‹ L'Otite du NotfrissonChapitre 50 sur 79 · PRONOSTIC · texte numérisé non relu

PRONOSTIC

L'otite du nourrisson est en général considérée comme d’un pronostic bénin, c’est‘ d’ailleurs ce qui lui vaut le peu d'intérêt que beaucoup lui ont porté jusqu’à présent,

Il est impossible de le considérer en bloc. S'il varie selon la forme considérée, un certain nombre (le facteurs cependant, gardent une valeur æbsolue, quelques soient les cas.

Le terrain, ici comme pour toute affection, modifie profondément le pronostic, l'enfant débilité par une maladie aiguë prolongée, entaché d’hérédité tuberculeuse, syphilitique, alcoolique ne se comportera pas comme le nourrisson robuste.

L’'affection causale est encore plus à considérer et l’appréhension peut être moins vive au début d’une otite survenant à la suite d’un coryza, qu’au cours d’une rougeole, d’une scarlatine, d’une diphtérie, ou d’une grippe en temps d’épidémie. Personne ne songe à contester, la gravité de ces dernières tant au point de vue des accidents immédiats et des complications qu’au point de vue des dégâts

profonds qu’elles comimettent, si elles ne tuent pas.

Le milieu est non moins important. Le pronostic de l’otite à égalité de soins est tout à fait différent suivant le milieu où elle apparaît, ce n’est pas là une particularité spéciale aux affections auriculaires, nous croyons,.que l’on peut dire de l’otite ce qui est universellement reconnu pour la rougeole, pour les broncho-pneumonies et la plupart des affections de lenfance; elle est plus grave dans un milieu infecté, dans les salles communes d’hôpital sans isolement par le boxage.

Toutes autres conditions étant égales, l’avenir défend de la précocité du traitement. C’est dire Ja différence qu’entraine cette notion entre l’otite qui crie sa présence à la première heure, et l’otite sournoise qui évoluera longtemps avant d’être découverte.

La bilatéralité donne elle aussi un caractère de gravité, elle prouve un état de moindre résistance; au point de vue fonctionnel, elle assombrit considérablement le pronostic.

Les. formes aiquës franches sont d’un bon pronostie en général, avec une réserve cependant que doivent faire formuler, l’hyperthermie, la persistance de la température quoique se soient écoulés quelques jours depuis l’ouverture spontanée et surtout Ja paracentèse, la répétition de convulsions. Réserves au point de vue vital, car septicémie et otite peuvent être.contemporaines. Réserve au point de vue des complications moins rapides en particulier de la

mastoïdite. Réserves aussi sur la possibilité de passage à la chronicité et par conséquent de séquelles fonctionnelles, dernières éventualités très rares dans l’otite aiguë bien traitée, que l’oreille ait coulé spontanément ou qu'il y ait eu paracentèse. Sur un bon terrain, seule négligence ou persistance de l’affection causale {végétations par exemple), peuvententretenir l’otite, ou exposer à de multiples retours offensifs.

La question est toute autre pour l’otite latente. Parce que muette, elle est grave : ou bien elle passera inaperçue jusqu’à l’apparition d’une complication grave ou même mortelle, ou bien, dépistée, elle laisse dans lappréciation du pronostic une inconnue redoutable : n’est-elle pas déjà chronique le jour où on la découvre après ces longues périodes de pyrexie, où l’on a vainement interrogé gorge, Intestin, appareil respiratoire, recherché une tuberculose jusqu’au jour où en désespoir de cause et n’ayant plus autre chose à chercher, on a enfin pensé à l'oreille. Le temps n’est pas encore bien loin où on laissait ainsi plusieurs semaines à l'infection, lui laissant tout latitude d’altérer profondément muqueuse et parois de la caisse. Et c’est là considération à ne pas perdre de vue le jour où l’on sera forcé d'opérer une mastoïdite, apparue malgré une ou plusieurs paracentèses et qui explique peut-être des catastrophes rares heureusement, mais non exceptionnelles, où une mort aussi rapide qu’inattendue suit de quelques heures l'intervention.

La gravité de l’otite latente du cachectique ne lui appartient pas en propre mais à l’affection qui a mis le nourrisson hors d'état d’opposer quelque résistance à l'infection. Quelle est la part de cette otile concomittante dans l’apparition des accidents terminaux, il est bien difficile de la fixer. En tout cas l’otite survenant dans ces circonstances nous a toujours semblé donner l'ultime preuve de la déchéance d’un organisme incapable de défense. A ce point que, chez les nombreux nourrissons qu’il nous a été possible de suivre dans des crèches où ils étaient soignés depuis plus ou moins longtemps pour troubles digestifs, infections cutanées, son apparition nous a presque toujours permis de formu- Jer le pronostic fatal, qu’une mort rapide ne tardait pas en général à confirmer et cela malgré les tentatives de traitement.

Enfin, nous ne voudrions pas en finir avec le pronostic, sans effleurer au moins la question de gravité suivant les germes en cause. Evidemment streptocoques, pneumocoques peuvent aussi bien amener des complications graves. Mais il nous à semblé au cours de nos recherches, que certains agents microbiens semblent spécialement redoutables. Il en est ainsi pour le pneumococeus mucosus, qui semble donnerune gravité spéciale à des otites dontle début de l’évolution ne paraissait pas justifier cliniquement des réserves paruiculières. Sur {4 cas où il avait été identifié de façon certaine, nous trouvons 3 morts au bout de quelques semaines d'évolution à la suite d’accidents aigus à manïfestationsencépha-

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IT ANORE

liques. L'autopsre à révélé dans un cas un œdème considérable des méninges et dans l’autre une méningite purulente. Le pneumocoque à été retrouvé dans lès deux cas, dans le liquide ventriculaire de l’un, dans le pus des méninges de l’autre. L'attopsie ne put être faite dans le troisième.

L'étude du pronostic ne se cantonne pas dans la question de vie et de mort. Que devient lotite du nourrisson qui n’a pas amené d'accidents immédiatement graves, el qui guéril'en tantque sù ppuration. Il'est évident qne beaucoup decesotites ayant passé complètement ignorées, doivent être une cause de surdité ‘et connaissant la fréquence de la bilatéralité de cette affection, il est probable qu’un certain nombre de sourds-muets doivent leur infirmité à cette éliologie.Ilest fatal que des suppurations aussi prolongées n’aillent pas sans dégâts profonds d’an organisme aussi délicat que celui de l'appareil de transmission. D'autre part les difficultés considérables que présente l'examen fonctionnel de l’oreille interne à,cet âge et l'interprétation plus difficile encore des résultats ne fournissent pas des donntes suffisamment précises pour connaître la part des lésions de l’organe de perception dans la genèse, : des séquelles graves.

L'avenir n’est pas aussi sombre heureusement pour l’otite qui a été traitée, cut-elle nécessité plusieurs paracentèses consécutives. Nous avons eu deux fois l’occasion de réexaminer des enfants traités un an et un anet demi auparavant pour otites bilatérales. Trois tympansne gardaient aucune trace

visible de la paracentèse, le 4° présentait une zone gaufrée paraissant adhérente au plan profond. Malgré cela il ne paraissait exister aucune diminution de lPaudition.

Donc la paracen ièse ne doit pasétreredoutéecomme augmentant les chances de séquelles. Au point de | vue simplement fonctionnel, ilvaut beaucoup mieux guérir en 15 Jours ou 3 semaines une otile par un large drainage de paracentèse que dela laisser traîner plus longtemps, parce qu'insuffisamment drainée par une perforation spontanée minuscule.

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