SCÈNE III
RICHARD, JEANINE, MARIANNE.
MARIANNE, dans un dernier éclat de violence.
Jeanine, ma sœur, tu ne partiras pas!
JEANINE, dédaigneuse.
De quel droit, ma sœur, veux-tu donc m’asservir ?
MARIANNE
Je suis l’aînée, et c’est moi qui commande ici.
JEANINE.
Essaye donc, sœur jalouse, tue-moi donc comme l’autre !
MARIANNE, frémissante.
Tu oses l’évoquer, abominable sœur! C’est toi la coupable, et que le sang que j’ai versé retombe sur ta tête!
RICHARD, éperdu.
Oh! Dieu! les deux sœurs, maintenant, qui se déchirent !
MARIANNE
Oui. que le mari mort, le frère mort, ressuscite, qu’il
vous suive dans vos voyages, qu’il soit toujours entre vous pour glacer vos tendresses !
Taisez-vous! n’éveillez pas le spectre!
MARIANNE, sanglotante.
Mais vous ne voyez donc pas que je souffre à en mourir? Vous ne voyez donc pas quelle lutte effroyable m’affole? Suis-je donc méchante? Ah! je ne le sais plus! Mon pauvre être n’est que douleur, et je voudrais seulement ne plus tant souffrir. Ah! la bonté, être bonne pour moins souffrir!
Je veux me vaincre, et je cède. Partez, parlez, Richard, emmenez-la, je vous la donne. Mais partez, partez tout de suite, pendant que j’ai la force de vous laisser partir. Dans une minute, peut-être, je vous barrerai le chemin. Partez, soyez heureux, si vous pouvez
jamais l’être ! (Elle éclate en sanglots et tombe assise sur une roche.)
JEANINE, bouleversée, la prenant dans ses bras.
Ma sœur, ma sœur... Toi qui m’as veillée, toi qui m’as aimée, je ne veux pas que lu pleures... Non, non, je ne puis te laisser dans cette torture... Ah! nos pauvres cœurs hrisés, tout ce qui s’arrache et tout ce qui sanglote en nous! Vois, mes larmes se mêlent aux tiennes. Ne pleure pas, ne pleure pas! (Elias pieuircnt aux
bras l’une de l’autre.)
RICHARD
C’est trop de sang, c’est trop de larmes. Et celle-ci