SCENE V
M. DUVIVIER, M"e DUPRÉ.
M. DU VIVIER
Je suis bien malheureux de déplaire si fort à votre belle et cruelle cousine. Ne m'abandonnez pas, s'il vous plaît, ma chère demoiselle; je ne dirai plus mot si elle veut, ou je ne l'entretiendrai que de choses qui sont de son goût quand je serai assez heureux de le bien connoîtrc.
— H - M»« DUPRÉ
Vous avez tort, et depuis le tems que vous la voyez, n'avez -vous pas dû remarquer qu'elle a une aversion insurmontable pour certaines choses qui divertissent la plupart du monde? Je veux vous donner des marques de mon amitié. Quelque chemin que vous preniez pour lui plaire, vous n'en viendrez jamais à bout que vous ne preniez celui que je vais vous dire. Attachezvous uniquement à faire votre cour à son frère, qui peut tout sur elle; mais que ce soit avec une continuelle assiduité. Quoiqu'il vous témoigne que vos honnêtetés le fatiguent, poursuivez toujours, car c'est alors qu'il est plus aise qu'on le caresse. La persévérance à vous attacher à lui le gagnera immanquablement, après quoi ce ne sera plus une affaire d'avoir les bonnes grâces de la sœur.
M. DUVIVIER
Vous me redonnez la vie, ma chère de-
moiselle, et je vais profiter de vos bons conseils.
M'»e DUPRÉ.
Votre rupture vient le plus mal à propos du monde; nous avons ce soir un concert que vous auriez été ravi d'entendre. Nos belles petites voisines viennent souper céans, et M. de l'Étang doit faire venir un oublieux pour les divertir.
M. DUVIVIER
Je n'ai point de regret à tous ces plaisirslà dans l'ennui où je suis. Cependant, je vous remercie de l'avis que vous me donnez : je pourrai bien en faire mon profit. Adieu, faites ma paix, je vous en conjure.