‹ L'OuraganChapitre 3 sur 79 · SCÈNE PREMIÈRE JEANINE, GERVAIS · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE JEANINE, GERVAIS

(Elle, assise, raccommode des filets. Lui, debout, au fond, regarde s’en aller les barques.)

LES PECHEURS, dans les barques, et dont les voix se perdent au loin.

Par les beaux temps, par les gros temps, les barques de Goël s’en vont à la pèche, pour les maigres hasards des filets, ô mer douce et mauvaise, exécrée, adorée!

GERVAIS

Nos barques sont parties, et que Dieu les protège !

LES PÉCHEURS, plus lointains.

Dans l’éternel danger, les pêcheurs de Goël sont joyeux, clair soleil, et te disent merci de la belle journée!

GERVAIS

Là-bas, mon Pierre, mon Jacques, mes deux chers petits-fils, ont disparu, et que Dieu les protège!

LES PÉCHEURS, plus lointains.

Merci, clair soleil, merci de la mer calme et bienveillante, en attendant la mer furieuse que démonte l’ouragan !

(Les voix s’éteignent.)

JEANINE, qui a laissé tomber son aiguille, oisive, rêveuse.

Goël! Goël! île farouche et solitaire, île de roc nu, vierge encore et sauvage après des mille années, gardée pure de tous côtés, au loin, par sa ceinture de brisants, où les navires en voyage au moindre vent s’écrasent!

Goël! Goël! dur granit ignorant de la charrue et du blé, où depuis des mille années ne peuvent vivre que deux familles de pêcheurs rivales, les femmes toutes grandes et belles, les hommes tous braves et forts!

Goël ! Goël ! côte écartée et redoutée, dont les pêcheurs, toujours en mer, leur mer de tempête, sont rois loin du monde, depuis des mille années, libres et seuls maîtres de leur roc battu par les vents et les Ilots !

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