GERMAIN, ÉLOI
Deux valet* qui »c retirent a la vue de Germain. éloi, du dehors.
J'entrerai, qu' j' vous dis!. .. faut que j’ parle à M. le comtel ( Paraissant .) Ah ! monsieur Germain !
germain, qui fetire la clef du cabinet où est Jenny, à part.
Il était temps! [Haut.) Eh! quoi, Éloi t toi au château à cette heure !
ÉLOI
Ah ! monsieur Germain, si voui saviez !
GERMAIN
Hélas ! mon pauvre Éloi, je connais votre désastre, hélai !
* Jenny, Germain.
** Germain, Jenny.
éloi, qui a la moitié des cheveux brûlés, ôtant ton chapeau.
Vous savez que nous sommes à moitié brûlés.
Il dépote machinalement ion chapeau aur le fauteuil a droite où est restée la mante do Jenny.
GER1S AIIS.
Que veux-tu? l'incendie est un cruel fléau!... Eh t mais, tu n’as plua de cheveux, par ici.
ÉLOI
Oui, c'est un coup de feu que j'ai reçu.
GERS! AIIS.
Je me disais aussi. . . ça sent le roussi !
ÉLOI
Ah ! si j' n’avions que ça de brûlé !
GERMAIN
Avec un faux toupet, il n'y paraîtra plus.
ÉLOI
Toutes nos granges, monsieur Germain, toutes ont été la proie des flammes... il ne reste plus qu'un coin de la ferme... Mon pauvre père est comme fou, il ne voit rien, n'entend rien... l'argent qu'il devait apporter à M. le comte semble le préoccuper plus vivement que le reste... aussi, sans rien lui dire, je suis accouru au château, pour voir votre maître, pour le supplier d'attendre on peu... un an ou deux... et surtout de ne pas nous retirer ses fermages pour les donner à un autre... car mon père en mourrait, d abord !
C'est bien, Éloi, je vous recommanderai... mats le comte ne peut te recevoir eu ce moment... il faudra revenir demain.
ÉLOt.
Demain! oh! non. c’est aujourd'hui qu'il faut que je le voie, car j'ai trop besoin de porter la-bas une parole consolante.
GERMAIN
Impossible, mon cher ami; le comte a une migraine terrible... on vient de lui fourrer les pieds dans de la moutarde, lui parler maintenant serait maladroit, tucomprends... quandon soufTre, tout impatiente; la migraine rend très-grognon.
, ÉLOI
Oh ! alors, vous avez raison. Oui, l’heure est p’t'étre mal choisie. Penser que.dans un moment d'humeur, il pourrait me refuser le délai que je venons lui demander ! oh t j'aime mieux revenir demain.
GERMAIN
C’est ça. Va, Éloi. va. mon garçon... je parlerai en ta faveur. •• compte sur ma protection.
Éloi Ta prendre son chapeau sur le fauteuil sur le dos duquel ac trouve la mante de Jenny.
LOURAGAN.
éloi, qui regarde et louche la mante.
Qu’est-ce que je vois là? c’est bien drôle !
GERMAIN
Quoi? (.4 part.) Oh! quelle imprudence!
éloi.
Non. je me trompe pas... cette mante, c’est celle de Jenny.
GERMAIN
Hein? cette mante... Tu peux penser? Allons donc l est-ce qu’il n’y a pas une foule de mantes qui se ressemblent?
ÉLOI
Oh ! c’est égal ! celle-ci est bien la sienne, j’en suis sûr.
GERMAIN
Jenny au château? par exemple!... Pourquoi serait-elle venue au château?
Éloi, qui examine Germain.
Dame! je ne sais pas... Dans les mêmes intentions que les miennes peut-être... pour voir le comte.
germain, à pan.
▲lions, bon! je sens mon nez qui remue. C'est plus fort que moi, lorsque je mens, mon nez remue et devient tout blanc.
éloi, vivement .
Monsieur Germain, vous vous troublez, vous me cachez quelque chose.
Moi, Éloi? Et quoi? pourquoi, dis-moi?
ÉLOl], qui se monte peu à peu.
Oh ! vous allez me répondre!... Monsieur Germain, d’où vient cette mante? commentse trouvet-elle ici? Jenny est venue au château... elle y est venue, j’en suis sûr!... La vérité! dites la vérité, ou je yous tortille le cou comme à un poulet ! GERMAIN, reculant.
Monsieur Éloi, ces façons de basse-cour ne me conviennent nullement, je vous en avertis.
éloi, à part.
J’ vas taper dessus!... j’ vas taper dessus!... [Haut.) Vous ne voulez pas me répondre, n’est-ce pas ? vous ne le voulez pas?
GERMAIN
Un moment! un moment! Tu me presses avec tant d’instances!... Voyons! Je te demande une minute pour réfléchir.
ÉLOI
Une minute, soit! dépêchez-vous !... (A part.) Jenny au château... non, c’est impossible! (Regardant Germain .) Mais cet air de mystère... Ah! je grille! je grille !
