‹ L'Ouest canadien [microforme]Chapitre 74 sur 121 · SON · texte numérisé non relu

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LA COMPAGNIE DU NORD-OUEST n'étaient pas assez hardis pour le faire, Il est très certain que le désir des officiers supérieurs de la Compagnie, en Angleterre, était de faire explorer les pays sauvages et que de fortes sommes furent offertes pour cela.

Le 15 mai 1682, le comité d'administration écrivait à John Bridgar, gouverneur au fort Nelson :

“ pour votre sûreté ; mais en même temps, faites

‘“ Faites un établissement sur la rivière

“ diligence pour pénétrer dans le pays : faites-v “ des découvertes et établissez des relations com-

‘‘ merciales avec les sauvages.”

L'année suivante (1683), le comité de Londres, renouvelle ses instances et écrit à l’un des gouverneurs, Henry Sergeant : “ Nous vous donnons “instruction de choisir parmi nos serviteurs les “plus robustes et les mieux versés dans la “ connaissance des langues sauvages ; vous les “ ferez pénétrer dans l’intérieur des terres, afin ‘ d'attirer les sauvages par de bons traitements et des manières conciliantes et, par là, les enga-

Pour toute réponse le gouverneur écrivit à Londres, que les serviteurs refusaient d'entreprendre ce voyage.

Deux ans après l'ordre donné à Sergeant, le 22 mars 685, les choses n'avaient pas changé,

“cer à commercer avec nous.”

car le cemité écrivait de nouveau. “ Nous avons “appris que nos serviteurs refusent de pénétrer “ dans l'intérieur du pays à cause des dangers

“ qu'ils redoutent, mais peut-être aussi à cause “ du peu d'encouragement qui leur est donné.

‘“ Faites savoir que le salaire de ceux qui voudront “ faire ce voyage, sera de £ 30 (louis) sterling."

L'espoir des récompenses n'eut pas un meilleur effet, car, le 24 août 1685, le gouverneur de là baie d'Hudson répondit au comité de Londres, que ses hommes refusaient les primes et qu'ils préféraient retourner en Angleterre plutôt que de s'aventurer chez les indiens. ‘“ Aucun d'eux, “ dit-il, ne veut consentir à faire ce voyage en “ dépit de tous les moyens que j'ai employés.”

Voilà les braves qu'avait à son se ‘ice la Compagnie de la baie d'Hudson en 1700.

Les choses étaient-elles bien changées un siècle plus tard, en 1800 ? Non ; à cette époque le personnel de la Compagnie de la baie d'Hudson ne s'était pas aguerri davantage, car les serviteurs de cette Compagnie, pendant un siècle, n'avaient fait autre chose que de traiter avec les sauvages autour des murailles de leurs forts.

En 1733, un employé de la Compagnie de la baie d'Hudson, nommé Joseph Robson, rapporte qu'à cette époque, ‘ quand les sauvages venaient “ approvisionner les forts du produit de leur * chasse, la pruaence soupçonneuse du gouver- “ neur du fort York était telle qu'il ne permettait “pas à plus de deux ou trois sauvages de “ pénétrer ensemble dans le fort, et ne consentait

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LA COMPAGNIE DU NORD-OUEST 231 “que très rarement à laisser des chefs sauvages “ passer la nuit dans son enceinte." Cependant ce fort était protégé par 19 canons.

Robson ajoute que, pendant qu'il était dans le fort York, il se risqua une fois à faire une expédition jusqu'à quarante milles dans l'intérieur.

Ce ne fut qu'en 1774, après le voyage de Frobisher à la rivière Churchill, que la Compagnie de la baie d'Hudson fit son apparition sur les bords de la Saskatchewan et qu'elle osa briser le cercle qui la retenait captive dans ces régions vlacées. Dix-neuf ans plus tard, elle s'avança jusqu'à la Rivière Rouge, mais toujours avec le même personnel, d'une gaucherie proverbiale, incapable de diriger un canot et redoutant sans cesse une rencontre avec Îles traiteurs canadiens, hommes hardis, d'une habileté sans pareille et exerçant sur les indiens un ascendant merveilleux.

Peu belliqueuse par instinct et comprenant le danger de se mesurer avec une Compagnie beaucoup plus forte qu'elle par le nombre et la valeur guerrière de ses hommes, la Compagnie de la baie d'Hudson se garda naturellement de toute agression et se borna à prendre les moyens de protéger son commerce.

