TRAITEMENT DE L'OTITE CHRONIQUE
La question du traitement de l’otite chronique du nourrisson doit son intérêlet aussi sa difficulté au fait qu'il doit être essentiellement conservaleur, surtout lorsque les lésions sont bilatérales, C’est de lui que dépend l'avenir fonctionnel du sens de l’ouie, c’est lui qui évitera aunourrisson la triste infirmité qu'est la surdi-mutité, ;
Tout d’abord, il est évident que toute cause d'entretien ou de réchauffement de l’otite doit être combattue avant tout ; désinfection du cavum et ablation des végétations s’il en existe sont donc à réaliser avant toute autre tentative. Ceci assurera déjà un meilleur drainage par la trompe, drainage encorë imparfait cependant. Fréquemment, nous l'avons vu, les perforations sont minuscules n’assurant qu’un écoulement insuffisant aux sécrétions ; sile tympan bombe encore en un point, ne pas craindre de faire une paracentèse en bonne place.
Pour le faire, le conduit a été préalablement bien nelloyé au porte-coton. Après quelques jours de bains soigneusement faits, à l'eau oxygénée qui en moussant aide au décollement du magmablanchâtre formé de pus concrété, de produits de desquamaon, on doit enlever les polypes qui font hernie à travers la perforation. Il est rare de pouvoir les supprimer en une seule fois, au premier contact en effet,
LS le conduit est plein de sang, aucune manœuvre ne doit être faite sans le contrôle de la vue, sous peine de mutiler le tympan. Une mèche est placée dans le conduit, mèche qui ne doit pas être laissée en place plus de 24 heures au début du traitement.
L'existence d’un couloir faisant communiquer directement le conduit et le rhinc-pharynx, doit naturellement interdire l'usage des produits toxiques au moins en bains, une partie de ceux-ci pouvant être déglutis. La délicatesse de la péau du conduit souvent déjà ulcérée, toujours macérée, commande de grands ménagements. Aussi faut-il restreindre ou du moins localiser l’action de produits irritants.
Ainsi la gaze, iodoformée qui agit merveilleusement pour désinfecter et désodoriser les sécrétions, ne doit pas au moins au début, être employée quotidiennemént, on tâte la susceptibilité des téguments alternant l’usage dé la gaze iodoformée, avec celui de la gaze stérilisée ou imprégnée de peroxyde de zinc.
Traiter dès le début, les ulcérations qui occupent l’entrée du conduit et du pavillon, les décapant d’abord par un pansement humide qui ramollit les croûtés, puis les modifiant par des attouchements à l’eau d’Alibour étendue de son volume d’eau, Île nitrate d'argent au centième, d'alcool 1odé. Avant de placer les mèches, il est bon de les isoler par une pommade à l’oxyde de zinc, au collargol, au baume de Pérou qui défendra les zonés irritées ou ulcérées, d’un contact prolongé avec le pus. En agissant ainsi, on évite les poussées d'otites externe
plus ou moins diffuses qui interdisent tout accès par le conduit auditif externe et suppriment la possibilité d’un bon drainage.
Assez rapidement, des modifications nettes se, font, l'écoulement teinté en brun, de sanieux qu'il était devient clair, sa fétidité diminue ou même disparait en peu de temps. L’iodoforme employé prudemment semble très bien remplir le rôle.
A notre avis, si l'on veut arriver à un résultat, le pansement quotidien par les mèches est indispensable pendant les premiers temps. Le séjour plus prolongé d’une mèche souillée aussi bien que les bains entretiennent un état de macération très préjudiciable. Au cours des pansements, toucher les granulations ou les polypes ayant tendance à se reformer, au porte-coton trempé dans le nitrate au dixième et bien’ essoré. La surveillance de l’état du tympan est chaque jour facilitée, parce que les mèches calibrent et dilatent le conduit.
Quand l’écoulement commence à diminuer au point de ne plus souiller toute la longueur de la mèche, il est à recommander de faire à chaque pansement un attouchement à l’alcool boriqué, ou picrique, d’insuffler de la poudre d’acide borique avant de replacer une mèche qui pourra bientôt être laissée deux jours.
Avant tout, ne pas perdre patience si les modifications mettent longtemps avant de se faire, et surtout ne pas compromettre le résultat si laborieusement atteint en un ou deux mois, en abandonnant comme guérie l'oreille dès qu'il n’y a plus qu’une
gouttelette à l'extrémité de la mèche ou à la première mèche, retirée intacte. Dans ce cas, il est très fréquent que l’écoulement reprenne quelques Jours après; continuer de mécher le conduit pendant une dizaine de Jours au moins.
