‹ L'Ouest canadien [microforme]Chapitre 73 sur 121 · S MENACÉES · texte numérisé non relu

S MENACÉES

à exécution, quand Lamothe, tirant son pistolet, étendit le voleur mort sur place, Les engagés de King voulaient venger cette mort, mais les sauvages intervinrent et dirent qu'il n'avait que ce qu'il avait mérité.

L'ancienne Compagnie ordonnait des meurtres quand la chose lui convenait, mais cette fois elle poussa des cris de paon, parce que c'était un des Elle fit mille efforts pour s'emparer de Lamothe, mais il ne tomba

siens qui était la victime.

entre ses mains que trois ans plus tard, en 1804, Elle le fit jeter en prison, où il languit jusqu'à la réunion des deux Compagnies. Alors seulement, Lamothe fut mis en liberté et il ne fut plus question de lui faire de procès.

Cette Compagnie, qui niait le monopole de la traite à la Compagnie de la baie d'Hudson, appuyée par une charte royale, le réclamait bel et bien pour elle et, quoiqu'elle n'eut aucun titre à xluber, elle voulait être reine et maîtresse dans toute l'étendue du Nord-Ouest,

En 1801, M. Dominique Rousseau, de Montréal, équipa des canots, qu'il envoya au lac Supérieur, sous la conduite de M. Hervieux, son commis. Ces canots étaient chargés de marchandises pour la traite. Rousseau s'attendait à tirer de cette petite cargaison un bon profit avec les Indiens du Grand Portage, Comme sujet anglais, l'avait tout autant de droit de faire des échanges

avec les sauvages que tous les Bourgeois du Nord-Ouest.

Cette entreprise d'un simple particulier n'était pas de nature, ce nous semble, à exciter la jalousie de la puissante Compagnie. Hervieux, étant convaincu de son droit, alla, sans défiance, planter sa tente à un arpent du fort.

À peine était-il installé depuis quelques heures, qu'il vit arriver à lui trois officiers de la Compagnie. L'un d'eux, Duncan MecGillivray, lui dit en l'abordant qu'il eut à détaler de là à l'instant, sinon qu'il le forcerait à partir. Hervieux répondit qu'ayant autant de droit qu'eux de faire la traite en cet endroit, il ne partirait qu'après avoir vu leurs titres de propriété. Cependant, après quelques pourparlers, pour éviter de plus grands désagréments, il leur dit qu'il consentirait à porter sa tente à un autre endroit qu'on lu désigna. MecGillivray et ses compagnons retournèrent au fort raconter ce qui s'était passé.

Le doute exprimé par Hervieux sur les droits exclusifs de la Compagnie parut à tous un crime digne d'un châtiment exemplaire. Ils revinrent à sa tente, où il n'avait pas encore fini d'envelopper ses marchandises, et, à coups de poignard, ils mirent sa tente en pièces. ‘Tiens! dirent-ils à “ Hervieux, tu nous a demandé nos titres : eh “ bien! les voilà. Maintenant, si tu oses pénétrer “ dans l'intérieur du pays, nous te couperons la

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gorge.” Non contents d'avoir détruit sa tente, ils vâtèrent ses marchandises et maltraitèrent quelques serviteurs qui avaient acheté des objets de lui. On les leur enleva et on les brisa pour leur apprendre à ne jamais rien acheter d'un traiteur étranger.

Hervieux fut oblivé de retourner à Montréal, à treize cents milles de distance, après avoir perdu toutes ses marchandises par les agissements coupables de la Compagnie.

M. Rousseau intenta un procès à MeGillivray ; mais il ne réussit qu'à obtenir une faible compensation pour la perte considérable qu'il avait subie.

En 1806, M. Rousseau tenta une nouvelle entreprise de commerce dans les pays sauvages. I prit pour associé un M. Delorme, qu'il envoya au Nord-Ouest avec deux canots chargés de marchandises.

Pour éviter toute difficulté avec la Compagnie, Delorme, une fois rendu au lac Supérieur, gagna le chemin du Grand Portage que les traiteurs du Nord-Ouest avaient abandonné pour se fixer au nouveau fort William. Il avait pris ses précautions pour passer sans être vu des gens du fort, mais il avait compté sans la vigilance de fa Compagnie, qui tenait continuellement des sentinelles en vedette,

Après quatre jours de marche difficile, Delorme fut rejoint par un nominé McKay, associé de la

Compagnie, quise mitavee une dizaine d'hommes à abattre des arbres sur sa route pour embarrasser

le chemin et le rendre impraticable. 1 ferma

ainsi tous les portaves et toutes les petites rivières,

non seulement en avant, mais en arrière de

Delorme, afin que celui-ci ne pût nt avancer ni

reculer. Hentôt Delorme et son associé se trou

vérent prisonniers et furent oblivés d'abandonner

À leurs marchandises que la Compagnie con-

sentit à acheter au prix coûtant de Montréal.

