‹ L'Ouest canadien [microforme]Chapitre 59 sur 121 · A-VIS · texte numérisé non relu

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La Compagnie du Nord-Ouest avait à sa dis position un personnel assez nombreux pour établir des postes sur tout le parcours depuis Le lie Supérieur jusqu'au lac Athabaska et pour avoir un pied à terre partout où ses antagonistes viendraient se placer. On peut dire que, dés fa première année, fut elle maitresse du terrain. Néanmoins Er Compagnie des dissidents prit vis avis de sa rivale une attitude tellement énergique que celle cr n'osa pas d'abord user de violence. \lus cette paix n'était qu'apparente ; l'ambition yoimit bientôt un terme. Durant Phiver 117$, des batailles sérieuses eurent lieu entreles servi teurs des deux Compagnies dans Les forts du nord ; 1 y eut des morts et des blessés,

Les scènes de désordre dont le Nord-Ouest avait été “témoin durant les vingt années qui avaient précédé la formation des Compagnies, étaient reparues et même elles étaient dépassées, Elles avaient autrefois ruiné Te commerce ; elles menacèrent de Te ruiner encore. Les bourseois en furent effravés et songérent à réunir les deux Compasnies. 1 faut entendre sir Alex. McKen ie parler de ces jours de crimes. “Après la “plus rude opposition qu'on vit jamais, dit-il, ‘dans cette partie du monde: après avoir souffert

‘tout ce que la Jalousie et la rivalité peut causer

: d'oppression ; après qu'un de nos associés eût

‘été tué, un autre estropié, et qu'un de nos

commis se fut avec peine échappé à la mort, ayant reçu une balle à travers sa corne à

‘ poudre pendant qu'il faisait son devoir, nos “adversaires furent enfin forcés de nous accorder

une part dans le commerce. Comme noûs

‘avions fait des pertes énormes, la jonction des

Compagnies était sous tous les rapports fort à désirer pour nous; elle eut lieu au mois de

‘juillet 1787."

La lutte avait duré à peine deux ans, mais elle

avait été rude et le même Sir Alex. Mackenzie avoua quelques années plus tard qu'il fui avait fallu quatre ans pour réparer les pertes qu'ilavait

subies.

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La Compagnie du Nord-Ouest après 1787,—Son plan de rester seule maîtresse du commerce de la traite. Elle construit des forts jusque dans l'extréme Nord pour arréter les sauvaves qui allaient à la baie d'Hudson. -— Travaux des découvreurs Alex. Mackenzie. L'raser, Quesnel,—Vovage chez les Mandanes.— Réflexions d'un

chef sauvage,

Délivrée après 1787 de toute compétition sérieuse, la Compagnie ne songca plus qu'à étendre le champ deses opérations commerciales et à s'assurer le monopole exclusif de la traite dans tout le Nord-Ouest. Pendant qu'au sud dela rivière Saskatchewan, les tribus, après la découverte, s'étaient empressées d'avoir des rapports avec les traiteurs français, celles du nord avaient toujours continué depuis un siècle à porter leurs fourrures aux anglais de la baie d'Hudson. Pour attirer les sauvages de ces régions vers le sud et les détourner de la baie d'Hudson, l’unsque moyen était de se mettre sur leur chemin et de aire alliance avec eux

Les associés de la Compagnie étaient des iommes habiles et qui avaient le génie du com-

rce. [ls comprenaient que, pour devenir les

maitres de ces immenses pays. il ne fallait pas

reculer devant les entreprises dispendieuses,

parce que Fi mine à exploiter dédommaceru abondamment des dépenses encourues pou l'ouvrir. Hs échelonnèrent done leurs forts sur là route depuis le lac Supérieur jusqu'au grand lac des Esclaves, et munirent tous ces postes d'un personnel assez nombreux pour qu'aucun camp sauvaue n'échappa à leur surveillance, De cette façon, la Compagnie de a baie d'Ffud son, confinée sur les bords de Ta mer, allait péri par la famine, où bien elle seraitobligée de sortir de sa tanière pour venir engager la lutte: alors les membres de li Compagnie du Nord Ouest li ruineraient en peu de temps et ils seraient débar rassés d'elle pour toujours. Fel était leur calcul. Nous verrons plus tard qu'ils se trompaient ct qu'après une lutte opinitre, entremêlée de succes et de revers, la Compagnie de la baie d'Ffadson devait absorber la Compagnie du Nord-Ouest, quand fa mission de celle ct serait finie.

