ACTE PREMIER
côté du vaste et joyeux monde ! Oh ! mon île de là-bas, si verte, si claire, si parfumée, et toutes les autres îles, et les continents immenses, et les mers, et les océans qui jamais ne finissent !
RICHARD, souriant.
Oui, je sais, toujours par les mers, Lulu, fille adoptive de mon cœur, ma petite hirondelle voyageuse, Lulu, nom de musique et de caresse, Lulu, brise du soir dans les palmes légères, Lulu, murmure cristallin du ruisseau sous les herbes, Lulu, gazouillis parmi les branches de l’oiseau chanteur !
LULU
C’est pour toi que l’oiseau chante, maître, et c’est toi Tjue partout la petite hirondelle accompagne, Lulu qui ne t’a plus quitté depuis que tu as été bon, Lulu qui ne te quittera plus dans l’éternel voyage ! (Gervais est rentre en
scène. Il regarde Richard, s'étonne, he'site, puis le reconnaît, très ému. Lulu se retire un peu à l’écart, sauYagement, dès que Gervais s’avance.)
GERVAIS
Alors, c’est bien vrai, c’est vous, patron Richard !
RICHARD, le reconnaissant, lui serrant les mains, joyeux.
Gervais !
GERVAIS
Je croyais bien mourir sans vous revoir.
l.’OUUAGAN
RICHARD
Oui, j’avais juré de ne plus revenir. Mais la tempête me ramène... Et tout va bien à la maison?
G ER VAIS
.le ne suis plus des vôtres, j’appartiens maintenant à dame Marianne.
RICHARD, étonne.
Toi ! toi qui nous a bercés, qui nous a mis la première rame à la main !
LU LU, s’avançant.
Maître, je te laisse... Ce sont les tiens, ceux d’autrefois, et je n’ai rien à faire ici. Mon cœur n’y est pas, je ne te veux que pour le toujours de demain. Mais, dès que le vent sera tombé, souviens-toi que le navire t’attend, et qu’il repartira, et nous emmènera, à jamais, par l’infini des mers.
RICHARD
Va, Lulu, petite sauvage. Reste l’inconnu, le continuel départ pour des cieux ignorés... Gervais, reconduisla jusqu au navire. (Gervais emmène Lulu par le fond. Le ciel et la mer deviennent noirs, l’ouragan grandit de plus en plus.)