‹ L'Ouest canadien [microforme]Chapitre 96 sur 121 · LS L'OUEST CANADIEN · texte numérisé non relu

LS L'OUEST CANADIEN

üons que les colons d'Écosse. Ils exigèrent en

outre que celui-ciles feraient reconduire en Europe

a ses frais, s'ils n'étaient pas satisfaits du pays.

Sa Seigneurie les engagea révulièrement par écrit et leur fournit des armes, comme il l'avait fut pour tous les autres colons ; précaution fort utile, qui avait déjà été approuvée par le gou vernement en IS13.

Lord Selkirk, suivi de cette petite troupe, se nuit en route pour la Rivière Rouge vers le com mencement de juin; les préparatifs qu'il avait été obligé de faire avaient retardé son départ jusqu'à ce moment,

Dès les premiers jours de mai, cependant, il avait envoyé en avant un détachement d'hommes montés sur des canots légers pour aller annoncer aux colons sa prochaine arrivée. Il espérait être rendu à la Rivière Rouge avant que de nouvelles hostilités contre la colonie eussent été entreprises. Le gouverneur du Canada avait accordé à Lord Selkirk une garde composée d'un sergent et de sept soldats pour sa sûreté personnelle. C'était de l'Ile Drummond dans le lac Huron que cette varde devait l'accompagner, cette île étant la dernière où il y avait une garnison anglaise dans ces quartiers.

À la tête de la petite brigade que Lord Selkirk avait dépêchée en avant, se trouvait M. Miles Macdonell, le premier gouverneur de la colonie,

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que la Compagnie du Nord-Ouest avait envoyé prisonnier à Montréal l'année précédente. Mais comme on n'avait fourni aucune preuve des accusations portées contre lui, il n'avait pas subi de procès et Lord Selkirk le renvoyait à son poste, au Fort Douglas,

Lorsque Lord Selkirk et ses hommes arrivèrent au Sault Ste-Marie, à la décharge du lac Supérieur, ils aperçurent deux canots, sur l'un desquels était M. Miles Macdonell. Ce dernier venait annoncer que la colonie avait été détruite une seconde fois par la Compagnie du Nord-Ouest et qu'il n'en restait plus que des ruines.

Les détails qu'il avait recueillis en route étaient navrants. Le gouverneur Semple, de la Compagnie de la baie d'Hudson, à qui était confié le soin du Fort Douglas, avait été tué ainsi que vinet-ct-un de ses hommes ; le fort Douglas était tombé aux mains de la Compagnie du Nord-Ouest. Quelques-uns des colons avaient été conduits prisonniers au fort William : les autres avaient été placés sur des bateaux et envoyés à la baie d'Hudson.

Cette affligeante nouvelle obligea Lord Selkirk à changer son itinéraire. Il s'était d'abord proposé de passer par l'endroit appelé Z'ond du Lac, à l'extrémité ouest du lac Supérieur, puis par la rivière St-Louis et le lac Rouge, où il devait rencontrer les canots et les provisions qu'il avait

commandé de lui envoyer de la Rivière Rouge.

Il avait choisi cette route pour éviter toute collision avec les établissements de la Compagnie du Nord-Ouest, surtout avec l'établissement du fort William, qui était son château-fort.

En apprenant que sa colonie était ruinée et ses habitants dispersés, il changea son plan et résolut d'aller droit au fort William demander la mise en liberté de ses gens emprisonnés.

Avant de quitter le Sault Ste-Marie, il écrivit lui-même la dépêche suivante à sir John Coape Sherbrooke, tout récemment nommé gouverneur

du Canada.

Sault Ste-Marie, 29 juillet 1816.

Excellence,

“ C'est avec un.sentiment de la plus vive douleur que j'ai à vous annoncer la nouvelle qui m'est parvenue, il y a peu de temps, du succès qui a couronné cette année les trames affreuses de la Compagnie du Nord-Ouest. De nouveau, elle a réussi à détruire l'établissen at de la Rivière Rouge et, cette fois, elle y a joint le

massacre du gouverneur et d'une vingtaine de ses habitants.