Il Ta fureter partout.
germain, à part sur le devant.
Voilà encore le bnard qui me pousse une idée
incroyable!... Cette délicieuie Jenny, que j’aime de plus en plua, ne me paraît nullement décidée à céder au comte... au contraire!... Donc, elle restera pure... j'en ai le doua présage!... A préaenl, ai Éloi la croyait coupable!... Elle est ici, tout sert à l’accuser à se» yeux... La supposant faulirc, il la repoussera de toutes ses forces... et Jenny alors, accusée par tout le monde, sera trèsheureuse de m'écouter... Il faut donc qu'Éloi la croie coupable et la repousse. O hasard!.., ù hasard!...
éloi, 7 u i s'etl approche de lui avec impatience. Eh bien ? cette réponse T
GERMAIN, prenant un air de mystère ci poussant Etoi vers la droite .
Élot, écoute! ( A demi-voix.) Tu es un brave garçon, Éloi! un paysan vertueux, orné de trèsbonnes qualités... et te voir trompé , Éloi... ah! je ne peux pas te dire le mal que ça me ferait... Aussi, je veux tout l’apprendre... mais prometsmoi de te contenir.
ÉLOI
Vous me faites trembler!
GERMAIN
Pas de cris, pas de rage !... Tu le promets T
ÉLOI
Je le promets, parlez!... Mais parlez donc!... Eli bien, Jenny?
GERMAIN
Eh bien, Jenny est ici I
ÉLOI
Elle est icil (te prenant à la gorge.) C’est donc toi, maudit coquin... c’est donc toi qui l’as séduite, entraînée!...
germain, se dégageant.
Doucement !... Diable! c'est comme ça que tu te contiens !... Pas de cris, pas de rage, c'est convenu, ou tu ne sauras rien.
ÉLOI
Je suis calme, continuez.
GIRMAIN.
Moi, l’avoir séduite!... je le voudrais, palsembleu.'... Mais c'est pour quelqu’un de plus huppé que moi, mon pauvre ami !
ÉLOI, avec désespoir.
Ça se pourrait!
GERMAIN
Ça est.
ÉLOI
Jenny! Jenny!
GIRMAIN.
Elle est venue ici d'elle-méme... de ion plein gré!
ÉLOI
Et cet autre?... cet autre?... Songe qu'il me faudra la preuve de ce que tu avances.
GIRMAIN.
Plus bas! plus bas! La preuve, je puis te U
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donner... et pourtxnt, je ne le devrait pat. car aprèt cela lu trouveras Jenny indigne de toi, et tu ne la voudrai plus pour femme, sans doute! itoi.
Moi, l'épouser... si cela est vrail... La miiérable !
Giinita.
Bien ; mais plus bas... plus bas donc!
ÉLOI
Oh I mais je ne peur pas croire à cette infamie !
GERMAIN
Je puis te donner les moyens de voir, par tes propres yeux, le comte et Jenny en lète-à-lêle.
ÉLOI
Le eomte ! c’est pour le comte!
GERMAIN
Songe qu’une esclandre de ta part priverait ton père de ses dernières ressources \ Écoute. Tu vas m’attendre au bout de ce corridor... j’irai te chercher quand il en sera temps, et je me charge de te prouver que ce que j'ai avancé n’est point de la calomnie... surtout, pas un mot- £loi, accablé.
Je vous le jnre !
germain, 4 part.
Il n’entendra et ne verra que ce qu’il me plaira qu’il voie et entende. [Haut.) Allons, point de retard. [Il va ouvrir U droite.) Tu m'as bien compris... Au bout de ce corridor... tout au bout, itot.
Oui.
Oa entend sonner minuit.
ENSEMBLE
Am du Toréador.
«iimmi.
J'entends sonner minuit!
Eloi, dans ce réduit Ya m'attendre sans bruit;
Bientôt Germain te suit ;
Mais surtout pas de bruit!
ÉLOI
J'entends sonner minuit!
Germain, dans ce réduit Te vous attends sans bruit.
A part.
font mon espoir s'enfuit.
Haut.
Ne faisons pas de bruit t
GERMAIN
Employons mon moyen.
Bien!
GERMAIN
Attends-moi tout au fond.
ÉLOI
Bon!
* Eloi, Germain.
GERMAIN
Ecoute, et sois au guet.
ÉLOI
Prêt.
GERMAIN
Du courage aujourd'hui.
ÉLOI
Oui.
Tu ne m’as pas menti.
GERMAIN
Fi!
ÉLOI
Par toi je vais pouvoir...
GERMAIN
Voir.
Et j'entendrai surtout.
GERMAIN
Tout !
ÉLOI
Car c'est U mon seul but !
GERMAIN
Chut !
REPRISE ENSEMBLE, avec mjritïrr.
Partons, il est minuit, etc.
Eloi entre à droite.