SCÈNE IY LES MÊMES, LULU
LULU
Maître, on n’attend plus que toi. Lebon vent gonfle la voile, le navire frémit de toute sa mâture, dans sa joie de reprendre la mer... Viens, viens, maître, c’est Lulu qui t’appelle.
RICHARD
Oui, Lulu, Lulu... Attends, attends une minute encore.
LULU
Viens, maître, viens, hâte-toi. C’est le voyage, le départ vers les îles fortunées et lointaines, dans l’in-
cünnu toujours rêvé, toujours fuyant, d’où la tempête hier t’a ramené pour une heure, où tu vas retourner aujourd'hui, par ce grand ciel si clair et si joyeux.
Viens, maître, viens, je suis l’espérance, l’àme errante des eaux qui n’a d’autre joie que d’aller sans cesse devant elle, d’épuiser l’infini, l’au-delà de tout ce qu’on désire et de tout ce qu’on cherche, éternellement.
Viens, maître, viens, je ne serai que ta passion des mers sans bornes, du monde sans limites. Viens, je te ferai découvrir d’autres îles encore, des îles parfumées comme de grandes Heurs, des îles de corail rouge où les arbres sont d’émeraude, des îles où de blanches enfants d’ivoire dansent sous la pluie d’or du soleil. Viens, et je ne serai que la fille de ton rêve, passionnée, très chaste, très pure.
RICHARD
Lulu, Lulu, Lulu, ma petite hirondelle voyageuse... Ah! ce chant délicieux, ce chant d’une douceur de caresse, et qui m’emmène!
lulu. ■
Maître, on n’attend plus que toi, et Lulu t’appelle... Viens, viens vite.
RICHARD
Oui, je te suis, je pars avec toi, Lulu, Lulu, petite Lulu, mon désir et mon rêve... Et toi, Jeanine, reste, oui! reste avec ta sœur Marianne!