Dès que les traiteurs de la Compagnie du Nord-Ouest se trouvèrent en contact avec les serviteurs de la Compagnie de la baie d'Hudsos

dans l'intérieur du pays, ils témoignèrent à leur égard la plus grande animosité,

Outre l'avantage que leur donnait une supé.

riorité numérique, les hommes de la Compagnie du Nord-Ouest étaient tellement dévoués et soumis à leurs maîtres qu'ils se croyaient obligés d'exécuter scrupuleusement leurs ordres quelque illégaux qu'ils fussent.

Tous les employés de la Compagnie de la baie d'Hudson devinrent dès ce moment en butte à une suite d'agressions auxquelles ils ne donnaient aucun sujet.

Les faits suivants vont donner une idée de là manière dont la Compagnie du Nord-Ouest entendait la concurrence avec sa rivale,

En l'année 1806, au mois de mai, un traiteur au service de la Compagnie de la baie d'Hudson se trouvaitavec quelques hommes dans un endroit appelé le Mauvais Lac, dans les limites du fort Albany. Assurément, c'était bien dans une partie du pays appartenant à la baie d'Hudson. Le nom de ce traiteur était Corrigal. La Compagnie du Nord-Ouest avait bâti une maison dans le voisinage du poste de Corrigal et elle y avait placé un commis du nom de Haldane avec plusieurs serviteurs. Une nuit pendant que Corrigal dormait dans sa maison avec ses hommes, ceux de Haldane vinrent se saisir de lui et de ses serviteurs, pillèrent son magasin dans lequel il \

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Haldane, pour justifier ce vol disait à Corrigal : ‘Je suis venu chercher des pelleteries... eh “ bien, je les prends où je les trouve.”

Un vol semblable eut lieu, peu de temps après, dans un poste auprès du Lac Rouge. Ce poste fut forcé par huit hommes qui, armés de pistolets et de couteaux, menacèrent de massacrer tous les serviteurs de la Compagnie de la baie d'Hudson, si on ne leur permettait pas de prendre les pelleteries qui étaient dans le magasin. Quelques jours plus tard, ils enfoncèrent le même magasin et enlevèrent une quantité considérable de drap, d'eau-de-vie, de tabac et de munitions, etc., etc.

Dans l'automne de 1806, un traiteur nommé John Crear, au service de la baie d'Fudson, gardait avec cinq hommes un endroit appelé la Grosse Chûte, près du lac Winnipeg. Un soir, deux canots montés par des serviteurs de la Compagnie du Nord-Ouest et commandés par Alexandre McDonell, vinrent camper auprès du poste de Crear. Le lendemain matin, quatre des envavés de Crear, sortirent pour aller faire la pêche à un mille du camp. Aussitôt qu'ils furent partis, McDonell vint avec ses hommes accuser

Crear d'avoir acheté des pelleteries d'un sauvase endetté à la Compagnie du Nord-Ouest ; c'était à un grand crime. Tous les Bourgeois et commis dela Compagnie du Nord-Ouest empêchaient bien les sauvages de payer leurs dettes à la Compagnie de la baie d'Hudson, et dans pareil cas, ce n'était pas une malhonnêteté, mais quand un sauvave devait à la Compagnie du Nord-Ouest, malheur à celui qui achetait ses pelleteries, même de bonne foi.

M. McDonell ordonna à Crear de lui livrer les pelleteries vendues par le sauvage, sint qu'il allait les prendre de force. Sur le refus de Crear, il enfonça les portes du magasin. William Plowman, le seul serviteur de Crear resté au poste voulut les empêcher d'entrer ; mais il fut renversé par un homme de McDonell pendant qu'un autre couchait Crear en joue avec son fusil. McDonell ayant empêché son serviteur de faire feu, celui-ci frappa Crear avec la crosse de son fusil et le jeta par terre tout baigné de sang, puis McDonell donna un coup de poignard à Plowman et le blessa dangereusement. Pendant cette scène, les engagés du Nord-Ouest pillaient le magasin, s'emparaient de toutes les pelleteries, d'une quantité de bœuf et delard salé, de viande sèche et d'un canot tout neuf.

Dan: le cours du mois de février 1807, le même McDonell envoya un de ses commis, avec un

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LA COMPAGNIE DU NORD-OUEST 235 certain nombre d'hommes, attaquer de nouveau Crear : ils le battirent ainsi que ses serviteurs de la manière la plus cruelle et lui prirent une vrande quantité de pelleteries ; de plus, ils le forcèrent sous peine de mort à signer immédiatement un billet affirmant qu'il avait cédé ces pelleteries de bonne volonté à la Compagnie du Nord-Ouest.

