D, CAMERON
Capitaine au corps des voyageurs.
Cet ordre fut remis à George Campbell, le plus actif d'entre ceux qui avaient déserté la colonie.
Tous les dimanches, les colons se réunissaient au fort Douglas (fort de la colonie) pour assister s à la lecture de la bible qui tenait lieu de sermon et, chaque lundi, ils revenaient pour recevoir une ration de provisions pour la semaine. A l'issue de l'assemblée du dimanche, Campbell lut aux colons l’ordre que lui avait confié Cameron et les avertit qu'il serait exécuté le lendemain. Malgré un tel avertissement, le gardien du fort, Archibald McDonell, croyait si peu que la Compagnie en viendrait à cet excès qu'il ne prit aucune précaution pour se garder et ne demanda aucun secours aux colons.
Après les sinistres prédictions de Cameron, qui annonçait l’arrivée de bandes de sauvages pour ruiner la colonie, c'était un acte de la dernière infamie que de dépouiller les colons des armes qu’on leur avait données pour se défendre
Mais nous allons
contre la férocité des indiens.
voir que les sauvages étaient moins redoutables
que les associés de la Compagnie.
Le lundi, 9 avril, pendant que les colons étaient au magasin du fort pour recevoir des vivres, George Campbell, suivi de plusieurs métis engagés au service de la Compagnie et parmi lesquels étaient Cufhbert Grant, William Shaw, et Peter Pangman, se présenta à la maison du gouverneur de la colonie et signifia régulièrement à M. Archibald McDonell de lui remettre les armes, canons et fusils qui se trouvaient dans le fort, et, pour montrer qu'on ne venait pas seulement pour parlementer, les portes du magasin furent immédiatement brisées et on enleva neuf pièces de campagne. Cameron, qui s'était tenu caché à quelque distance du fort avec une autre bande d'hommes armés, vint se Joindre à Campbell pour emporter le butin au fort Gibraltar.
Une fois le fort Douglas désarmé, il ne restait plus à Cameron que de s'emparer du gouverneur Macdonell pour être complètement maître de la situation et exécuter son plan. Les fermiers écossais, sans chefs et sans protection, n'avaient plus alors qu'à quitter leurs terres, soit pour retourner en Ecosse par la baie d'Hudson, soit pour descendre en Canada par les canots de la Compagnie du Nord-Ouest qui leur offrait un passage gratis.
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Quelques semaines avant la saisie des canons du fort Douglas par Cameron, un autre associé de la Compagnie, Norman McLeod, magistrat pour les territoires sauvages, avait lancé contre le gouverneur Macdonell un mandat d'arrêt sur l'accusation de s'être emparé des vivres qui appartenaient à la Compagnie.
Cameron et ses gens se chargèrent de faire exécuter ce mandat.
Le gouverneur refusa d'abord de s'y soumettre, ne reconnaissant à McLeod aucune juridiction sur sa personne, mais voyant que des menaces on en venait aux actes de violence et afin d'éviter l'effusion du sang, il se livra prisonnier pour être conduit à Montréal. Au fond, on ne tenait pas à lui faire un procès, mais on voulait priver les colons de sa protection. Cameron avait promis aux colons que les hostilités cesseraient contre eux du moment que Ce fut une répétition de la fable du loup conseillant aux moutons de se défaire du berger. A peine Miles Macdonell était-il embarqué sur les canots que
le gouverneur serait prisonnier.
Cameron et ses gens levèrent le masque; les affaires marchaient trop bien à leur gré pour s'arrêter en chemin.
Vers le milieu de mai, Alexandre McDonell, l'associé de Cameron, qui avait passé l'hiver
à Qu'Appelle pour enrégimenter des sauvages et des métis, était arrivé avec ses bandes annoncées depuis longtemps. La Compagnie eut bien désiré faire commettre par les indiens tous Îles actes odieux qu'elle méditait contre la colonie. Mais ceux-ci ne voulurent pas s'y prêter et se montrèrent, en vérité, plus civilisés que ceux qui les employaient. Après quelques semaines, ils retournèrent chez eux, peu satisfaits de leur voyage, mais, avant de partir, ils envoyèrent le ‘“ calumet de paix ” aux colons comme gage de leur amitié.