‘“ Les circonstances qui ont accompagné cette catastrophe et celles qui l'ont amenée ne me sont encore parvenues que d'une manière imparfaite. Je suis persuadé que la Compagnie du Nord-

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Ouest en est beaucoup mieux informée, mais l'intérêt qu'elle a à présenter les faits sous un faux point de vue, est trop évident pour qu'il soit nécessaire de faire aucune remarque à ce sujet. Tout ce dont je suis certain, c'est que M. Semple n'était pas un homme à agir d'une manière assez violente ou illégale pour autoriser une attaque semblable à celle qui a eu lieu. Je me flatte d'obtenir sous peu de jours des renseignements plus exacts sur ce sujet au fort William où se trouvent actuellement un grand nombre de personnes qui doivent avoir une connaissance personnelle de ces faits et auxquelles je me propose, comme magistrat, de demander des informations.

“ Dans la situation délicate où je me trouve, étant moi-même partie intéressée, j'aurais désiré que quelqu'autre magistrat se chargeât de cette affaire.

“ Dans cette vue, je me suis adressé à deux magistrats pour le district de l'ouest dans le Haut-Canada, les deux seules personnes ainsi commissionnées (MM. Askin et Ermatinger) que l'on pouvait espérer vouloir se rendre à une telle distance. Mais ces deux messieurs ont des affaires qui les empêchent de se rendre à ma prière ; je suis en conséquence réduit à l'alternative, ou d'agir seul, ou de laisser impuni un crime affreux. Dans de semblables circonstances,

je crois qu'il est de mon devoir d'agir, quoique je ne sois pas sans redouter que cette classe d'hommes accoutumés à considérer la force comme le seul droit reconnu, ne s'oppose ouver tement à l'exécution de la loi.

Jai l'honneur d’être, etc., etc.

SELKIRK

Du Sault Ste-Marie, Lord Selkirk suivit le côté nord du lac Supérieur et se dirivea en toute hâte vers le fort William, où il arriva dans l'après-midi du 12 août, Il fit entrer ses bateaux dans la rivière Kaministigoya, débarqua tout son monde et fit dresser les tentes à un mille audessus du fort, sur le côté sud de la rivière. Le total de sa brigade se montait à cent dix hommes : deux capitaines, deux lieutenants, quatre-vingts soldats du régiment de Meuron, vingt de celui de Watteville, six hommes et un officier du 37°"° comme garde de corps de Lord Selkirk, le

capitaine De Lorimier, interprète, ct un sauvage

de Caughinawaga, près de Montréal. Il y avait alors dans le fort William un grand nombre d'associés de la Compagnie du Nord-Ouest, M. William MecGillivray, leur principal agent, s'y trouvait pour assister à l'assemblée annreile. Autour du fort, plus de deux cents hommes, tant canadiens que sauvages, étaient campés.

Lord Selkirk envoya sur le champ demander

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à M. McGillivray la mise en liberté des personnes emmenées de la Rivière Rouge et gardées prisonnières parce qu'elles avaient pris part à la défense de la colonie, MM. Pembrun, Pritchard, Nolin et quelques autres eurent la permission de sortir pour aller au camp de Lord Selkirk ; les renseiwnements qu'ils donnèrent sur les affaires de la colonie se trouvèrent d'une nature tellement grave que Sa Seigneurie se décida à lancer immédiatement des mandats d'arrêt contre plusieurs associés de la Compagnie du Nord-Ouest.

Le lendemain, 13 août, il confia ces mandats à John MeNabb et M. McPharson, pour les faire exécuter, Accompagnés de neuf hommes armés, montés sur un bateau, ils traversèrent la rivière Kaministisoya et vinrent aborder près du Fort. Voici comment John MeNabb rend compte de sa MISSION.

