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LA COMPAGNIE DU NORD-OUES1 195 où les athlètes anglais et canadiens s'assommaient comme au temps des Grecs.
La Compagnie à prétendu et des historiens ont répété que le nombre de canadiens qu'elle avait employés pour son commerce au Nord- Eh
bien, même à ce point de vue, nous croyons que
Ouest avait été comme un bienfait public.
ce fut une chose déplorable, qui causa alors au Canada le même dommage que l'émigration canadienne d'aujourd'hui aux Etats-Unis.
Il y a un siècle, la nation canadienne avait non seulement autant mais plus besoin qu'aujourd'hui de tous les bras de ses enfants. Les belles terres de la vallée du Saint-Laurent étaient encore en grande partie couvertes de forêts. Nous avions à former des paroisses et à nous fortiñier chez nous par la colonisation. Chaque canadien qui partait alors du pays nous causait une perte plus grande que le départ de vingt canadiens aujourd'hui. Or, ce fut par centaines et par milliers que la Compagnie les enleva de nos campagnes, puisque le nombre de ses voyageurs s'élevait à deux mille et que chaque année elle avait à en remplacer plusieurs.
Si maintenant, ces milliers de nos compatriotes, au lieu d'aller dépenser leur énergie et user leurs forces au profit des traiteurs de pelleteries, se fussent établis sur des terres pour les défricher et y élever de nombreuses familles, le service rendu
196 L'OUEST CANADIEN à la nation n'eût-il pas été préférable à celui dont se vantait la Compagnie ?
C'est à peine si nous pouvons calculer les dommages que nous causèrent ces nombreux départs pour les pays sauvages. Ceux qui ont admiré l'énergie des traiteurs du Nord, n'ont peut être pas assez réflécht à ce côté de la question, Pour nous, nous croyons qu'envisagée à ce point de vue, la Compagnie fut plutôt un Héau qu'un bienfait pour la nation canadienne.
Quant aux tribus sauvages, elles + perdirent autant que les blancs sous le rapport du bien-être, Leur pays fut ravagé et ruiné par des chasseurs qui tuaient indistinctement tous les animaux à fourrure, vieux et jeunes, et cela en toute saison. La Compagnie engageait des chasseurs dans les villages sauvages du Canada, des Froquois et des Algonquins ; et elle leur payaitun prix fixe pour les pelletéries qu'ils apportatent. Ceux-ci, n'ayant aucun intérêt à ménager le gibier dans un pays où ils n'étaient qu'en passant, détruisatent totale. ment les espèces d'animaux à fourrures les plus précieuses. Les malheureux indigènes, intimidés par la réputation guerrière de ces étrangers et craignant les ressentiments de la Compagnie, contemplaient cette destruction sans oser l'empêcher.
Ce qui contribua aussi beaucoup à appauvrir le sauvage et à le rendre misérable, ce fut le
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système adopté par li Compagnie de lui avancer avec la plus grande facilité des marchandises à crédit. C'était un moyen habile de l'exploiter, tout en cardant des apparences honnètes. Comme les marchandises étaient fournies un an d'avance. elles étaient vendues beaucoup plus cher, et comme il fallait attendre un an pour les pellete ries et courir des risques, celles-ci étaient payées beaucoup moins cher. De cette manière, le pauvre sauvage, pour peu qu'il n'eut pas été heu: reux dans sa chasse, avait à peine de quot payer sa dette au printemps. Si arrivait alors qu'un traiteur étranger, rival de la Compagnie, offrit au SAUVATE UNE SOMME élevée pour ses fourrures, ce qui lui eut permis de payer sa dette et de carder un surplus, c'était une bataille qui avait leu. La Compagnie s'emparait par violence de toutes les pelleteries du sauvage et maltraitait, on outre, le traiteur imprudent qui venait lui fure concurrence,
Le fait suivant nous montre combien 11 en fallait peu pour exciter la jalousie de la Compagnie et lui faire exercer des actes de violence.
Un jour, un nommé Tfidier, arpenteur aux gaves de la Compagnie de la baie d'Hudson,
avait été envoyé pour explorer un endroit par
où elle voulait ouvrir des communications avec Athabaska. Fidler avait avec lui un sauvage qui lui servait de guide. La Compagnie du
Nord-Ouest niait le monopole à la Compagnie de la baie d'Hudson, mais prétendait bien lavoir pour elle,
Soupçonnant Fidler de vouloir s'occuper de traite, elle envoya, pour le chasser, un nomnr Larocque, batailleur fameux, lui recommandant de ne souffrir aucun étranger dans ce district. Larocque, ayant rencontré le sauvage qui servait de guide à Fidler, le battit cruellement et ne le laissa qu'après lui avoir cassé deux côtes,
Il n'était pas toujours nécessaire qu'un saur
vave fut endetté envers la Compagnie pour que celle-ci le punit sévèrement d'avoir vendu ses pelleteries à un étranger. C'était un crime qu'elle ne pardonnait pas, et les indigènes étaient
absolument hors d'état de résister aux actes de violence dirigées contre eux.
Il faut avoir ignoré le système de commerce de la Compagnie du Nord-Ouest pour dire qu'elle fut utile aux sauvages et aux canadiens qui étaient à son service. En réalité, elle fut plutôt pour eux un fléau, moralement et matérielle.
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