OTITE CHRONIQUE
La délimitation du cadre de l’otite chronique n’est pas plus facile que chez l'adulte. Il paraît absolument- arbitraire de fixer une démarcation précise après laquelle l’otite doit être considérée comme
chronique.
Analomiquement. — On doit considérer comme chronique, les lésions de la caisse qui n’ont aucune téndance à la réparation ou à l’amélioration, on les rencontre dans les formes à drainage insuffisant, qui favorisent l’ostéite, aussi bien que dans les formes à vaste perforation où se font un continuel croisement des microbes de la caisse et de ceux venus du conduit auditif externe, spontanément ou par suile d’un traitement intempestif. La lésion osseuse est-elle nécessaire pour donner à l’évolution son allure chronique, nous ne le croyons pas : en effet, si elle est l’aboutissant constant des suppurations auriculaires prolongées, il n’en est pas moins vrai que certaines modifications hyperplasiques de la muqueuse, que l’on peut rencontrer sans ostéite, telles que les polypes, créent un état qui faute de traitement aboutit à peu près fatalement à la chronicité. Elles réalisent toutes les conditions favorables à cette évolution. Les polypes créent. par exemple dans l’intérieur: de la caisse des zones
enkystées dont le drainage ne se fait plus. Ils saignent facilement, réalisant un milieu de culture favorable. Ils peuvent obstruer momentanément une perforation, et peut-être aussi agissent-ils mécaniquement nécrosant certains points de la muqueuse et ouvrant âinsi une porte d’entrée à l’invasion osseuse.
Ne trouve-t-on pas d’ailleurs dans certains de ces polypes, l’ébauche d’une formation essentiellement chronique, exceptionnelle chez le nourrisson : du cholesteatome, sous forme de zones de métaplasie, où se retrouvent l’aspect de la membrane proliférante du cholestéatome, et de formations kystiques.
Cliniquement : Si l’on s’en borne aux dires d’une mère qui prétend que l'oreille de son enfant coule ‘depuis des mois, tantôt plus, tantôt moins, on quahferait de chronique beaucoup de ces cas où il ne s’agit en réalité que de poussées d’otite aiguë à répétition comme le prouve la rapidité avec laquelle le moindre traitement amène la guérison,
Ne devrait-on pas aussi y faire rentrer les otites qui se prolongent parce que persiste la cause de la première alteinte ? Evidemment non, le domaine de l’otite chronique, s’enrichirait alors de ces écoulements durant depuis 3 ou 4 mois etqui se tarissent en peu de temps, après l’ablation de végétations adénoïdes, ou le traitement d’une affection nasale.
Ce‘cadre peut être singulièrement élargi, si l’on admet que la notion de perforation n’est pas indispensable, pour autoriser la dénomination. Ne serailt-
il pas logique d'y faire rentrer les cas, découvertes d’autopsies, sur lesquels ont tant insisté WREDEN Kossez et récemment M. Rexaur, que nous avons nous-mêmes plusieurs fois rencontrés, où le pus ne s’est pas fait jour au dehors mais dans lesquels les lésions sont tellement profondes qu’il est impossible de les attribuer à un processus aigu de courte durée surtout quand la. période qui a précédé la mort n’a été entrecoupée d’aucun épisode fébrile.
Malgré ce qu'il y a de vraisemblable dans cette manière de voir, nous n’engloberons cependant pas ces cas dans notre étude de l’otite chronique du nourrisson.
Partant de ce fait que dans les formes d’otites normalement soignées qui aboutissent à la guérison, celle-ci est obtenue en 1 mois à 6 semaines, c’est au delà de ce délai que nous plaçons la limite entre formes aiguës el chroniques sans prétendre donner là autre chose qu’une approximation. Elle ne s’écarte pas de celle que les auteurs lui fixent chez l’adulte.
Le nombre des otites chroniques est bien moins considérable que celui des otites aiguës, d’après une statistique établie sur 9 cas d’otites de nourrissons Jusqu'à 16 mois observées dès la première fois avec une perforation constituée spontanément, nous arrivons à une proportion de 19otites chroniques pour 76 otites aiguës. Le tableau ci-joint donne un détail qui ne peut échapper dès le premier coup d'œil. Elle est beaucoup plus fréquente dans le cours de la deuxième année que dans celui de la
première.
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GouPrgrz avait fait la même remarque, donnant un pourcentage de 7°/o dans la première année dont la deuxième moitié englobe la presque totalité des cas, alors que la proportion atteint 25°, dans la deuxième année. |
Pourquoi cette différence ? Elle semble tenir uniquement au fait que plus l'enfant est jeune et plus l’otite Patteint profondément. Avant 1 an, les formes assez graves pour ne pas guérir rapidement tuent l’enfant avant que l’affection n’ait pu passer à la chronicité. Les particularités anatomiques de l'oreille moyenne contribuent aussi à la plus grande rareté de l’otite chronique dans les premiers mois, à ce moment, la trompe béante permet un drainage continu qui se concilie mal avec la réalisation de grosses lésions ulcératives, et par conséquent d’une atteinte profonde des cavités osseuses.
I'est d’ailleurs à remarquer que le tabieau comparalif ne concerne que des cas observés avec perforation constituée, el ne comprend pas le grand nombre des otites latentes n’aboutissant pas à la. perforation, et qui réduirait encore beaucoup la proportion des otites chroniques sur la totalité des cas envisagés.
ErioLoGie
Tantôt, ce sont des otites mal soignées, tantôt des otites soignées de façon intempestive qui aboutissent à la chronicité. A cet égard, nous devons mentionner l'influence néfaste des bains irritants prolongés qui amènent une macération du conduit, puis des ulcé-
rations qui sont la porte ouverte à l’infection secondäire. La persistance de la cause déterminante de l’otite prédispose à la chronicité, telles des végétations adénoïdes méconnues qui fournissent une source intarissable à l'infection et maintiennent l’obstruction tubaire.
Il faut faire une part toute spéciale du rôle des maladies infectieuses : rougeole, scarlatine, diphtérie, semblent surtout préparer la voie aux suppurations interminables et chacun sait l'effet que produit l’apparition d’une rougeole au cours d’un écoulement jusqu'alors en bonne voie de guérison. Il en est de même de l’impétigo et du pemphigus. Indiscutablement, syphilis et tuberculose ont une influence capitale pouvant agir à la fois comme terrain et comme cause première.