“ Lorsque nous fûmes arrivés vis-à-vis Ja “ porte, nous mimes pied à terre et nous nous ‘“rendimes au fort en passant à travers un “ nombre d'hommes qu'il y avait à l'entrée. Nous “ demandâmes M. McGillivray qui nous dit “ d'entrer dans son appartement et là le mandat “lui fût donné. Il se conduisit comme un gen- “ tilhomme et se prépara à nous accompagner, ‘ demandant un peu de temps pour s'entretenir avec deux de ses associés, MM. Kenneth “ McKenzie et John McLaughlin. Le but de

LU

cet entretien était de les porter à l'accompagner et à se proposer pour caution. Cela lui fut accordé et les trois messieurs nous accompagnèrent dans un de leurs canots comme ils l'avaient demandé, Peu après leur arrivée, Lord Selkirk ordonna que nous arrêtassions MM. McKenzie et McLaughlin, parce qu'il y avait de fortes accusations portées contre eux. Cela fait, on nous dit de retourner au fort avec le capitaine d'Orsonnens, le lieutenant Fauche ‘et vingt-cinq hommes du régiment de Meuron ‘ pour arrêter tous les autres associés de la Compagnie du Nord-Ouest. Nous nous rendîmes devant la porte du fort où étaient assemblés beaucoup de sauvages. Le inandat fut donné à deux des associés, mais quand nous voulûmes

arrêter le troisième, on opposa de la résistance et on déclara qu'on ne se soumettrait plus aux ordres, à moins que M. MecGillivray ne fut relâché. En conséquence, on me poussa en dehors du fort, et on essaya de fermer les deux battants de la porte. En ce moment, j'exprimai au capitaine d'Orsonnens le désir d'être soutenu ; il accourut aussitôt à la porte

avec plusieurs hommes et empêcha qu'elle ne

“ fut fermée. Le capitaine ordonna que celui “ qui avait opposé de la résistance fut saisi et “ mené à l’un des bateaux. McPherson et moi “ nous avançâmes alors dans le fort, soutenus

accompaela lui fut accompaomme ils r arrivée, rêtassions ce qu'il y )ntre eux.

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par le lieutenant Fauche, Le capitaine d'Orsonnens arriva promptement avec le reste des hommes qui étaient tous armés. Ils coururent

en avant et en un moment prirent possession

de deux petits canons qui étaient placés dans

la cour en dedans de la porte. Les canadiens

se dispersèrent et toute apparence de résis- “ tance cessa. Nous exécutâmes ensuite régu- “ lièrement notre devoir en arrêtant les autres ‘ messieurs nommés dans le mandat.”

Les prisonniers furent envoyés à Lord Selkirk, qui, après les avoir examinés, leur permit de retourner pour la nuit à leurs appartements respectifs dans le fort, sous la condition expresse qu'ils ne commettraient aucun acte d’hostilité : ce qu'ils promirent sur leur parole d'honneur.

Vingt hommes armés, sous les ordres du lieutenant Graffenreid, passèrent la nuit au fort et tous les papiers de la Compagnie furent mis sous scellés.

Bien que les associés de la Compagnie du Nord-Ouest eussent donné leur parole d’honneur que tout resterait comme Sa Seigneurie l'avait ordonné, cependant ils firent partir durant la nuit un canot chargé d'armes et de munitions et brûlèrent un grand nombre de lettres de nature à les compromettre, Le lendemain, les hommes de Lord Selkirk trouvèrent dans un champ, près

du fort, huit barils de poudre qui avaient été

3260 L'OUEST CANADIEN transportés là durant la nuit. Ils trouvèrent aussi une tas de foin, ane cinquantaine de fusils chargés tout récemment.

Ces découvertes firent soupçonner qu'on avait dessein de faire attaquer, au dépourvu, Îles hommes de Lord Selkirk par les engagés de la Compagnie. Pour plus de sûreté, ceux-ci furent envoyés de l'autre côté de la rivière Kaministigoya ; on s'assura de leurs canots en les mettant dans le fort et les prisonniers furent

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surveillés de plus près.

Comme Lord Selkirk ne pouvait plus compter sur la parole d'honneur des associés de la Compagnie du Nord-Ouest, ils furent tous emprisonnés séparément et gardés à vue. Après avoir pris toutes les mesures nécessaires pour la sûreté de son camp, Lord Selkirk procéda à l'examen des prisonniers et ceux-ci lui parurent tous assez criminels pour être envoyés sous escorte à York, dans le Haut-Canada. Ils partirentle 18 août montés sur trois canots bien pourvus de ce qui était nécessaire pour le voyage.