En 1808, John Spencer, officier de la baie d'Hudson, commandait un poste à Caribou,dans le voisinage d'un autre poste appartenant à la Compagnie du Nord-Ouest. Au printemps, William Linklater employé par la Compagnie de la baie d'Hudson, fut envoyé au devant de quelques sauvages et en obtint des pelleteries. En retournant à son poste, il fut rencontré par Duncan Campbell, associé hivernant de la Compagnie du Nord-Ouest. Les paquets de pelleteries étaient attachés sur un traîneau. Campbell somma Spencer de les lui livrer et sur son refus, il tira son poignard, coupa les traits du traineau et ordonna aux hommes qui l'accompagnaient de porter les pelleteries au fort du Nord-Ouest. Un des hommes de Campbell saisit Spencer par ses raquettes et le renversa sur la glace, pendant que les autres trainaient les pelleteries à leur fort. Ces pelleteries furent emportées au lac Supérieur comme retour de traite et jamais la Compagnie de la baie d'Hudson ne reçut de compensation.

Dans une autre occasion, à lle à la Crosse, le même Campbell attaqua deux serviteurs de la Compagnie de la baie d'Hudson et leur enleva leurs pelleteries de Ta même manière,

Quelques uns de leurs camarades ayant voulu leur porter secours furent attaqués par un plus crand nombre de serviteurs du Nord-Ouest ct repoussés avec violence et etfusion de sane.

En So, Fidler, commis de la baie d'Ffudson, fut envoyé de Churchill avec dik huit hommes pour établir un poste de commerce à File à Crosse. Durant le premier hiver, ileut quelque SUCCÈS, Mais, par la suite, on lui suscita des ditfi cultés sans nombre, Plusieurs fois déjà les officiers de la baie d'Hudson avaient essayé de fure la traite en cet endroit, qui est abondante en castor, et toujours 1ls avaient été obligés de renoncer à

leur entreprise. Les moyens employés à égard

de Fidler vont expliquer les raisons de ce défaut

de succès.

Fidler, durant le premier hiver qu'il passa à lle à la Crosse, avait eu pour compétiteur un nommé John MeDonell qui fut remplacé l'année suivante par Robert enry, parce qu'il n'était pas assez disposé à violer les rèvles de la probité et de la justice.

Eenry fut lui-même remplacé par Duncan Campbell, parce qu'il se montrait encore trop conciliant.

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La Compagnie du Nord-Ouest s'était acquis, à lle à la Crosse, ce relle appelait l'aflache ment des sauvages ; cest dire qu'elleles tenait SOUS l'empire de la crainte et que la seule vue d'un engagé de cette Compagnie suffisait pour les cHrayer.

Pour les maintenir dans cet esclavage, Campbell augmenta le nombre de ses hommes à le à la Crosse; 1 voulait par ce moyen empécherles sauvages d'avoir aucun rapportavec les traiteurs de la Compagnie dela baie d'Ffodson etintimider Fidler par la vue d'une force prête à l'écraser, silessayait de se défendre. On fit bâtir une petite maison près de son fort, de sorte qu'aucun SAUVALE NY pouvait entrer sans étre aperçu. On y locea un parti de batailleurs de professionnon seulement pour surveiller Les naturss du pays, mais encore pour harceler, jour et nuit, les servi leur bois de

teurs de la Compagnie. On volait

chauffage, on les gênait dans leur chasse, leurs

jardinages étaient détruits ; leurs lines tendues

pour la pêche étaient enlevées pendant la nuit et leurs filets, leur principal moyen de subsistance, étaient coupés en morceaux. Les scélérats ainsi postés pour surveiller Fidler passaient d'un acte de violence à un autre, et, de plus en plus confiants par le peu de résistance qu'ils rencon traient, ils donnèrent aux gens de la Conpagnie de la baie d'Hudson l'ordre formel de ne plus

sortir de leur fort. Ils accompagnèrent cet ordre

de tels actes de cruautés que les hommes de Fidler abandonnèrent ce poste et leur établis sement fut brûlé immédiatement. (1)

Cinq années de ces actes de violence suffirent pour ruiner le commerce de la Compagnie de la baie d'Hudson. En 1809, ses actions en Angle. terre, après avoir été cotées à 250 pour cent, tombèrent à 50. Pendant ce temps là, la Compagnie du Nord-Ouest n'avait fait que grandir: elle était à l'apogée de sa prospérité, ses Bourgeois en Canada tenaient partout le haut du paré, quand un événement imprévu vint changer la face des choses et faire évanouir en un moment tout le faste des Seigneurs du Nord.

(1) Tous ces faits, empruntés aux écrits de Lord Selkirk, ont cté corroborés par le témoignage des vieux traiteurs que nous avons con nus, et par la tradition, encore très vive à la Rivière Rouge, lorsque nous y arrivâmes en 1866: on peut donc les accepter comme très authentiques et dignes de foi, —NOTE DE L'AUTEUR,

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