‹ L'otageChapitre 70 sur 87 · ACTE TROISIEME SYGNE. — La terre est la même pour nous deux · texte numérisé non relu

ACTE TROISIEME SYGNE. — La terre est la même pour nous deux

GEORGES. — Mais moi je ne l'ai pas trahie. J'ai honoré cette terre qui était mon propre bien,

Afin qu'elle ne nourrisse point que le seul ventre, mais un cœur

Fidèle, elle-même fidèle.

SYGNE. — C'est moi qui m'en vais la nourrir à mon tour.

GEORGES. — Parjure ! cette terre n'est plus à toi que tu as vendue et ton nom serf n'est plus son nom féodal !

SYGNE. — Je l'ai aimée plus que toi.

GEORGES. — Et qui l'aimerait plus qu'un exilé ?

SYGNE. — Tu n'en aimes que la surface.

GEORGES. — Elle est ma terre et mon bien qui ne ressemblent à aucun autre.

SYGNE. — Et moi j'en possède le fond et la racine.

Toute terre est la même à six pieds de profondeur.

GEORGES. — N'attends-tu point de résurrection ?

SYGNE. — Ne parle point de ces choses que tu n'entends pas.

Et même s'il n'en était aucune, le bienfait seul de mourir est assez grand.

GEORGES. — Tu dis bien. Cela du moins est vrai.

SYGNE. — O Georges, combien nous avons été tous les deux ridicules ! Cela fait pitié ! Voilà que nous nous étions absurdement fiancés afin d'être mari et femme, comme s'il y avait encore une place pour nous entre les hommes.

Est-ce que les hommes ont encore besoin de nous avec eux ? Pas plus que de Coucy et de ses tours.

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