Reportons-nous maintenant à la Rivière Rouge et reprenons-les événements au mois de décembre 1815, au moment où J.-B. Lajimonière se mettait en route pour Montréal, porteur d'un message pour Lord Selkirk.

Ce message, nous l'avons dit, était envoyé par Colin Robertson qui avait ramené de Ÿack River

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House les colons écossais chassés de la Rivière Rouge par Cameron, après la ruine de la colonie et les avait rétablis sur leurs fermes au mois d'août 1815. Robertson qui envoyait porter cette bonne nouvelle à Lord Selkirk, lui deman-

dait en même temps du secours pour prévenir

un autre désastre,

Le petit groupe de colons ramenés sur les fermes, se fortifia durant l'automne, par l'arrivée d'un convoi d'émigrants venant des montagnes d'Ecosse.

Duncan Cameron, le principal auteur du mal commis contre les émigrants, était revenu à la Rivière Rouge, et s'était installé dans le fort de la colonie resté aux mains des serviteurs de la Compagnie du Nord-Ouest, près la destruction de l'établissement. De là il s'était mis de nouveau à harceler les colons. Colin Robertson voulut mettre un terme à ces intrigues. Au mois d'octobre, aidé par les colons, il reprit le fort Douglas, en chassa Cameron, recouvra deux pièces de canon et trente fusils, que les associés de la Compagnie avaient volés le printemps précédent. Quelques semaines plus tard, ayant surpris Cameron chez les colons, il le fit prisonnier pour le punir de ce qu'il cherchait encore à semer un mauvais esprit parmi eux ; cependant il le relâcha, sur la promesse qu'à l'avenir il resterait tranquille dans son fort Gibraltar.

Alex. McDonell, l'ami de Cameron, avait, lui aussi, été renvoyé à son poste de Qu'Appelle pour soulever les sauvages et les métis. Des lettres interceptées par Colin Robertson lui révélèrent la trame d'un nouveau complot contre la colonie. Le 13 mars 1816, Alexandre McDonell écrivait de la rivière Qu'Appelle à son ami Cameron au fort Gibraltar.

‘ J'ai reçu votre lettre de la Rivière la Souris.

Je vois avec plaisir les démarches hostiles de

nos voisins.—Il se forme ‘in orage dans le

Nord ; il est prêt à crever sur la tête des misé-

rables qui le méritent. Ils ne connaissent pas

le précipice ouvert sous leurs pas. Ce qu'on a

fait l'an passé n'était qu'un badinage. La nation

nouvelle s'avance sous les ordres de ses chefs

pour nettoyer leur pays de ces assassins, qui

n'y ont aucun droit : Giocrieuse nouvelle

d'Athabaska, (1)

ALEX. MCDONELL,

Le même jour À. McDonell écrivait au Sault Sainte-Marie à un de ses amis.

“ Je suis au poste de la Rivière Qu'Appelle, ‘“ me donnant des airs avec mon épée et mes ‘“ épaulettes d’or, dirigeant et faisant vos affaires. “SirWilliam Shaw rassemble tous les Bois- Brûlés

i1) Cette glorieuse nouvelle d’Athabaska était la mort de 18 servi-

teurs de la Compagnie de la baie d'Hudson, qui avaient tous péri de faim durant l'hiver.

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(métis) des départements voisins. Il a envoyé “ordre à ses amis de ces quartiers de se tenir

“ prêts à entrer en campagne. [la déjà rassemblé

“tous les Métis jusqu'au fort des Prairies. Dieu “ seul connaît ce qui en va résulter.”

Cutbert Grant, (métis), commis de la Compagnie du Nord-Ouest et chef principal des métis, écrit du même lieu à Alexandre Fraser métis, commis de la Compagnie,

{!3 mai 1816),

“ Je prends la liberté de vous adresser quelques “Tignes pour vous donner des nouvelles de nos

pa

compatriotes, les métis du fort des Prairies et

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