‹ L'Ouest canadien [microforme]Chapitre 38 sur 121 · AU LE US · texte numérisé non relu

AU LE US

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Le chevalier de la Vérendrye apprit li mort de son père en arrivant à Missilimakinaw, où il était descendu pour acheter de quoi approvi donner ses forts. Prévoyvant que les ambitieux allaient travailler à le supplanter dans les postes de l'ouest, ilse rendit, en toute hâte, à Montréal pour faire valoir ses titres à la succession de son pere. Mais, déjà, tout était réglé d'avance ; on ne daigna méme pas entendre ses réclamations. , Voyant que toute démarche en Canada lui était inutile et que son sort, ainsi que celui de ses frères, était décidé dans le conseil du souverneur, lpritle parti de s'adresser au ministre des colonies en France pour lui exposer tout l'odieux des

procédés de M. de Saint-Pierre à son égard.

Voici cette lettre qui est un beau document

méritant d'être cité en entier.

30 septembre 1750.

“Monseigneur,

“[lne me reste plus qu'à me jeter aux pieds de Votre Grandeur et de Pimportuner du récit de mes malheurs.

“Je m'appelle La Vérendrye. Feu mon père est connu ici et en France par la découverte de la mer de l'Ouest, à laquelle il à sacrihié plus de quinze des dernières années de sa vie. [a mar-

ché et nous à fait marcher, mes frères et moi d'une façon à pouvoir toucher Le but, quel quil soit, sil eut été plus aidé et sil n'eut pas été, surtout, tant traversé par l'envie. L'envie est encore Ice plus qu'ailleurs une passion à la mod dont il n'est pas possible de se varantir, “Tandis que mon père et mor s'excédaient de fatigue et de dépenses, ses pas n'étaient représentés que comme des pas vers la décou verte du castor, ses dépenses forcées n'étaient que dissipations et ses relations n'étaient que mensonges, L'entie de ce pays nest pas une envie à demy; ele à pour principe de s'acharnes à dire du mal dans l'espérance que, pour peu

que la moitié des mauvais discours prenne

faveur, cela suffira pour nuire. Effectivement mon père ainsi desservi à eu lt douleur de retourner, et de nous faire retourner plus d'une fois en arrière, faute de secours et de protec tion Ia même quelquelois reçu des reproches de la Cour, plus occupé de marches que de raconter jusqu'à ce qu'il pût raconter plus juste. Il n'avait point de part aux promotions et il n'en était pas moins Zélé pour son projet, per suadé que tôt où tard ses travaux ne seraient pas sans succès et ne resteraient pas sans récom pense.

* Dans le temps qu'il se livrait le plus à ces

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bonnes dispositions, l'envie eut le dessus.

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passer entre les mains d'un autre des postes tout établis et son propre ouvrage, (1)

“Pendant qu'il était ainst arrété dans sa course,

le castor arrivait assez abondamment pour un autre que lui, mais les postes bien loin de se multiplier disparaissaient et la découverte ne fusait AUCUN proures, c'est ce qui le désolait le plus.

“Monsieur Le marquis de la Galissonniere

arriva dans Île pays, sur ces entrefaites, et, à travers tout ce qui se disait en bien et en mal, il jugea qu'un homme quiavait poussé de paroles découvertes à ses frais et à ses dépens sans qu'il en eut rien coûté au Roï, et qui s'était endetté pour de bons établissements, méritait un autre sort. Beaucoup de castor de plus dans la colonie et au profit de la Compagnie des Fndes ; quatre ot cinq postes établis au loin par des forts aussi bons qu'ils puissent être dans ces contrées éloi unées ; nombre de sauvages devenus les sujets du Roi et dont quelques uns, dans un parti que je commandais, donnèrent l'exemple à nos sau vages domiciliés de frapper sur les autres sauvaues dévoués à l'Angleterre, parurent de véri tables services ; indépendamment du projet commencé de la découverte, dont le succès ne

1) Ce fut M. de Noyelles qui fut envoyé pour le remplacer, maïs til

ne fut qu'un an dans les postes, et n’alla qu'a Missihimakinaw,

pouvait être ni plus prompt, ni plus efficace qu'en restant entre les mêmes mains.

