux tilleuls qui l'ombrageaient, unique abri des moissonneurs dans la plaine rase ;
Et ils ont planté ce mince arbre de la Liberté
à la place, qu'une seule saison a desséché comme une trique.
L'homme de bronze a été rompu en morceaux, mais on ne l'a pas fondu en canon et monnayé en gros sous,
Et de tous côtés j'en ai retrouvé des membres épars, comme on raconte d'Isis et d'Osiris dans Plutarque,
Les jambes rompues comme celle du larron, la poitrine qui servait d'enclume chez le maréchal-ferrant,
Les bras que gardaient deux pieuses vieilles filles, et la tête au fond d'un four de boulanger ;
Et Suzanne et moi, les pieds nus, marchant tonte une nuit,
Nous avons rapporté le chef sacré entre nos bras, récitant nos prières,
Et maintenant le grand bon-dieu noir rongé par le soleil et la pluie, le scandaleux supplicié,
Le voici entre ces murs caché des hommes avec nous et nous recommençons avec lui comme des exilés