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pelleteries, ils étaient prêts à donner le lendemain le spectacle des mêmes scènes de carnage. Jamais tous les succès que la Compagnie à obtenus dans son commerce ne pourront atténuer de pareils crimes,
Elle ne se borna pas à corrompre les sauvages, son système s'étendit à tout le personnel qui l'entourait ; les blancs, comme les peaux rouges, devinrent les victimes de son insatiable ambition.
Le comte Andréani, voyageant en Amérique en 1791, visita le Grand Portage où il eut occasion de s'instruire sur la manière dont les choses se passaient au Nord-Ouest. Il dit dans son journal : ‘Les employés de la Compagnie sont “ généralement libertins, ivrognes, dépensiers, et “la Compagnie n'en veut que de cette espèce.
“ Telle est la spéculation sur leurs vices, que tout “employé qui témoigne dans ses dispositions “ économie et sobriété, est chargé des travaux “les plus fatigants, jusqu'à ce que, par une “ suite de mauvais traitements, on ait pu le con- “ vertir à l'ivrognerie et à l'amour des femmes “qui font vendre le rhum, les couvertures et les “ornements. En 1791, il y avait neuf cents des “employés de la Compagnie qui lui devaient “ plus que le produit de dix à quinze années de “leurs sages à venir.” (l’oyage en Amérique par LaRochefoucault-Liancourt, vol. IT, page 225). Cette spéculation que faisait la Compagnie
192 L'OUEST CANADIEN n'était pas un abus qui se glissa par hasard ; au contraire, ce fut une partie essentielle de son système, C'est là-dessus qu'elle calculait pour réaliser ses immenses profits.
Dès qu'un des engagés montrait de l'inclination pour faire de la dépense, on lui faisait des avances avec la plus grande facilité jusqu'à ce qu'il fût largement endetté envers la Compagnie. Rendu à ce point, il se trouvait absolument esclave et n'avait plus d'autre alternative que ha prison où une souinission aveugle à ses maitres, Le premier devoir qui était imposé au commis d'un poste, était de veiller à ce que les serviteurs qu'il avait sous sa direction eussent le moins d'arcent possible à retirer à la fin de l'année : on comptait sur son habileté pour cela; or cette habileté consistait à faire du serviteur un débau
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Le rhum qu'achetait la Compagnie lui coûtait Ba
une piastre le vallon à Montréal, et elle le vendait à ses engagés quatre piastres la pinte, c'est-àdire seize piastres le gallon. On peut vor par là combien il était facile, pour-peu que ces
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leur compte de quinze à vingt louis sterlings pour ce seul article. Toutes les marchandises de trait:
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leur condition meilleure, ces voyageurs du Nord n'économisaient jamais un sou pour mettre leurs vieux jours à l'abri de la misère et presque tous finirent dans la mendicité. Ceux d'entre eux qui avaient une famiile au Canada, la laissaient énéralement languir dans la pauvreté. Sipar hasard, ils revenaient au pays, ce qui était assez rare, c'était ordinairement pour y traîner une existence misérable. Le genre de vie qu'ils avaient contracté dans les voyages, les avaient rendus impropres à tout travail assidu dans la campagne et même à l'exercice de n'importe quel métier.
Quant aux jeunes gens qui gagnaient le Nord- Ouest avant que d'être mariés, ils s'établissaient à, en contractant mariage avec des femmes sauvages, quand ils avaient la chance de ne pas laisser leurs os dans les lacs où dans les prairies, victimes d'un accident.
Des centaines et des centaines des nôtres ont laissé leurs cadavres dans ces déserts sauvages. Les uns sont morts de faim et de fatigue, évarés dans leurs interminables courses: les autres ont péri de froid ou bien ont été massacrés par les sauvages. Quelquefois, ils ont perdu h vie en obéissant à des ordres barbares de leurs chefs qui leur commandaient comme à des esclaves.
Un jour, dans un fort de l'extrême nord, le gardien du poste dit à un guide :
—*" Prends ce canot et va avec six hommes porter des vivres au poste voisin.”
— La rivière est rapide, lui répond le guide et le canot n'est pas assez solide pour résister. Nous nous eXposons à périr.
— Vous êtes des peureux, dit le gardien; le canot est assez solide; marchez Les sept voyageurs s'embarquèrent ; mais deux jours après, le guide, nommé Brousse, revint au fort avec un seul homme; tous les autres s'étaient noyés dans un rapide où le canot s'était brisé en deux. Avec cette obéissance aveugle, on peut s'imaginer ce que la Compagnie obtenait de ses serviteurs.
Pendant plus des trois quarts du temps, le commerce de la traite se fit avec des luttes achar-
nées qui ressemblaient beaucoup plus à du bri-
vandage qu'à un commerce licite.
Pour être victorieuse partout, la Compagnie avait besoin de baraïlleurs, et elle savait s'en former, en encourageant tous ses fiers à bras à commettre des actes de violence contre tout traiteur étranger qui s'aventurait dans ces pays. On récompensait même ceux quise distinguaient par quelque coup de force brutale. Les exploits de ce genre étaient la gloire de cette époque dans le Nord. Un des grands amusements des Bourgeois était d'assister à ces scènes de pupgilat
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