“ C'est ainsi que M. le marquis de la Galis sonnière à bien voulu s'en expliquer et sans doute il s'en est expliqué de même à la Cour puisque mon père, l'année dernière, se trouva honoré de la croix de Saint-Louis et invité à continuer l'ouvrage commencé par ses enfants.

“Il se disposait à partir de tout son cœur et il n'épargnait rien pour réussir ; il avait déjà acheté et préparé toutes ses marchandises de traite ; il m'inspirait à moi et à mes frères son ardeur, lorsque la mort nous l'a enlevé le 6 du mois de décembre dernier.

Quelque grande que fut alors ma douleur, je n'aurais jamais pu imaginer, ni prévoir ce que je perdais en perdant mon père. Succédant à ses engagements et à ses charges, j'osais-espérer la succession des mêmes avantages. J'eus l'honneur d'en écrire sur le champ à M.le marquis de la Jonquière, en l’informant que j'étais rétabli d'une indisposition qui m'était survenue et qui pouvait servir de prétexte à quelqu'un pour me sup:

planter. Il me fut répondu qu'il avait fait choix de M. de Saint-Pierre pour aller à la mer de l'Ouest. Je partis aussitôt de Moñtréal, où j'étais, pour Québec. Je représentai la situation où me laissait mon père; qu'il y avait plus d'un poste à la mer de l'Ouest ; que mon frère et moi

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M. DE LA VÉRENDRYE 127 nous serions charmés d'être sous les ordres de M. de Saint-Pierre ; que nous nous contenterions, S'il le fallait, d'un seul poste et du poste le plus reculé ; que même nous ne demandions qu'à aller en avant; qu'en poussant la découverte nous pouvions tirer parti des derniers achats de mon père et de ce qui restait encore dans les forts ; que du moins nous aurions ainsi la consolation de faire nos plus crands efforts pour répondre aux vues de la Cour. M. le Marquis de la Jonquière pressé par mes représentations me dit enfin que M. de Saint-Pierre ne voulait ni de moi, ni de mes frères. Je demandai ce que deviendraient nos crédits. M. de Saint-Pierre avait parlé ; il ne me restait rien à obtenir.

“ Je retournai à Montréal avec ce consolant éclaircissement. Je mis en vente une petite terre, seul effet de la succession de mon père dont les deniers ont servi à satisfaire les créanciers les plus pressés. Cependant la saison s'avançait. Il s'agissait d'aller à l'ordinaire au rendez-vous marqué de mes engagés pour leur sauver la vie et recevoir leur retour, sujets sans cette précaution à être pillés et abandonnés. J'ai obtenu cette permission avec bien de la peine, malgré M. de Saint-Pierre et seulement à des conditions faites pour le dernier des voyageurs. Encore à peine 1. de Saint-Pierre me vit-il partir qu'il se plaignit que mon départ lui faisait un tort de plus de

dix mille francs et qu'il m'accusa sans autre cérémonie d'avoir chargé mon canot au-delà de la permission qui m'avait été accordée. L'accusation fut examinée ; on envoya à la poursuite de mon canot, et si on m'eut rejoint dès lors M. de Saint-Pierre se serait rassuré plus tôt.

“ [1 m'a rejoint à Missilimakinaw et, si je dois l'en croire, il a tort d'en avoir agi ainsi. Il est bien faché de ne pas m'avoir, ni mes frères avec lui. I] m'a témoigné beaucoup de regrets et m'a fait bien des compliments. (1)

“ Quoiqu'il en soit, tel est son procédé ; il est difficile d'y trouver de la bonne foi et de l'humanite, M. de Saint-Pierre pouvait obtenir tout ce qu'il a obtenu, assurer ses intérêts particuliers par des avantages qui surprennent et amener un parent avec lui, sans nous donner urre entière exclusion.

