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lui-même pour en avoir. Les traiteurs ne manquèrent pas d'exploiter à leur profit ce malheur reux penchant. Ce fut le grand moyen dont ils se servirent pour l'emporter sur un concurrent. Tous ces traiteurs rivaux, disséminés sur une immense étendue de territoire, et à des distances énormes des pays civilisés, savaient que les lois ne pourraient pas les atteindre et ils pouvaient se flatter de l'impunité en commettant tous les crimes.
Un M. Henry, qui fit la traite des pelleteries, dit dans le journal de ses voyages, que lorsqu'il arriva, en 1775, au Grand Portage du Lac Supérieur, (1) “il trouva les traiteurs dans un état “ d’inimitié réciproque ; chacun d'eux faisant “ses affaires de la manière qu'il pensait la “plus propre à nuire à son voisin, conduite, “ajoute-t-il, qui avait un effet dangereux auprès “ des sauvages.” (page 2390.)
Les mêmes faits sont rapportés par Sir Alex.
Mackenzie, dans ses “ Observations sur le commerce des pelleteries" ‘“ Ce commerce, dit-il, se * faisait dans un pays très éloigné de toute res- “treinte légale ; où rien n'empêche d'employer “tous les moyens qui peuvent procurer le suecès.
La mauvaise conduite des traiteurs leur faisait
1) Le Grand-Portage se trouve sur le côté nord du Lac Supérieur,
à l'endroit où les traiteurs pénétraient dans les terres pour se rendre à
la Rivière Rouge. Ce fut longtemps un poste important.
‘“ perdre non seulement l'occasion de faire des ‘“ profits, mais encore l'estime des sauvages et le ‘“ respect de leurs engagés que trop disposés à “ suivre leur exemple.”
“ L'hiver pour eux n'était qu'une scène non ‘ interrompue de querelles et de batailles. Les “ sauvages n'avaient plus que du mépris pour “des gens qui se conduisaient avec tant de ‘“ dérèglement et de mauvaise foi.”
Les vingt premières années de l'histoire du Nord-Ouest après la conquête pourraient se résumer en quelques pages, si quatre ou cinq parmi ces traiteurs ne s'étaient pas distingués des autres, sinon par une conduite plus honnête. du moins par les succès qu'ils obtinrent et les fortunes qu'ils amassèrent.
Alexandre Henry fut un des premiers anglais qui s'aventura dans les pays d'En-Haut, après l'abandon des forts par les français. Il s'associa ou plutôt il prit pour guide un ancien traiteur français du nom d’Etienne Campion, chasseur d'une grande habileté et surtout d'une admirable fidélité. Tous deux s'embarquèrent à Lachine au mois d'août 1760. Alexandre Henry n'était âgé que de vingt-trois ans. Il n'avait jamais fait la traite et ne connaissait pas du tout les pays où il allait s'aventurer avec son guide. I fut un des premiers qui songea à exploiter, pour la traite, la malheureuse passion des indiens pour le rhum.
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