en est des associations d'hommes comm des individus, quelque méchants qu'ils soient, ils ne laissent pas cependant de faire de temps ? tre des actions louables, ar milieu d'une série de crimes. Ea Compagnie du Nord-Ouest, que l'histoire doit juger avec impartialité, à fait beaucoup de mal durant sa courte existence:

nous saurons dire sur elle la vérité toute entière. Ses grands succès et le rôle brillant qu'elle a joué dans son temps ne lui donnent aucua droit à lim

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punité. Elle s'est rendue coupable de grands crunes ; il est bon que li postérité le sache: Fhis toire est écrite pour servir de leçon, Mais, comme maleré ses fautes nombreuses, quelques membres de cette Compagnie ont accompli des travaux diunes d'être loués, nous nous hâterons de les mettre à son erédit avant entrer dans le chapitre de ses méfaits.

À la diflérence des autres compagnies marchandes incorporées, et qui tiennent leurs privi ces du gouvernement sous certaines condi tions, comme par exemple Pobligation de tra valler à la colonisation où au soutien d'uneccuvre d'utilité publique, celle du Nord-Ouest, qui s'était

formée seule, ne dépendait que d'ee-mémes et

était bibre de toute redevance envers qui que ce fut.

Le but unique dé son existence était de faire a fortune de quelques particuliers. Aucun but de civilisation n'entrait dans ses entreprises : exploiter à son profit Fimmense territoire du Nord-Ouest, en tirer par tous és moyens imaginables le plus de richesses possible, le ruiner même moralement et matériellement, si la chose lui paraissait nécessaire, pour satisfaire son ambion : telle Ctait l'unique ambition de cette Compagnie, Avec de pareils principes, on peut soupçonner ce qu'elle se permit dans ces pays lointains.

Parmiles membres de cette célèbre association,

il y eut des hommes remarquables sous le rapport de l'intelligence, des hommes devant qui Îles horizons s'étendaient plus loin que les profits tirés de la traite des fourrures.

Seuls, les travaux accomplis par ces hommes ont jeté un certain lustre sur la Compagnie.

Pendant qu'aujourd'hui les noms des crands Seigneurs du Nord, qui régnèrent sur les lacs et les plaines, sont tombés dans un profond oubli, ceux des Mackenzie, des Fraser, des Quesnel continueront à vivre dans la mémoiredes hommes, aussi longtemps que le résultat de leurs découvertes,

[ci, nous avons la preuve qu'il ne suffit pas d'avoir été riche ou d'avoir brassé des affaires pour laisser un nom dans le monde, mais qu'il faut l'avoir attaché à une œuvre durable, utile au bien général de la société.

La renommée des évoïstes périt avec eux La chose se conçoit facilement ; n'ayant travaillé que pour eux-mêmes, leur mémoire doit s'éteindre avec leur personne : Memoria eorum periil cum sontlu.

Par ses découvertes, entreprises en vue de la science, Sir Alexandre Mackenzie restera une figure intéressante dans l'histoire du Nord-Ouest.