“ M. de Saint-Pierre est un officier de mérite, mais je n'en suis que plus à plaindre de l'avoir ainsi trouvé contre moi et avec toutes les bonnes idées qu'il a pu donner de lui dans différentes occasions, il aura de la peine à prouver qu'en cela ïl a eu en vue le bien de la chose, qu'il s'est conformé aux vues de la Cour et qu'il a respecté les bontés dont M. de la Galissonnière nous honorait. Il faut, pour qu'il nous soit fait un

(1) M. de Saint Pierre jouait là le rôle d'hypocrite, car il lui eut été facile de réparer ses torts à l'égard du chevalier de la Vérendrye,

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M. DE LA VÉRENDRYE

pareil tort, qu'il nous ait bien nui auprès de M. de la Jonquière. (1)

“ Je n'en suis pas moins ruiné. Mes retours de cette année, recueillis à moitié et à la suite de mille inconvénients, achèvent ma ruine. Comptes arrêtés tant du fait de mon père que du mien, je me trouve endetté de plus de vingt mille livres ; je reste sans fond, ni patrimoine, je suis simple enseigne en second. Mon frère aîné n'a que le même grade que moi et mon frère cadet n'est que cadet à l'aiguillette : voilà le fruit actuel de tout ce que mon père, mes frères et moi avons fait.

“Celui de mes frères qui fut assassiné il y a quelques années par les Sioux, n'est pas le plus malheureux. Son sang n'est pour nous d'aucun mérite, les sueurs de mon père et les nôtres nous deviennent inutiles. [Il nous faut abandonner ce qui nous a tant coûté, à moins que M. de Saint- Pierre ne reprenne d'autres sentiments et ne les communique à M. le marquis de la Jonquière.

‘“ Certainement nous n'aurions point été inutiles à M. de Saint-Pierre. Je ne lui ai rien caché de ce que j'ai cru pouvoir lui servir, mais queiqu'habile qu'il soit et en lui supposant la meilleure volonté, j'ose croire qu'il s’est exposé à faire bien des faux pas et à s’égarer plus d'un jour en

(1) AL. de la Jonquière, Bigot et de Saint-Pierre s'entendaient ici, C'était les dvoders de l'époque tout simplement.

nous excluant d'avec lui. C'est une avance que de s'etre déjà Care Cl il hous semble que nous serions sûrs actuellement de la droite route pou parvenir au terme, quel qu'il puisse être. Not plus grand supplice est de nous voir arrachés d'une sphère que nous nous propositions de termi ner de tous nos eflorts,

Daienez, Monseigneur, juger ai cause de trois orphelins. Le mal tout grand qu'il est, seraut1t sans remèdes ? Iest entre les mains de Votre Grandeur. Des ressources de dédomma cements et de consolations, j'ose les espérer.

“Nous trouver ainstexclus de FOuest, ce serait nous trouver dépouillés avec la dernière cruauté d'une espèce d'héritage dont nous aurions eu toute l'ouverture et dont les autres auraient toutes

les douceurs.”

Cette noble lettre du chevalier en révèle long sur les mauvais procédés de M. de Saint-Pierre envers lui et ses frères : elle contirme bien une relation de cette époque qui dit: “que l'antendant Bigot et A. de Saint-Pierre s'entendirent pour exploiter à deur profit le commerce des fourrures dans l'ouest après la mort de NW. de la Vérendrye, et qu'au bout de trois ans als realisèrent des sommes immenses aux dépens de l'Etat.”

Le marquis de la Jonquière n'eut pas la satis-

faction de voir tomber ces profits dans ses mains,

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car 1 mourut en 1532, un an avant le retour de M. de Saint-Pierre,

[n'y à pas le moindre doute Qu'il favorisait ambition de ces deux hommes. L'indifférence on pourrait même dire la cruauté qu'il fit Dites à l'égard des fils du découvreur, en est li preuve [connaissait les intentions de la Cour ctles ie des deux gouverneurs qui l'avaient précédé FE

la colonie ; 1 connaissait ausci Le mérite de cette famille qui se dévouait depuis près de vint Até pour le service de la France ; s'il n'eut de aveuglé par la cupidité, il n'eut jamais permis qu'on la dépouilla aussi odieusement de

PO SON patri moine. L'histoire ne pourra Jamais trop flétrir

l1 conduite de ces trois hommes dans cette cir coistance.