Rousseau fut le dernier commerçant qui osût,

seul et sans protection, envoyer des marchandises

dans le Nord-Ouest.

Comme on le voit, là Compagnie du Nord

Ouest, qui ertait si fort contre le monce pole, s'était,

sans charte ni recommandation de qui que ce

soit, emparé des pays sauvages à l'exclusion de

tout autre sujet britannique et, pour garder sa

position, aucun moyen ne lui coûta.

[est bon que le lecteur se rappelle ces faits

pour bien comprendre et bien juger les événe-

ments dont nous parlerons plus loin.

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LAC COMPAGNIE DEUOONORD-OUFST

CHAPTFRE VIE

SOMMAIRE

Nouvelle organisation de Ta Compagnie du Nord Ouest \Moven employés pour stimuler Le zèle des cubaltennes Timidité des crviteurs de li Compagnie dela baie dudson Inegilité dela

lutte entre les deux Compagnies,

La cuerre que se faisaienties deux Compagnies du Nord-Ouest ne pouvait, en se prolongeant, que les conduire à la ruine. Les Bourocois de de l'ancienne Compagnie Te comprenaient fort bien et la plupart d'entreux désiraient depuis quelque temps en venir à une entente ; mais Simon MeTavish, leur principal agent, blessé

dans son orgueil, au moment de la scission, avait

juré de refuser tout arrangement avec la nouvelle

Compagnie qu'il feignait de mépriser comme une rivale sans valeur. Pour l'écraser, il'avait déployé une énergie surhumaine. Ses entreprises pour étendre de tous les côtés les opérations de Ta Compagnie n'eurent pas toujours le succès qu'il espérait. Les Bourgeois, ses collèeues, en murmuraient souvent, sans cependant oser Île blâmer ouvertement dans les crandes assemblées Is attendaient donc une occasion

224 L'OUEST CANADIEN favorable pour en venir à une entente quand la mort vint enlever Simon MeTavish au mois de juillet 1804.

Désormais l'union des deux Compagnies, désirée des deux côtés, devenait relativement facile, car on était de part et d'autre fativué de cette lutte acharnée.

Le personnage Île plus en vue et le plus important parmi tous les Bourveois était sans contredit Sir Alexandre Mackenzie. Des propositions pour l'union lui furent communiquées, et dès le 5 novembre 1804, toutes les difficultés étaient aplanies, la paix signée et la Grande Compagnie du Nord-Ouest rétablie sur de nouvelles bases.

Instruits par les lamentables scènes des dernières années, les Bourgeois du Nord-Ouest, en réorganisant leur société, eurent soin de prévenir, par des clauses spéciales, toute nouvelle division.

On règla d'abord que tout associé, qui, sous la nouvelle constitution, voudrait se retirer de la Compagnie, recevrait pendant sept ans la moitié des revenus de sa mise dans la Société, sans être obligé de faire aucune espèce de service et sans encourir aucune responsabilité ; mais, en même temps, il lui était défendu, sous peine d’une amende de cinq mille louis s{erline, de prendre soit indirect, dans

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d'autres sociétés, faisant la traite sur le même

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territoire que la Compagnie du Nord-Ouest, Par ce moyen, le démissionnaire n'était nullement tenté d'entrer dans une entreprise nuisible aux intérêts de la Compagnie.

Dans le cas de décès d'un Bourgeois, ses héritiers ne pouvaient lui succéder qu'en acceptant les mêmes charges et obligations.

Dans cette nouvelle organisation, la masse des capitaux était divisée en cent parts; une partie assez considérable de ces parts appartenait à des maisons de commerce de Londres et de Montréal, par suite des avances faites aux deux Compagnies; les autres parts appartenaient à des particuliers.

Sur soixante-quinze parts assignées à l'ancienne Compagnie, trente étaient dans une seule maison de commerce de Montréal; et sur les vingt-cinq parts assionées à la nouvelle, dix-neuf appartenaient à des maisons de Montréal ou de Londres: lc reste était distribué parmi les associés hivernanes.

Les associés, c'est-à-dire tous ceux qui avaient une où plusieurs partsdans la Compagnie, devaient se réunir chaque année, vers le mois de juillet, au Fort William, sur les bords du lac Supérieur.

