GERMAIN, JENNY
Jenny marche avec crainte, conduite par un domestique qui Sort en apercevant Germain.
JBNNY, vivement à Germain .
Monsieur Germain !... ab ! enfin, je vous retrouve l
GERMAIN, flatté .
Vous aviez peur de me perdre?
jenny, avec un peu d'égarement.
Monsieur Germain, je ne puis rester ici d’avantage ; je veux retourner à la ferme, à l’instant.
GERMAIN
Par exemple!... en voilà une idée champêtre !
JENNY
Je le Yeux, vous dis-je!... Oh ! j’ai'réfléchi à cette démarche, voyez-vous?... Lorsque j’ai consenti À vous suivre, je n’avais plus la tête à moi; oui, la vue de tant de malheurs, l’idée que je pouvais les réparer, tout cela m’avait troublé les sens... ce mot de misère! prononcé par un pauvre vieillard à qui je dois tout, m’avait rendue presque folle... mais à présent que j’ai plus de sang-froid, à présent que je puis peser les conséquences de ma conduite, oh ! non, je ne veux plus rester ici... je veux retourner près d’eux... Monsieur Germain, je veux partir 1
Fausse sortie.
germain, la retenant .
Arrêtez!... En ce moment cela ne se peut pas... la nuit est complète et parfaitement noire, et avec les chemins que l’orage a embellis de trous pleins d’eau et d’ornières très-profondes, ce serait de la dernière imprudence... ce serait faire abnégation de ses membres, et les livrer à des fractures certaines... Voyons, mademoiselle Jenny, calmez-vous... votre effroi est du pur enfantillage... soyez calme, je vous y invite!
JENNY
Que je sois calme ! lorsqu'on pleure là-bas... lorsque la ferme entière est peut-être la proie des flammes... dans quelle désolation je les ai laissés, ce pauvre père ! ce pauvre Êloi !
Elle tombe sur un fauteuil \ droite, et pleure.
GERMAIN, à part .
Pauvre chère biche, va !... elle pleure comme... ce que je viens de l’appeler... elle veut s’en aller!... Eh bien! cette pudeur m’enflamme déplus en plus pour elle... Ah! si j’étais gentilhomme, comme je me ficherais de mon maître!... mais je ne suis pas gentilhomme, je ne suis qu'un homme gentil... D’ailleurs, on m a promis cent louis, et ceci doit étouffer toute faiblesse de cœur. (Haut.) Voyons, Jenny, soyons raisonnable... essuyons nos beaux yeux; que diable! M. le comte ne vous mangera pas... au contraire, le comte est un bon enfant!
Il ôte doucement la mante de Jenny sans qu’elle s'en
aperçoive; de façon qu'aprés que Jenny s’est lerée , la
manie reste sur le dos du fauteuil.
JENNY
Mais, à la ferme, on aura dû remarquer mon absence... les avoir quittés dans un pareil moment! que vont-ils penser?
GERMAIN
Là-bas 1... rassurez-vous, ils doivent avoir assez de besogne, allez... je suis sûr qu’on ne pense guère à vous... D’ailleurs n’avez-vous pas un ex- ; cellent prétexte à donner?... vous êtes venue au ! château pour demander du secours.
JENNY, frappée de celte idée et se levant.
En effet!... c'est pour implorer les secours du comte que je suis venue, n’est-ce pas? Le comte ne peut abuser du malheur d’une pauvre fille... il verra ma douleur, il verra mea larmes... l’infortune de ses pauvres fermiers le touchera... Oui, monsieur Germain, vous avez raison, je dois être calme... Ohl je n’ai plus peur!... je ne redoute plus le comte, qu’il vienne!
Ai» de la Négresse.
Oui, j’en ai l'assurance!
Lorsque je lui dirai :
m l’i lié pour leur souffrance ! »
Oui, je l'attendrirai.
Sans crainte ici je reste 1
16 MAGASIN THEATRAL
Remplissons mon devoir.
Le ciel fera le leste.
Au ciel esl mon espoir!
En lui j'ti bon espoir !
Eh bien! monsieur Germain, où donc est-il, le comte ?... qu'attendez-vous pour me conduire auprès de lui ?
GERMAIN
Vous ailes le voir, il va venir. (A part.) Comme elle est pressée maintenant!... Ah! malgré moi je suis jaloux de mon maître... cette femme a des accens qui vous farfouillent le cœur. (On entend sonnerà la cloche d'entrée pendant l'à-parte de Germainr Jenny s' en rapprochée de lafcnêlrede droite.)
Tiens, qui peut sonner à cette heure?
jbisisy.
le crois apercevoir un homme à la grille!
Elle quitte la fenêtre ver« laquelle *c dirige Germain.
GEEMAIN/oimeanr la fenêtre, qu'ilrefermeaussilôt.
Voyons un peu. (A part.) Ciel! c'est Éloi! que vient-il faire ici?... il va tout gâter.
j cnn y. *
Eh bien ! qu’est-ce donc ?
Rien, rien... je suppose que c’est le palefrenier qui rentre gris, comme d’ordinaire ; le faquin n'en fait jamais d'autres... jevaismen assurer", (/t tire le cordon qui pend à la cheminée.) En tous cas. de peur de surprise, et pour qu'on ne vous voie pas, tenez, entrez une seconde dans celte chambre, vous y serez en sûreté.
Il fait «ntrer Jenny dans une eltambre à gauche, aur le second plan.