M. DE SAINT-PIERRE
“ leur résolution que j'oubliay qu'il fallait prendre “les aimes. Je me saisis d'un tison de feu “ardent. J'enfonçai la porte de la poudrière ; je “ défonçai deux barils de poudre sur lesquels je “ promenay mon tison en faisant dire à ces sau- “vases d'un ton assuré, que je ne périrois pas “ par leurs mains ét qu'en mourant j'aurais la “gloire de leur faire subir à tous mon même “sort, Ces sauvages virent plutost mon tison “qu'ils n'entendirent mes paroles. Ils volèrent “ tous à la porte du fort, qu'ils ébranlèrent con- “ sidérablement tant ils sortaient avec précipi- “tation, J'abandonnay bien vite mon tison et “je n'eus rien de plus pressé que d'aller fermer “Ja porte de mon fort.
“ Le péril dont je m'étais heureusement délivré, “en me mettant en darcér de périr moy-même, “me laissoit une grande inquiétude pour les * quatorze hommes que j'avais envoyés chercher “des vivres. Je fis bon quart sur mes bastions : “je ne vis plus d'ennemis, et, le soir, mes qua- “torze hommes arrivèrent sans avoir eu aucune “ mauvaise rencontre.”
Monsieur de Saint-Pierre passa tranquillement le reste de l'hiver dans son fort. Au printemps, les Assiniboines revinrent au fort de la Reine pour donner des explications sur leur malheureuse tentative de pillage au mois de février. M. de Saint-Pierre, ne voulant ni les rebutter, ni
leur accorder un pardon complet, leur répondit qu'il exposerait le fait au Gouverneur, son maître, et qu'il intercèderait pour eux. On connait cette eau bénite de cour ; les sauvages tout barbares qu'ils sont ne s'y laissent pas prendre. M. de Saint-Pierre, lui non plus, n’ajouta pas foi aux témoignages de regrets des sauvages. Étant sur le point de descendre au Grand-Portagt pour y chercher des marchandises, il n'osa laisser personne pour garder le fort de la Reine. L'aventure du mois de février avait effrayé tout son monde. Il demanda aux sauvages de vouloir bien en prendre soin ; ce que ceux-ci lui promirent sans hésiter. On verra bientôt comment ils remplirent leur promesse.
Le 24 juillet 1752, M. de Saint-Pierre arrivait heureusement au Grand-Portage. Il est probable qu'il avait laissé une partie de son monde dans les différents forts le long de sa route.
Il repartit aussi pour l'ouest avec des vivres, des munitions et des marchandises pour la traite. Malgré la guerre entre les sauvages, M. de Saint- Pierre ne négligeait pas la traite. Chaque année, il monte une quantité de provisions et jamais il ne se plaint qu'on les lui ait volées. Les dangers n'existaient que lorsqu'il s'agissait de la découverte.
Le 29 septembre, il apprit au bas de la rivière Winnipeg, que les sauvages assiniboines avaient
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