Par ce traitement, on arrive à guérir à peu près les trois quarts des otites chroniques du nourrisson qui, à cet égard,.semblent moins rebelles que celles de l’adulte. Le résultat est acquis dans un délai qui varie de un à trois mois.
Il est quelquefois définitif dans le cas de perforations minimes, se réparant complètement. Si la perte de substance du tympan est vaste, on peut arriver à épidermiser la caisse, l'écoulement cesse, d’être fétide et ne s’arrête pas complètement, la large communication par la trompe amène constamment l'écoulement des sécrétions du nasopharynx par le conduit. Cette otorrhée tubaire est le plus souvent désespérante de durée pour elle, il faut se contenter de surveillance à étapes éloignées des bains d’alcool boriqué, étant faits quotidiennement, des attouchements à l’alcool picriqué, au chlorure de zinc, au sulfate de zinc, au sous-acétate de plomb en solution au centième, étant faites de temps à autre sur le fond de la cavité dans le but de contribuer au resserrement progressif de l’orifice tympanique de la trompe. Si la guérison est obtenue dans une grande partie des cas par ce traitement purement médical, il en reste encore un certain nombre d’autres où aucun résultat ne semble acquis malgré deux à trois mois de soins persévérants.
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Quelle conduite doit-on suivre en pareil cas ? Fautil en arriver comme le proposent certains auteurs à l’évidement pétromastoïdien ? Cette intervention n’est qu’un pis aller qui ne doit jamais être abordé que faute de mieux, forcé par les circonstances et après avoir tenté tout le reste.
Nous nous appuyons sur plusieurs arguments pour poser ce principe : °
° L’évidement est beaucoup plus shockant chez le nourrisson que chez l’adulte, toutes choses égales d’ailleurs ; |
2° Les risques d’accidents par opérations sont beaucoup plus considérables, ce qui est facile à interpréter par le nombre des particularités anatomiques fréquentes chez le nourrisson. Béance extrême de la suture pétro-squameuse, déhiscences osseuses du segment tympanique, manque de protection sérieuse, du golfe, du facial, hérissent d'obstacles et de dangers chaque geste de l’opérateur;
3° Peut-être les résultats d’une intervention aussi scabreuse ne sont pas assez sûrs pour en affronter les risques. Condamné à une retenue prudente de tous les gestes, gêné par le sang qui emplit continuellement la cavité, l'opérateur reste presque fatalement en deça de la limite des lésions. Aussi malgré les soins extrêmement méticuleux, la cavité continue bien souvent à suppurer, les retouches sont nécessaires jusqu” à ce que le point d’ostéite PSpActe par la curette soit enfin supprimé.
La période des pansements se pr olonge même dans les cas les plus favorables d’une façon désespérante,
la peau du voisinage s’excorie, s’ulcère, s’infecte, les ganglions s’infectent dans tout ce territoire correspondant. Quoi que lon n’ait pas fait de plastique du conduit, les périchondrites sont fréquentes.
Bref, le tableau des résultats immédiats de lévi- * dement chez le nourrisson n’est pas bien séduisant. le serait-il, qu'il ne faudrait pas perdre de vue le fait qu'il entraine presque certainement à cet âge, la suppression totale des vestiges auditifs. La prolifération osseuse du rocher en pleine période de développement, l'englobement de la cavité par une masse fibreuse se charge de blinder l'appareil de réception d’une cuirasse inpénétrable. Pourquoi s’en étonner puisque chez l’adulte, les bons résultats fonctionnels de l’évidement ne se rencontrent que dans les cas où l’épidermisation des cavités se fait dans un délai de deux mois environ. Alors que les cas les plus favorables chez le nourrisson demandent un minimum de trois à quatre mois de pansements pour arriver à ka guérison complète.
L'évidement doit donc n'être chez le nourrisson, considéré que comme une intervention commandée par des menaces de complications graves, qui à cet âge sont vites changées en réalités inéluctables.
Faut-ildonc laisser évoluer en spectateur inactif l’otite chronique du nourrisson?
Non, mais il suffit de réduire au minimum les dangers de rétention et de réchauffement par la désinfection du cavum, le nettoyage et le déblaiement régulier d’un conduit dans lequel oninstillera quotidiennement quelques gouttes d'alcool boriqué.
Enfin, ne pas négliger de tenter les résultats d’ur traitement antisyphilitique par les frictions, au cours duquel on peut voir un écoulement considéré comme absolument chronique se modifier et s’améliorer d’un pansement à l’autre.
En tous cas, les soins réguliers et la surveillance permettent d'attendre un âge où les risques sont moindres et les résultats plus consolants.