À peu près vers la même époque, au printemps
de 1813, deux associés de la Compagnie avaient offert à un chef sauvage, au lac du Sable, toutes les marchandises et le rhum qu'il y avait dans les magasins du Fort William, s'il voulait déclarer la guerre aux colons de la Rivière Rouge. Voici la déclaration donnée par ce chef sauvage devant le juge de paix J. Askin, à l’île Drummond, au département des indiens :
“ Katawabetay (c'est le nom du chef) déclare qu'au printemps de 1815 comme il était au lac du Sable, McKenzie et Morrisson lui dirent à lui qu'ils lui donneraient à lui et à ses gens tous les effets ou marchandises ainsi que le rhum qu'ils avaient au fort William et au lac du Sable, si, lui,
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Katawabetay et ses guerriers, voulaient déclarer
la guerre aux colons de la Rivière Rouge : sur
quoi, il demanda à McKenzie et à Morrisson si la
demande de faire la guerre aux colons était faite
par les ordres des grands chefs à Québec et à
Montréal, où par les officiers commandant à
l'île Drummond ou enfin par le juge de paix ]. Askin.
fut que la demande venait des agents de la
La réponse de McKenzie et Morrisson
Compagnie du Nord-Ouest qui désiraient que
l'établissement fut détruit parce qu'il leur nuisait ; ;
sur quoi Katawabetay dit que ni lui ni ses gens
n'acquiesceraient à leur demande avant d'avoir
vu et consulté le juge de paix J. Askin ; qu'après
cela, lui, chef des indiens, se gouvernerait suivant
l'avis qu'il aurait reçu.”
(Extrait des minutes tenues au département des sauvages de l'île
Drummond.)
JOHN ASKkIN J. P.
Telle était la malice infernale de ces associés
de la Compagnie du Nord-Ouest qui ne recu-
laient pas devant le crime épouvantable de faire
massacrer toute la colonie de Lord Selkirk afin
de rester les seuls maîtres dans le pays. Mais
nous ne sommes pas au bout de leurs infamies.
Le moment du départ des canots pour le fort
William approchait, et plus des deux tiers des
colons n'avaient pas encore consenti à abandonner
leurs terres pour accepter les promesses de Cameron. Les indiens amenés par McDonell n'ayant rien voulu entreprendre contre la colonie, force fut donc aux associés de la Compagnie d'agir eux-mêmes, avec les serviteurs et les métis qui demeuraient autour du fort Gibraltar.
Après plusieurs manifestations menaçantes, Cameron voyant que rien n'avançait et que les colons continuaient à travailler sur leur fermes, se détermina à recourir à la violence pour les chasser du pays.
Le 11 juin au matin, (c'était un dimanche), Séraphin Lamarre, commis, Cuthbert Grant, William Shaw, Peter Pangman, dont les noms ont déjà figuré, sortirent du fort Gibraltar avec une quantité de fusils pour armer les métis et les serviteurs de la Compagnie qui demeuraient dans les environs. Au nombre d'une vingtaine, ils se rendirent dans un taillis non loin de la résidence du gouverneur et commencèrent leurs opérations en tirant sur le chirurgien, M. White, qui passait près de là. Ceux qui étaient à l'intérieur de la maison ayant voulu riposter, le feu des assaillants
devint plus vif et plus nourri ; quatre des assiégés
furent grièvement blessés ; l'un d'eux mourut le lendemain.
Cameron était resté dans son fort poursurveiller de loin l'attaque. Après quelques heures, il vint
en :
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au-devant de ses gens pour les féliciter sur la manière dont ils s'étaient acquittés de leur mission,
Les colons s'étaient donc gravement trompés en s'imaginant que les hostilités cesseraient du moment que le gouverneur se serait livré prisonnier,
Quelques jours après cette lâche attaque, les hostilités commencèrent de nouveau, On tira sur les habitants de la colonie ; plusieurs fermiers qui travaillaient sur leurs fermes, furent faits prisonniers. Les chevaux furent amenés au fort Gibraltar et le bétail chassé au loin. Un magnifique taureau appartenant à l'établissement fut tué et coupé en morceaux en présence des habitants du fort de la colonie : et, pour montrer qu'il était déterminé à compléter son plan de destruction, Cameron établit vis-à-vis de l'établissement écossais un camp composé d'une soixantaine d'engagés, commis et métis, pour repousser tout secours qu'on tenterait de porter à la colonie.
Dès lors, il était visible que les colons n'avaient qu'à tout abandonner pour retourner dans leur pays ou bien à se laisser conduire en Canada.
Le vingt-deux juin, ils firent avertir Cameron qu'ils seraient tous prêts à partir dans deux
jours. Le 24 juin, une soixantaine de colons,
sous la conduite de deux sauvages, gagnèrent
le lac Winnipeg, en route pour la baie d'Hud:son. Le 25 juin, Séraphin Lamare, commis
de la Compagnie du Nord-Ouest, accompagné
de cinq ou six serviteurs, se rendit à l'établisse-
ment écossais pour y brûler les maisons et autres bâtiments construits par les colons. Le soir, tout était réduit en cendres : la colonie de Lord Selkirk était détruite et l'œuvre de Cameron
consomimée.
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