‹ L'ouragan dramevaudeville en trois actesChapitre 26 sur 50 · GERMAIN, ÉLOI · texte numérisé non relu

GERMAIN, ÉLOI

Deux valet* qui »c retirent a la vue de Germain. éloi, du dehors.

J'entrerai, qu' j' vous dis!. .. faut que j’ parle à M. le comtel ( Paraissant .) Ah ! monsieur Germain !

germain, qui fetire la clef du cabinet où est Jenny, à part.

Il était temps! [Haut.) Eh! quoi, Éloi t toi au château à cette heure !

ÉLOI

Ah ! monsieur Germain, si voui saviez !

GERMAIN

Hélas ! mon pauvre Éloi, je connais votre désastre, hélai !

* Jenny, Germain.

** Germain, Jenny.

éloi, qui a la moitié des cheveux brûlés, ôtant ton chapeau.

Vous savez que nous sommes à moitié brûlés.

Il dépote machinalement ion chapeau aur le fauteuil a droite où est restée la mante do Jenny.

GER1S AIIS.

Que veux-tu? l'incendie est un cruel fléau!... Eh t mais, tu n’as plua de cheveux, par ici.

ÉLOI

Oui, c'est un coup de feu que j'ai reçu.

GERS! AIIS.

Je me disais aussi. . . ça sent le roussi !

ÉLOI

Ah ! si j' n’avions que ça de brûlé !

GERMAIN

Avec un faux toupet, il n'y paraîtra plus.

ÉLOI

Toutes nos granges, monsieur Germain, toutes ont été la proie des flammes... il ne reste plus qu'un coin de la ferme... Mon pauvre père est comme fou, il ne voit rien, n'entend rien... l'argent qu'il devait apporter à M. le comte semble le préoccuper plus vivement que le reste... aussi, sans rien lui dire, je suis accouru au château, pour voir votre maître, pour le supplier d'attendre on peu... un an ou deux... et surtout de ne pas nous retirer ses fermages pour les donner à un autre... car mon père en mourrait, d abord !

C'est bien, Éloi, je vous recommanderai... mats le comte ne peut te recevoir eu ce moment... il faudra revenir demain.

ÉLOt.

Demain! oh! non. c’est aujourd'hui qu'il faut que je le voie, car j'ai trop besoin de porter la-bas une parole consolante.

GERMAIN

Impossible, mon cher ami; le comte a une migraine terrible... on vient de lui fourrer les pieds dans de la moutarde, lui parler maintenant serait maladroit, tucomprends... quandon soufTre, tout impatiente; la migraine rend très-grognon.

, ÉLOI

Oh ! alors, vous avez raison. Oui, l’heure est p’t'étre mal choisie. Penser que.dans un moment d'humeur, il pourrait me refuser le délai que je venons lui demander ! oh t j'aime mieux revenir demain.

GERMAIN

C’est ça. Va, Éloi. va. mon garçon... je parlerai en ta faveur. •• compte sur ma protection.

Éloi Ta prendre son chapeau sur le fauteuil sur le dos duquel ac trouve la mante de Jenny.

LOURAGAN.

éloi, qui regarde et louche la mante.

Qu’est-ce que je vois là? c’est bien drôle !

GERMAIN

Quoi? (.4 part.) Oh! quelle imprudence!

éloi.

Non. je me trompe pas... cette mante, c’est celle de Jenny.

GERMAIN

Hein? cette mante... Tu peux penser? Allons donc l est-ce qu’il n’y a pas une foule de mantes qui se ressemblent?

ÉLOI

Oh ! c’est égal ! celle-ci est bien la sienne, j’en suis sûr.

GERMAIN

Jenny au château? par exemple!... Pourquoi serait-elle venue au château?

Éloi, qui examine Germain.

Dame! je ne sais pas... Dans les mêmes intentions que les miennes peut-être... pour voir le comte.

germain, à pan.

▲lions, bon! je sens mon nez qui remue. C'est plus fort que moi, lorsque je mens, mon nez remue et devient tout blanc.

éloi, vivement .

Monsieur Germain, vous vous troublez, vous me cachez quelque chose.

Moi, Éloi? Et quoi? pourquoi, dis-moi?

ÉLOl], qui se monte peu à peu.

Oh ! vous allez me répondre!... Monsieur Germain, d’où vient cette mante? commentse trouvet-elle ici? Jenny est venue au château... elle y est venue, j’en suis sûr!... La vérité! dites la vérité, ou je yous tortille le cou comme à un poulet ! GERMAIN, reculant.

Monsieur Éloi, ces façons de basse-cour ne me conviennent nullement, je vous en avertis.

éloi, à part.

J’ vas taper dessus!... j’ vas taper dessus!... [Haut.) Vous ne voulez pas me répondre, n’est-ce pas ? vous ne le voulez pas?

GERMAIN

Un moment! un moment! Tu me presses avec tant d’instances!... Voyons! Je te demande une minute pour réfléchir.

