SCÈNE VI
RICHARD, JEANINE, puis LANDRY.
JEANINE, sortant lentement de la maison, apercevant Richard, puis se jetant à son cou.
Richard !.. Richard !.. 0 Dieu bon ! sauvez-moi!
RICHARD, bouleverse.
Jeanine, qu’avez-vous ?... Pourquoi ce cri de détresse?
JEANINE, se dégageant.
Rien! rien !... Qu’ai-je dit? C’est la surprise de vous retrouver là, si brusquement, lorsque je croyais ne vous revoir jamais.
RICHARD, la regardant.
Mais vous avez pleuré, Jeanine. Votre pauvre visage, si beau, est maigri par les larmes... Vous n’ètes donc pas heureuse?
JEANINE.
Heureuse, si, je vous l’assure... Heureuse autant
qu’une femme peut l’être... (Prise de terreur en entendant Landry venir.) Ah ! Richard, cachez-vous, cachez-vous, le
voici ! (Stupéfait, Richard se recule et regarde.)
LANDRY, furieux, sans voir son frère.
Quinze écus! Marianne ose m’offrir quinze écus de ces filets qui m’en ont coûté cent!.. (S’avançant sur Jeanine).
Et c’est ta faute, paresseuse qui n’as pas eu le cœur de les réparer !
JEANINE.
Ma faute?
LANDRY
Oui, ta faute si j’ai vendu les barques, si je vends les filets, femme de trouble et de malheur !
JEANINE.
Ma faute si tu joues, si tu bois, maintenant?
LANDRY
Ah ! c’est assez ! (Levant le poing sur elle). Tais-toi !
RICHAUD, lui retenant le bras.
Malheureux, tu la bats!
LANDRY, se retournant, le regardant.
Qui donc es-lu, toi qui te mêles de nos affaires?... Richard ! lu es mon frère Richard ? tu n’es pas son fantôme? Est-ce donc l’ouragan qui t’apporte?... Et que
dis-tu ? que veux-tu ? (Terrifiée, Jeanine s'est reculée et a laissé les deux hommes face à face. L'ouragan grandit toujours.)
RICHARD
Je dis que c’est lâche à toi de la battre, et je veux que tu sois le Landry d’autrefois, mon petit frère. Tu ne te souviens donc plus?... Nous nous sommes adorés!