ACTE PREMIER
GERVAIS, regardant toujours la mer, où les barques ont disparu.
Ah! que Dieu protège les barques de Goël !
JEANINE.
Mais le ciel est pur, la mer est calme.
GERVAIS
Non!... Là-bas, à l’horizon, voyez-vous ce point noir, presque invisible encore, et qui grandit?... Déjà, la mer m’a pris le père, François, mon grand fils. Aujourd’hui, que Dieu protège mon Pierre et mon Jacques, mes deux chers petits-fils!
JEANINE, languissante.
Mon bon Gervais, tu te trompes, il fait si clair et si doux!
GERVAIS
Non, non! dame Jeanine, un vieux comme moi, tanné par les orages, ne se trompe pas... (Une voile parait à rhorizon.) Et, tenez! ce navire, là-bas, parmi les brisants, est perdu, s’il ignore notre baie de Grâce.
JEANINE, oisive, rêveuse, reprenant son chant.
Goël! Goël! malheur au navire surpris dans tes eaux par l’ouragan, s’il ne connaît l’étroit chenal, et s’il ne s’abrite dans ta baie de Grâce, le port naturel, secret et délicieux, qui se creuse à ton flanc!
Goël! Goël West ton paradis, ta merveille, ta baie de Grâce, aux flots toujours calmes, aux rives de verdure, où se dresse l’arbre géant d’amour et de refuge, jardin
miraculeux que tes roches abritent de leur stérilité, et dont les courants tièdes font fleurir l’éternel printemps !