C'était là que se traitaient les affaires de la Con vagnie. Les questions se réglaient à la pluralité des voix. Chaque action donnait droit à un vote; les absents pouvaient se faire repré-

senter par un procureur. On y arrêtait tous les plans pour l'année suivante, et les comptes de l'année précédente étaient fermés.

Les associés hivernants étaient tenus de faire devant les Bourgeois assemblés un rapport détaillé de tout ce qui s'était passé dans leur département depuis la dernière réunion générale.

Des blâmes très sévères étaient adressés, séance tenante, à ceux qui s'étaient montrés peu zélés pour les intérêts de la Compagnie ; tandis que ceux qui avaient eu de bons succès recevaient de l'avancement,sans qu'on s'inquiétât des moyens employés pour réussir. Ce système était bien calculé pour entretenir l'émulation ; mais le respect de la justice était loin d'être sauvegardé. Le désir de mériter des éloges de la part des supérieurs et d'arriver bientôt à un poste Zonoraûle dans la Compagnie entretenait chez les subalternes une émulation qui n'avait d'égale que l'ambition des chefs eux-mêmes.

Nous l'avons déjà dit dans un chapitre précédent,les Bourgeois qui vivaient en Canada tenaient à conserver une bonne réputation dans l'opinion publique, et ils veillaient, avec le plus grand soin à ce qu'aucune plainte ne transpirât contre la Compagnie à Montréal ou à Québec. Maisil n'en était pas ainsi des associés hivernants, qui vivaient dans le Nord à mille lieues de toute société civilisée. La grande distance et la diffi-

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DU NORD-OUEST culté des communications les rassuraient contre la censure publique, surtout lorsqu'ils songeaient qu'ils ne recevraient aucun reproche de leurs supérieurs du moment qu'ils rapporteraient beaucoup de pelleteries.

On comprend aisément combien peu on redoutait l'effet des lois dans ces pays éloignés et comme il devenait facile d'y commettre des délits sans avoir à en répondre devant les tribunaux.

Après leur réunion, les deux Compagnies du Nord-Ouest eurent grand soin de jeter le voile sur les scènes d’horreurs commises pendant leurs luttes violentes ; mais sir Alexandre Mackenzie en a dit quelque chose dans ses ouvrages et la tradition nous a conservé le reste.

Depuis sa formation, en 1784, jusqu'à sa réorganisation sur des bases nouvelles, en 1804, la Compagnie du Nord-Ouest n'avait eu en réalité Aucun traiteur isolé n'avait été en état de se mesurer Toute compétition de ce genre ne l'a ut pas plus entamée que la vague ne mine le La Com pagnie de la baie d'Hudson ne l'avait pas encore

à souffrir que de ses luttes intestines.

avec elle.

rocher sur leqnel elle vient se briser.

inquiétée sérieusement, mais, à partir de ce moment, c'est avec elle que nous allons la voir aux

prises dans une guerre à mort. Forma-t-elle dès lors le dessein de la réduire à abandonner son

228 L'OUEST CANADIEN commerce et à se désister des droits de 54 charte, les faits semblent le prouver.

La Compagnie du Nord-Ouest a répété partout qu'elle n'avait fait qu'user de représailles contre la Compagnie de la baie d'Hudson. Une ressemble à l'histoire de cet

telle affirmation homme qui, cité devant un tribunal parce que son chien avait mangé un lapin, répondit pour se défendre que c'était le lapin qui avait attaqué le

chien. (1)

Tous ceux qui connaissent tant soit peu l'histoire dela Compagnie de la baie d'Hudson, savent fort bien que la bravoure ne fut jamais la vertu

dominante de ses serviteurs et que ses traiteurs étaient d'une timidité pitoyable. Il est reconnu que, maluré les fortes primes offertes à ceux qui

oseraient s'éloigner des bords de la mer pour s'avancer dans l'intérieur du pays, jamais elle ne put trouver un seul homme pour répondre à ses sollicitations alléchantes. Si pendant un siècle, elle demeura casernée sur les bords de la baie d'Hudson, ce fut parce que ses serviteurs refusèrent obstinément d'aller, comme les français,

trouver les sauvages dans leur pays.

On s'est demandé souvent pourquoi les anglais de la baie d'Hudson n'avaient pas imité les La raison, c'est qu'ils

canadiens et les français.

(1) Le nombre des serviteurs de Ja Compagnie de la baie d'Hudson

se montait à peine au tiers de ceux de la Compagnie du Nord-Ouest.

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