ÉLOI

Une minute, soit! dépêchez-vous !... (A part.) Jenny au château... non, c’est impossible! (Regardant Germain .) Mais cet air de mystère... Ah! je grille! je grille !

Il Ta fureter partout.

germain, à part sur le devant.

Voilà encore le bnard qui me pousse une idée

incroyable!... Cette délicieuie Jenny, que j’aime de plus en plua, ne me paraît nullement décidée à céder au comte... au contraire!... Donc, elle restera pure... j'en ai le doua présage!... A préaenl, ai Éloi la croyait coupable!... Elle est ici, tout sert à l’accuser à se» yeux... La supposant faulirc, il la repoussera de toutes ses forces... et Jenny alors, accusée par tout le monde, sera trèsheureuse de m'écouter... Il faut donc qu'Éloi la croie coupable et la repousse. O hasard!.., ù hasard!...

éloi, 7 u i s'etl approche de lui avec impatience. Eh bien ? cette réponse T

GERMAIN, prenant un air de mystère ci poussant Etoi vers la droite .

Élot, écoute! ( A demi-voix.) Tu es un brave garçon, Éloi! un paysan vertueux, orné de trèsbonnes qualités... et te voir trompé , Éloi... ah! je ne peux pas te dire le mal que ça me ferait... Aussi, je veux tout l’apprendre... mais prometsmoi de te contenir.

ÉLOI

Vous me faites trembler!

GERMAIN

Pas de cris, pas de rage !... Tu le promets T

ÉLOI

Je le promets, parlez!... Mais parlez donc!... Eli bien, Jenny?

GERMAIN

Eh bien, Jenny est ici I

ÉLOI

Elle est icil (te prenant à la gorge.) C’est donc toi, maudit coquin... c’est donc toi qui l’as séduite, entraînée!...

germain, se dégageant.

Doucement !... Diable! c'est comme ça que tu te contiens !... Pas de cris, pas de rage, c'est convenu, ou tu ne sauras rien.

ÉLOI

Je suis calme, continuez.

GIRMAIN.

Moi, l’avoir séduite!... je le voudrais, palsembleu.'... Mais c'est pour quelqu’un de plus huppé que moi, mon pauvre ami !

ÉLOI, avec désespoir.

Ça se pourrait!

GERMAIN

Ça est.

ÉLOI

Jenny! Jenny!

GIRMAIN.

Elle est venue ici d'elle-méme... de ion plein gré!

ÉLOI

Et cet autre?... cet autre?... Songe qu'il me faudra la preuve de ce que tu avances.

GIRMAIN.

Plus bas! plus bas! La preuve, je puis te U

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donner... et pourtxnt, je ne le devrait pat. car aprèt cela lu trouveras Jenny indigne de toi, et tu ne la voudrai plus pour femme, sans doute! itoi.

Moi, l'épouser... si cela est vrail... La miiérable !

Giinita.

Bien ; mais plus bas... plus bas donc!

ÉLOI

Oh I mais je ne peur pas croire à cette infamie !

GERMAIN

Je puis te donner les moyens de voir, par tes propres yeux, le comte et Jenny en lète-à-lêle.

ÉLOI

Le eomte ! c’est pour le comte!

GERMAIN

Songe qu’une esclandre de ta part priverait ton père de ses dernières ressources \ Écoute. Tu vas m’attendre au bout de ce corridor... j’irai te chercher quand il en sera temps, et je me charge de te prouver que ce que j'ai avancé n’est point de la calomnie... surtout, pas un mot- £loi, accablé.

Je vous le jnre !

germain, 4 part.

Il n’entendra et ne verra que ce qu’il me plaira qu’il voie et entende. [Haut.) Allons, point de retard. [Il va ouvrir U droite.) Tu m'as bien compris... Au bout de ce corridor... tout au bout, itot.

Oui.

Oa entend sonner minuit.

ENSEMBLE

Am du Toréador.

«iimmi.

J'entends sonner minuit!

Eloi, dans ce réduit Ya m'attendre sans bruit;

Bientôt Germain te suit ;

Mais surtout pas de bruit!

ÉLOI

J'entends sonner minuit!

Germain, dans ce réduit Te vous attends sans bruit.

A part.

font mon espoir s'enfuit.

Haut.

Ne faisons pas de bruit t

GERMAIN

Employons mon moyen.

Bien!

GERMAIN

Attends-moi tout au fond.

ÉLOI

Bon!

* Eloi, Germain.

GERMAIN

Ecoute, et sois au guet.

ÉLOI

Prêt.

GERMAIN

Du courage aujourd'hui.

ÉLOI

Oui.

Tu ne m’as pas menti.

GERMAIN

Fi!

ÉLOI

Par toi je vais pouvoir...

GERMAIN

Voir.

Et j'entendrai surtout.

GERMAIN

Tout !

ÉLOI

Car c'est U mon seul but !

GERMAIN

Chut !

REPRISE ENSEMBLE, avec mjritïrr.

Partons, il est minuit, etc.

Eloi entre à droite.

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