ACTE QUATRIÈME
déjà, sans rancune, ont repris la mer. Bon vent et bonne pèche aux pêcheurs de Goël !
MARIANNE
Ah ! les vaillants, les cœurs simples et forts, insoucieux du danger, que l’éternelle espérance emporte dans le souffle du large !
LES PÉCHEURS, plus lointains.
Chantez, les bons matelots, chantez la vie! Les morts sont morts, qu’ils dorment leur sommeil ! Fais-nous vivre, mer joyeuse aujourd’hui, mer féroce demain qui nous fera mourir. Bon vent et bonne pêche aux pêcheurs de Goël !
MARIANNE
Ah ! que le ciel reste pur, que la tempête ne les ramène pas, corps livides, roulés et meurtris sur le sable !
LES PÊCHEUPiS, plus lointains.
Chantez, les bons matelots, chantez la joie ! Chantez, les braves ! Et si c’est à nous de mourir, prends-nous joyeusement, ô mer, femme traîtresse, exécrée, adorée. Bon vent et bonne pêche aux pêcheurs de Goël !
(Les voix s’éteignent.)
MARIANNE
Ils chantent, ils vont à la joie, à la vie, à l’espoir. Un rayon de soleil a suffi sur la douceur des flots. Et jamais plus tu ne luiras dans mon cœur, rayon de l’espérance et
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de l’oubli, jamais lu if elTaceras le sang dont ma main est trempée.
Mon destin est rempli. J’ai creusé cet abîme, le mort vengeur me sépare de l’homme que j’aime. Et je vais rester seule ici, seule, grand Dieu ! et souveraine sur cette terre où l’autre dort !
Non ! les soirs de tempête, lorsque la mer hurlerait, j’aurais peur, dans ma royauté. Je neveux pas que Richard emmène Jeanine. C’est trop cruel d’être seule, de pleurer seule. Et je saurai bien la garder, pour qu’elle pleure avec moi ! (En voyant Richard et Jeanine sortir de la maison, elle se cache derrière un rocher, à gauche.)