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mais les noms de la Vérendrve disparaissent de

Nous allons maintenant voir à l'œuvre.

Sant Pierre dans les postes de l'oucst.

histoire dela Rivière Rouge et, étrange destinée @

des choses humaines, les trésors que renferme ce vaste pays, pour là découverte duquel is ont dépensé leur vie et leur fortune, serviront à enrichir d'obscurs tranteurs. dont le primetpal mérite aura été d'être d'audacteux vovageurs el de vigoureux marcheurs.

du fruit de leurs

Dépouillés odicusement

travaux, les fils du découvreur des grandes

prairies de l'ouest furent laissés sans protection et sans espoir de recouvrer le moindre dédoemma sement pour les pertes que leur faisaient subi

le Marquis de la Jonquière, Bigot et Legardeur

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nant avec but M de Nivorville conmmae second Le so quillet, 1 arrivait à Miséiliimakinmanw. ES EEOTA Lt nant hons sommes, ant prontnt donne un peu de repos A | GO hommes [ue pronnt L remettre fuimôéme de ses fationes car 1 nous prend dans son mémoire quil avat trouve cettt partie du VOVAYC ASSCZ vucte. (OR EL nebunt était qu'au commencement de ses miseres

“Je repars, dit de Missilimakinmaw le 6 ‘août et je me rendis le 20 septembre au fac de a Ployve. Cest lle premier établissement di l'ouest. le dois FEMArQUEr que Cette route Fi des plus difficiles et qu'il fantome pratique bien

formée pour connaitre les chemins quelque mauvais que peusse Heu de me les hicurer. je

ne puis qu'en étre surpris. y actrente hot

‘portages. Le premier de ces portages à quatre Cheues, et le moindre des autres est d'un part ‘delieue,”

Dés les premicres Hienes, le rapport de M. d: Saint-Pierre dénote un homme cju Jeut fur valoir ses services outre mesure; ce n'est qu'un ussu d'exagérations et de mensonges. Les mis lonnaires qui connmussent aujourd'hui le pay

de la Rivière Rouge savent à quoi s'en tenir sur

lil L'OUEST CANADIEN ces apports des Vovaseurs d'autrefois dans ce CONTECCS SAUVAUCS,

N écelur qui posséde tant soit peu li science des bonnes, le récit de M de Saint-Pierre n'en HNpPose pas

On saut que du ae Supérieur au lac de da Plon Uni a que dix portages et non trentehuits qu le plus long de ces portages est de neutomilles seulement et qu'on en compte trois qui m'ont

qu'un arpont. fe relève ces exagérations pou

rappeler ce que jar dit dans on chapitre préc dent, à savoir que Legardeur de Saint Pierre ne connaissait pas du tout le pars de li KRivièr Rouge et qu'il n'était pas, comme le dit M de li fonquière au ministre des colonies, /omme qu connoarssatl le rieur ces pars sauvages. Tout reste du rapport ressemble au commencement Le langage de M. de Saint Pierre dénote partout un caractère Vaniteux, sans loyauté et cherchant à se laure valoir aux dépens de son prédécesseur.

Avant son départ de Montréal, M. de Saint Pierre avait méprisé une foule de renscionements importants que le chevalier de Ta Vérendrye avait eu la bonté de lui donner. ne s'était pas fait, comme il l'avoue, une idée des diflicultés qu'on rencontrait pour voyager dans ces contrées lointaines. C'est pourquot 1 fit bévues sur bévues et finit par ruiner, en trois ans, des postes qui avaient coûté à M. de la Vérendrye dix-huit

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