SCÈNE PREMIÈRE JEANINE, LULU
(Jeanine est couchée sur la mousse, au pied de l’arbre, enveloppée dans un manteau. Lulu est près d'elle, qui la veille, pendant qu elle dort.)
LULU
Elle était si lasse, elle s’est endormie. Telle qu’un chant de flûte, la chanson de Lulu la bercera dans son rêve, calmée et confiante.
(Elle chante doucement.)
L’île de joie où Lulu est née, est comme un bateau de teuillage, à l’ancre dans l’archipel parfumé. Les fleurs
y sont pareilles à des lunes d’or, les fruits y ont le goût délicieux du miel. Il ne monte des herbes heureuses qu’un bruit de rires et de caresses.
L’ile d’amour où Lulu a grandi, semble parfois, lorsque passe la brise, frémir pour le départ. Les arbres et les filles, aux grands cœurs qui battent, y soupirent du besoin d’accompagner le soleil dans sa ronde. C’est le désir qui la soulève et qui l’emporte.
L’ile d’infini où Lulu aimera, est l’ile voyageuse qui s’en va sur les eaux, quand le désir souffle. Elle flotte, elle vogue à l’inconnu, dans sa passion de l’astre qui jamais ne s’arrête. Toujours plus loin, et dans plus de tendresse, et dans plus de soleil.
JEANINE, s éveillant peu à peu.
Un oiseau chante, quel est ce rêve si doux?... (Tout à fait réveillée, reprise de frayeur.) Graild Dieu ! je lïie SOU-
viens !... Personne n’est-il là qui me menace ?
LULU
Non, rassurez-vous... Le maître m’a dit de veiller sur votre sommeil, et j’ai fait bonne garde... Nous sommes seules.
JEANINE.
C’est vrai, j’ai fui, et comme une barque en détresse, j’ai couru m’abriter à la baie de Grâce... Quelle douceur et quelle paix souveraines, lorsque, près de nous, l’ouragan hurle et fait rage !