‹ L'OuraganChapitre 38 sur 79 · ACTE QUATRIEME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIEME

JEANINE, caressante.

Oui... Pourquoi doue aller chercher le bonheur si loin, lorsque désormais il peut être ici, sur cette terre étroite où nous sommes nés?

Le bonheur ici, ah ! jamais !

JEANINE.

Rien ne nous y sépare plus. La maison des aïeux nous attend.

RICHARD, avec un frisson.

Non, non! Tout nous y séparerait. Ma chair tremble à l’idée seule d’y rentrer... Oserais-tu donc m’embrasser là?

JEANINE.

Mais oui, pourquoi n’y vivrions-nous pas heureux?

RICHARD

Ah! femme, femme oublieuse qui rebâtit si vile son bonheur sur les ruines qu'elle a laites!... Non, non! entre tes lèvres et les miennes, il y aurait toujours l’ombre froide de celui qui n’est plus.

JEANINE.

Maintenant qu’il est mort, je lui pardonne, et rien de lui ne reste cm moi, ni tendresse, ni haine, pas même le souvenir... C’est toi que j’aime, toi seul existes.

RICHAUD

Rester ici ! es-tu donc lasse déjà du long voyage que lu fais depuis hier, dans ton ardent désir du départ?

JEANINE, caressante.

Je ne sais, je ne suis qu’une enfant... Richard, l’ile cherchée, l’ile fortunée et déserte, ne serait-ce point la nôtre? C’est si loin, tout ce bonheur que tu me promets ! Et j’ai tant de hâte d’être heureuse, d’être aimée !... Oui, lasse, je dois être lasse, peut-être lasse d’avoir déjà trop vécu notre amour dans les alarmes.

RICHARD

Lasse d’aimer avant d’avoir aimé, éternelle amoureuse qui sème les désastres, derrière son éternel amour inassouvi ! Ta route, brève encore, est rouge du sang des cœurs que tu as broyés. Après un autre, un autre. Tu ne m’aimes plus là-bas, m’aimerais-tu ici?... Non, non ! partons, l’espérance n’est que dans le départ.

JEANINE.

Partons, mon époux et mon maître. Je te suivrai à travers le monde, malgré la lassitude qui me. brise.

RICHARD

Je t’emmènerai dans une île d’amour et d’éternel soleil.

JEANINE et RICHARD.

Et nous serons seuls, à jamais aux bras l’un de l'autre,

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