Né en Ecosse, il vint en Canada à un âge peu avancé. Dès son arrivée à Montréal, il entra

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\McLeod. Il était là en 1784, lors de la formation de la Compagnie du Nord-Ouest. Voici comment en parle l'Hon, Masson dans son intéressant livre “ Les Dourseots de la Compagnie du Nord-Ouest”

“ Nature énergique, tempérament vigoureux, ‘volonté de fer, il était un de ces hommes taillés ‘ pour la lutte et les vrandes entreprises. Depuis ‘quelques années, 11 avait rendu de grands ‘ services à ses patrons qui avaient conçu la plus ‘ wrande estime pour ce jeune Ecossais. Jus- “qu'alors son nom avait été ignoré, mais il allait “bientôt être écrit en caractères ineffaçables ‘dans l'histoire du Nord-Ouest, comme il l'a été “plus tard sur les falaises désertes de l'Océan ‘ Pacifique, qu'il devait le premier atteindre en “traversant les immenses solitudes de l'Ouest.”

En 1789, Alexandre Mackenzie était chargé au district d'Athabaska à la place du bourgeois Ross, qui avait été tué deux ans auparavant dans

ne rixe entre les hommes des deux Compagnies. Depuis longtemps, il avait formé le dessein d'aller ers le nord à la recherche d'une grande rivière, qui, d'après les rapports des sauvages, se rendait à l'Océan Glacial. La Compagnie n'était pas favorable au projet d’un tel voyage, n'y voyant ucun profit net et immédiat pour son commerce. \lais la détermination du jeune Mackenzie était bien arrêtée ; il voulait à tout prix faire ce

voyage périlleux, lui eût-il fallu pour cela sortir

ITR L'OUEST CANADIEN

de la Compagnie. Cependant il finit par obtenir l'assentiment de ses collègues, à la condition expresse que la Compagnie n'en souffrirait aucune perte et que les districts du Nord continueraient à être bien administrés.

Alex.

trouver dans Rodrigue Mackenzie, un intelligent et fidèl

Mackenzie eut la bonne fortune di

le dévouement d'un cousin, M.

remplaçant, sur quiil pouvait compter sans crainte pendant son absence.

I fit donc les préparatifs de son voyage, et le 3 juin 1780, il se mettait en route, ayant pour l'accompagner quatre canadiens et un allemand.

Dans la narration de son voyage à l'Océan Glacial, Sir Alexandre Mackenzie nous donne les noms de ces braves et fidèles serviteurs à l'énergie desquels il doit d'avoir accompli cette dangereuse exploration, Ce sont François Barrieau, (1) Charles Doucette, Joseph Landry, Pierre Delorme et John Sieinbuck.

Le lac Athabaska, d'où partaient nos voyageurs, communique avec le Grand lac des Esclaves par une rivière dont le cours très rapide est de plus de deux cents milles. Ils la descendirent montés sur un léger canot d'écorce, portant avec eux des provisions, des armes et des outils.

(1) L'orthographe de ce nom doit être Bériau. Ce voyageur s’est marié au Nord-Ouest et y a laissé des descendants.

familles de Bériau à Manitoba.

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Dans ces régions boréales, à cette époque de l'année, le soleil demeure constamment sur l'horizon ; on peut dire que durant les mois de juin et juillet, il n'y a pas de nuit,

On conçoit combien ces longs jours sont avantageux pour des voyageurs qui ont de longues marches à faire. Sous ces latitudes, pendant cette saison d'été, les variations atmosphériques sont moins fréquentes que sous des zones plus tempérées, sans doute pour dédommaver les habitants de ces tristes contrées de leurs hivers interminables,

Siles compagnons d'Alex, Mackenzie n'eussent pas été doués d'un courage à toute épreuve, les renseivnements que leur donnaient les sauvages sur la route, étaient bien de nature à Îles faire retourner sur leurs pas. Partout on leur traçait un tableau effrayant de la cruauté des indigènes qui habitaient sur les bords dela mer. Onleur disait que jamais ils ne reviendraient de ce voyage et que, si par hasard ils échappaient à la mort, ils

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distance était grande pour se rendre à l'Océan.

Mais rien ne put ébranler leur courage.

Quoique ni eux, ni leurs interprètes sauvages ne connussent le pays où ils s'avançaient, ils y marchaient cependant avec autant d'assurance que sur un territoire déjà exploré. Aussi, trois mois à peine après leur départ, ils avaient descendu la grande

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